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Critique du Film : Laisse moi entrer

Avis critique rédigé par Lucie M. le mardi 5 octobre 2010 à 13:06

Laisse moi entrer

Los Alamos, Nouveau-Mexique, 1983. Owen vit seul avec sa mère. Il est chétif, mal habillé, n’a pas d’amis et se fait continuellement maltraiter et rabaisser par une bande de trois garçons. Sa vie est un long et monotone marasme, jusqu’à une nuit où il va rencontrer une fille de son âge habitant dans le même immeuble que lui. Abby vient d’arriver, c’est la voisine de palier d’Owen et il voit en elle une future amie. Peu à peu, les deux enfants se lieront d’amitié et deviendront inséparables. Mais Owen n’est pas au bout de ses peines, car il découvrira qu’Abby n’est autre qu’un vampire.

Avant tout, au lieu de qualifier cette version anglaise du Morse d'Alfredson de remake, j’ai envie d'en parler comme d’une seconde adaptation cinématographique du roman de John Ajvide Lindqvist. Et pour quelle raison ? Et bien tout simplement parce que je ne peux décemment aborder ce film comme étant un simple remake (mot souvent utiliser pour définir un film de manière négative, et comme étant un sous produit d’une œuvre réussite), étant donné que Laisse moi entrer est sans aucun doute un long-métrage réussi !

Matt Reeves s’approprie donc avec intelligence le roman de Lindqvist et rend hommage une seconde fois, sur grand écran, à cette histoire peu courante de vampire. Peu après la sortie plébiscitée de Cloverfield, Matt Reeves s'est ainsi vu confier, par Ouverture, l’adaptation anglaise du roman de Lindqvist. Il est immédiatement captivé par ce projet qui lui rappelle sa propre enfance : « Cette histoire me touchait profondément, explique-t-il. John Lindqvist et Tomas Alfredson, le réalisateur du film suédois, ont créé une métaphore extrêmement puissante des tourments de l’adolescence ». Le réalisateur aime donc le roman de John Ajvide Lindqvist et le film original suédois, Morse de Tomas Alfredson, et cela se sent dans sa mise en scène.

Bien évidemment, il s’en tient à suivre le déroulement de l'histoire comme l’avait fait Tomas Alfredson, tout en déplaçant quelques événements marquants du film et en changeant quelque peu l’histoire personnelle des personnages. Il ne rajoute pas beaucoup plus d’éléments du roman que dans le film précédent, mais cela n’est pas un mal car il se concentre sur les deux personnages principaux, Owen et Abby. Matt Reeves parvient donc à adapter cette histoire venant des pays du nord en la replaçant au nouveau-Mexique avec beaucoup d’efficacité. Cela ne choque pas du tout. Il garde malgré tout un rythme assez lent qui entraîne le spectateur, une seconde fois, dans ce fabuleux conte moderne.

Le choix des acteurs principaux est réellement judicieux. Un lien étroit et ténu existe entre les deux jeunes acteurs, Kodi Smit-McPhee et Chloe Moretz, et cela se ressent dans chacun de leur regard, de leur sourire. Cette complicité est un bel avantage pour rendre encore plus crédible cette histoire d’amitié peu commune. Le jeu de ces deux jeunes acteurs est d’une intensité remarquable, spécialement Kodi Smit-McPhee que beaucoup ont du voir récemment dans La Route de John Hillcoat au côté de Viggo Mortensen. Chloe Moretz (Kick-Ass de Matthew Vaughn) n’est pas en reste : égale à elle-même, elle campe un vampire âgé de 250 ans avec force, et insuffle au personnage une dimension bien plus horrifique que Lina Leandersson, qui tenait le rôle d’Eli dans l’adaptation d’Alfredson.

Cette dimension horrifique que nous offre Laisse moi entrer, avec beaucoup plus d’efficacité que le précédent film, est d’autant plus présente grâce à la musique composée par Michael Giacchino (Star Trek de J.J. Abrams), avec qui Matt Reeves avait déjà travaillé pour sa première réalisation (Cloverfield). Il prend également le parti d’utiliser des effets spéciaux et une transformation physique quand Abby ne peut plus tenir devant son manque de sang. Ce point pourrait d'ailleurs gêner les fans de Morse, qui avaient beaucoup apprécié le style épuré d’Alfredson dans sa façon de traiter le vampirisme d’Eli. Malgré tout, ce changement physique est présent dans le roman de John Ajvide Lindqvist donc ce n’est pas un mauvais choix de la part de Matt Reeves. Ce dernier d’ailleurs introduit dans sa réalisation des rapports bien plus violents entretenus entre Owen et les trois garçons qui le martyrise au fur et à mesure de l'histoire. Ceci retranscrit encore mieux l’atmosphère trash du roman de Lindqvist.

Néanmoins, Matt Reeves s’abstient de laisser sous entendre une relation plutôt équivoque entre Abby et le "Père". Dans Morse, le lien qui les unit est beaucoup plus rapprochant que celui qui existe dans le roman. Dans ce dernier d’ailleurs, Lindqvist écrit clairement que le "Père" est un pédophile, et qu’il a été destitué d’un poste d’enseignant à cause de son penchant sexuel. Toutefois, même si la relation d’Abby et du "Père" est totalement différente par rapport aux œuvres précédentes (ce qui est légèrement décevant), Matt Reeves arrive à mettre bien plus en avant ce rôle, tenu par un Richard Jenkins (Burn after Reading des fréres Coen) très émouvant.

Laisse moi entrer marque également le retour du légendaire studio britannique spécialisé dans les films d’horreur et d’épouvante, la Hammer Films. C’est le premier film à sortir sous cette bannière depuis plus de trente ans. Simon Oakes, le vice-président d’Exclusive Media Group, et président-directeur général de la Hammer Films, relate que la société a été immédiatement emballée par l’originalité de l’histoire créé par John Ajvide Lindqvist, et par son approche du vampirisme. Il précise : « Nous suivions cette histoire depuis longtemps. Nous pensions qu’il fallait lui permettre de toucher un public bien plus vaste encore. Même si la compétition a été rude, nous avons pu développer d’excellentes relations avec les producteurs, et nous avons ainsi pu nous assurer les droits. ».

Lorsque la Hammer acquiert les droits du film, Matt Reeves fut encore plus intensément impliqué dans le projet. « Je trouvais très excitant que ce film soit produit par la Hammer, étant donné leur passé dans le cinéma – Ils étaient réputés pour leurs films fantastiques, d’horreur et d’aventures dans les années 50 et 60. Je savais qu’il faudrait que je trouve un lien direct fort entre l’histoire et moi. Les gens de chez Ouverture aimaient eux aussi ce projet, à tel point qu’ils ont voulu y participer, et qu’ils ont fini par s’associer à la Hammer. »


90

Une seconde adaptation du roman de John Lindqvist était un pari audacieux. Matt Reeves le réussit haut la main en s’inspirant bien évidemment du roman, mais également de Morse de Tomas Alfredson (qui fut d’ailleurs salué par la critique et remporta de nombreux prix dans différents festivals). La sortie de Laisse moi entrer est, de plus, à marquer d’une pierre rouge puisqu’il annonce le retour de la Hammer films, absente du panorama du cinéma d’horreur depuis plus de trente ans. Le film de Matt Reeves donne un second souffle à la Hammer Films, mais aussi à cette histoire de vampirisme exceptionnelle et fabuleuse. C’est un très bon film émouvant, sombre et angoissant qui est porté de main de maître par l’exemplaire interprétation de deux jeunes acteurs, Kodi Smit-McPhee et Chloe Moretz, et par la réalisation soignée de Matt Reeves.

Critique de publiée le 5 octobre 2010.

Que faut-il en retenir ?

  • Kodi Smit-McPhee et Chloe Moretz
  • Réalisation soignée de Matt Reeves
  • La musique de Michael Giacchino
  • Première distribution de La Hammer films depuis 30 ans

Que faut-il oublier ?

  • La relation du Père et d'Abby

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