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Babylon A.D. >

Critique du Film : Babylon A.D.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le samedi 14 mars 2009 à 14:42

Babylone, tu déconnes...

Babylon Babies est un sacré bon bouquin, du moins à mon avis. Maintenant, adapter cet ouvrage à l’ambiance si particulière (adapter du Maurice G. Dantec, quoi) est un sacré challenge. Il n’y a qu’à voir ce qu’a donné La Sirène Rouge il n’y a pas si longtemps – un véritable désastre – pour se rendre compte de la difficulté de la tâche. Et quand l’on sait que la Sirène Rouge (où l’on découvre d’ailleurs le mercenaire Toorop) est le roman le plus accessible de l’auteur français expatrié sur le Nouveau Continent, on en vient à penser que les scénaristes n’ont pas dû rigoler tous les jours lors de la construction de Babylon A.D.

Bref, c’est peut-être pour cette raison (et aussi les critiques assassines de mes camarades) que je ne me suis pas rendu dans les salles pour voir cette adaptation cinématographique réalisée par Mathieu Kassovitz. L’une des autres raisons est cette insistance exprimée par le cinéaste à décrier cette œuvre qu’il ne revendique pas comme sienne, mais plutôt comme celle de la production. Sans oublier les propos de l’écrivain, qui déclare détester le film, en le qualifiant de « débile ».

Babylon Babies est un roman à la fois percussif et très complexe. Il est d’ailleurs une digression des Racines du Mal (dans lequel est créée la Neuromatrice), il en reprend les thématiques et les distord sans pitié dans un récit mélangeant le roman noir et la philo cyberpunk. Personnellement, je ne voyais pas trop comment l’on avait pu condenser en 90 minutes toutes les idées (et les délires) couchées sur le papier par ce génial casse-couilles provocateur qu’est Maurice G. Dantec.  J’ai vu le film hier en DVD, et j’ai compris. Ils ont résolu le problème en tranchant dans le lard intellectuel de l’œuvre.

La première conséquence de ce choix est que la plupart des gens (et également mes petits camarades de SFU) ont comparé Babylon A.D. au Fils de l'homme, l’excellent film d’Alfonso Cuarón. C’est vrai, au premier regard, cette comparaison n’est pas si farfelue que ça. Et c’est finalement assez drôle car il faut savoir que le Babylon Babies présente non seulement une philosophie complètement différente de celle des Fils de l’Homme, mais propose même une thématique antithétique, aux penchants absolument misanthrope. Et, d’ailleurs, cela m’a fortement amusé d’essayer d’imaginer la réaction de Dantec à la vision de ce film qui met plus en avant le coté messianique (qui est bien présent) que l’aspect prédicateur « techno-dark-évangeliste » fustigeant ces hommes qui se prennent pour Dieu, omniprésent dans son roman.

Ainsi, vidé d’une grande partie de la matière grise (et photonique, et hallucinogène, et même humoristique) de son inspiration livresque, Babylon A.D. se retrouve être un film d’action futuriste, un mélange de James Bond (La poursuite en scooter des neiges, la séquence du sous-marin) et, justement, on en parlait, des Fils de l’Homme. A ce moment, je me suis dit « pourquoi pas ? », le cinéma de divertissement a lui aussi le droit de puiser librement dans les œuvres spécialisées brassant de multiples réflexions de manière hermétique (l’intelligence artificielle, le clonage, l’immortalité, l’intelligence artificielle, le dictat, les sectes, la télépathie, la divination ; Babylon Babies est un gros, et bordélique, débat). La vulgarisation fait même un peu partie de ses obligations pédagogiques. Reste à posséder la manière (et les moyens) pour le faire.

Dans le rôle principal : Vin Diesel. Excellente idée, à la condition que l’on veuille restreindre le profil psychologique de Toorop (chez Dantec, c’est un personnage à multi facettes, comme le Jerry Cornelius de Michael Moorcock) à celui d’un gros bœuf bourré de testostérone, ce qui est le cas. L’acteur est en effet assez impressionnant (malgré un doublage français absolument insupportable de Joey Starr), fort charismatique, mais il n’arrive guère à l’envergure d’un Arnold Schwarzenegger (le Terminator protégeant Jack Connor) ou d’un Sylvester Stallone (celui de Rambo 3 et 4). A coté de lui satellisent des guest stars au fort potentiel dramatique, comme Gérard Depardieu, Lambert Wilson (dans la peau d’un Darquandier très aseptisé par rapport au génial scientifique junky imaginé par l’écrivain) et Charlotte Rampling. Bonne idée, d’autant plus qu’ils sont excellents. Seule Michelle Yeoh, qui interprète sœur Rebeka, la protectrice d’une étrange jeune fille, est particulièrement atone (et inutile). Comme d’habitude, serais-je tenté de dire.

Hugo Toorop est chargé de protéger Marie Zorn, qui dans le film se nomme Aurora (interprétée par la française Mélanie Thierry). Film américain oblige, Toorop doit escorter Aurora non plus au Canada, mais aux Etats-Unis. Ce qui rend complètement débile le trip mis en place par le scénario puisque, pour ce faire, le petit groupe traverse toute l’Europe de l’Est, la Russie, la Sibérie, le détroit de Béring, pour arriver en Alaska… alors que leur point de départ est quelque part en Serbie ! Bon, mettons de coté l’aspect incongru de cet itinéraire en appréciant la nature des lieux traversés, comme ces immensités enneigées et ces lacs gelés. J’ai moins aimé, par contre, cette inélégante ellipse qui projette sans heurt nos amis de l’Alaska à la mégalopole américaine.

Arrivé à New-York (Montréal dans le roman), Mathieu Kassovitz doit faire avec la partie la plus fouillée du roman. Et ce n’est pas simple. Il est donc obligé de supprimer des pans entiers de l’œuvre littéraire, supprimant de nombreux enjeux (la guerre entre les deux sectes, les rivalités des multinationales, des mafias russes et japonaises, les deux bandes de motards, les Cyborgs de Darquandier) pour condenser le tout en un unique conflit, celui mettant en face l’Eglise Néolite et la mafia. Cela aurait été une bonne initiative si cela avait été mieux écrit, mais, hélas, le scénario prend tellement de raccourcis que la narration finit par devenir hachée. Il est également possible que cette désagréable sensation soit les conséquences d’un montage trop incisif. Mais, peu importe les raisons, le résultat est le même.

Ainsi traité, la bataille de Montréal (oups… New-York), qui est le moment paroxysmique du livre, se voit réduit ici à sa plus simple expression pyrotechnique. J’en profite d’ailleurs pour aborder un aspect technique qui m’a fortement gêné : la réalisation des scènes de combat. Un  plan par seconde, cadrage serré, prises de vue en caméra épaule ou steady cam, très peu de plans d’ensemble ; tout ça aboutit à un résultat fouillis, presque illisible, et qui finit par agacer d’autant plus que ces séquences sont noyées sous une assourdissante musique techno à deux balles (tel Hamlet dans son château, j’ai vu soudain surgir le spectre de Beowulf). C’est dommage car, exceptés ces passages, la mise en scène de Mathieu Kassovitz est plutôt efficace et bien mise en valeur par la superbe photographie de Thierry Arbogast et de bons effets spéciaux.

50

Au final, Babylon A.D. n’est pas un mauvais film, mais ce qui désiraient découvrir une vision cinématographique de l’univers de Dantec en seront pour leurs frais (en même temps, combien sommes-nous à lire du Dantec ?). Plus gênant, par contre, est le fait que le film de Mathieu Kassovitz, qui se trouve être donc un simple blockbuster futuriste, ne tient pas la comparaison avec d’autres films du même type (et du même budget !)… comme Le Fils de l’Homme. Reste au cinéaste de réfléchir sur ce demi-echec, pour en retirer les enseignements et nous offrir bientôt un film d’une tout autre qualité. Il en a les capacités.

Critique de publiée le 14 mars 2009.

Que faut-il en retenir ?

  • Oeuvre originale malmenée
  • Vin Diesel, un gros bourrin efficace
  • Les seconds rôles
  • Un film divertissant
  • Belle photographie
  • Effets spéciaux de qualité

Que faut-il oublier ?

  • Oeuvre originale malmenée
  • Scènes de combat presque illisibles
  • Montage trop incisif, narration hachée
  • Voix de Vin Diesel absolument exécrable (pour le doublage français)
  • Bande musicale faite de techno à deux balles

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