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Rencontre @vec Emmanuel Collot

Publié il y a 10 ans par Ma2Max

Auteur d'un ouvrage consacré à Robert Howard!

SciFi-Universe a le privilège de compter parmi ses visiteurs (et ses membres du forum!) un auteur nouvellement publié, Emmanuel Collot. Directeur littéraire, il voue depuis son adolescence un fort intérêt à l'écrivain Robert Howard, véritable pilier de la Fantasy, plus connu comme le créateur (entre autres) de Conan.
La semaine prochaine paraît dans toutes les librairies son premier ouvrage, Le Celte mélancolique, biographie romancée de Robert Howard, traitée d'une manière originale et créative.
Voici en exclusivité une interview réalisé avec cet auteur, qui nous livre en primeur des informations sur son oeuvre, mais également sur ses recherches sur Robert Howard, qui intéresseront fortement tous ses fans...
- Tout d'abord, peux-tu te présenter à nos visiteurs?
Je suis un fou d'écriture, un dingue des mots, cursus de philo et un peu de lettres. 35 ans au compteur, célibataire car sans un grand amour, mais j'ai une cause, la plus belle de toutes, l'écriture. Autodidacte dans l'âme (j'ai toujours trouvé les cours rébarbatifs, sauf ceux de mon prof de philo de lycée) . J'ai des origines multiples et c'est assez édifiant. Russe, Ecossais et Irlandais du côté de mon père, Basque, Espagnol et Breton du côté de ma mère, bref un vrai hybride. Lecteur, bibliophile passionné, pratiquant en arts-martiaux, relieur à mes heures perdues, directeur littéraire, pigiste, je suis également l'auteur de certaines préfaces de livres.
- Quels sont tes genres littéraires que tu admires?
Je lis de tout, je suis un vrai rongeur. Dès que je peux grignoter dans un genre je m'y jette à corps perdu, puis je rejette tout, digère et repars à l'assaut d'autre chose. J'ai commencé avec Walter Scott et Hugo, puis ce furent des années de mythologies comparées, littérature comparée (j'adore faire un jeu de correspondances entre les genres de l'imaginaire, la littérature dite blanche, et les mythes. Il y a des relations incroyables qui peuvent s'établir. Et si je te disais que Howard est à lui tout seul un univers littéraire nourri à de nombreuses influences ???
- Comment as-tu découvert les oeuvres de Robert Howard?
Ce fut un beau matin de mes 15 ans. En fait, j'avais déjà lu du Conan à l'âge de 7 ans, mais chez Titres SF, et pas dans l'ordre. J'avais été émerveillé par les couvertures de Nicollet d'ailleurs. Donc, ce matin de mes 15 ans, je sortais du collège et passais devant un libraire, la librairie du Dragon, faut le faire ça. Là, j'ai vu soudain des livres sur une vitrine. Et parmi eux, " Conan le flibustier ", avec la couverture extraordinaire du " Death Dealer " de Frazetta. Ce fut pour moi un choc qui me marqua profondément. Je me remis alors à lire la saga Conan dans l'ordre, du moins celui des éditions françaises. Ce fut ensuite, bien entendu, la série Howard aux éditions Néo (Nouvelles éditions Oswald) , peut-être l'une des plus belles éditions au monde. J'ai acheté et dévoré l'intégrale des volumes consacrés à Howard. L'une des plus grandes expériences littéraires de mon adolescence.
- Selon toi, qu'a apporté cet auteur dans l'heroïc fantasy en général? Quels traces a-t-il laissé, que tu ne retrouves plus dans les livres d'aujourd'hui?
Howard est l'inventeur de la fantasy moderne, tout simplement. Sans lui, Tolkien aurait mis plus de temps à arriver en France. Howard a tout bonnement inauguré le héros solitaire, conforme en cela à la tradition Celte Irlandaise et celle des récits Homériques. Il y avait une liberté et un naturel dans ses histoires que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs. Le géographie et l'historique, cette curieuse impression qu'on a en lisant une nouvelle de Howard, celle de lire un morceau d'une histoire secrète. Cela, je ne l'ai jamais retrouvé nulle part. J'adore aussi Le Cycle des épées de Leiber, Ridder Haggard, Merritt, Lovecraft, Buchan, Machen et quelques autres... Jadis, il y eut un possible successeur à howard, c'était Charles Saunders, inventeur d'une Afrique parallèle, avec sa langue, sa mythologie, etc... Mais Charles Saunders est mort en 2002, dans l'anonymat le plus complet. L'Amérique venait d'enterrer un nouveau génie littéraire qui irait rejoindre les autres fantômes des auteurs maudits. Il n'y a d'ailleurs aucune notice biographique sur internet à son sujet, à part un site qui évoque son oeuvre. C'est déplorable... Il y eut également le cycle de Raum de Carl Sherell, un roman particulièrement violent. Le cycle de la ville d'Ys ou le fameux " Hrolfr Kraki " de Poul Anderson sont également des merveilles de narration. Tous sont redevables de Howard et du courant littéraire qu'il a généré malgré lui, La Fantasy Barbare... De nos jours, je bénis tous les Dieux que Gemmell existe, il est vraiment un des meilleurs élèves de Howard, quoi qu'en disent ses détracteurs. Il a ajouté ce cynisme détaché très british et des personnages d'une grand humanité, très vivants, un peu comme le fit Howard. Le cycle du Death Dealer de James Silke est également une véritable merveille. Inspiré par la peinture du " Death dealer " de Frazetta, cet auteur s'est mis à raconter des histoires en mettant en scène ce personnage. Cela nous donne un excellent récit, et un héros quelque part entre le personnage biblique de Nimrod et la légende de Saint Just. Dommage qu'en France on préfère la fantasy familiale... J'aime beaucoup également le cycle de Gerald de Riv de Sapkowsky (Le dernier voeu) , une sword and sorcery slave dont je souhaiterais beaucoup voir un jour la suite chez Bragelonne. Quelques pépites, comme " Les annales de la compagnie noire " de Glen Cook, " Aube de fer " de Stover, le cycle du livre Malazéen de Steven Erickson, ainsi que le prodigieux cycle de Tramorée de Negrette, sont d'excellents opus qui me rappellent cette époque des années 80. Gentle aussi est passionnante. Je pense qu'il n'y avait qu'une anglaise pour reprendre la thématique de Jeanne d'Arc et en faire une prodigieuse saga médiévale sans pour autant sombrer dans le nationalisme à la française. Chez les français, je dois avouer avoir été assez stupéfait par ce que le couple Nicolas Jarry/france Richemond a fait avec le premier volume de leur saga de fantasy, " Sphinx ". ce livre est un chef d'oeuvre, tout simplement, le meilleur bouquin de fantasy de ces dix dernières années. Et pourtant, peu en parlent, c'est dommage, ils se hissent au niveau des américains. Beaucoup aimé aussi la fantasy intimiste de Guillaume Van Meerbeck, qui est un peu notre Paulo Coelho en Fantasy. Mais je dois avouer que, que ce soit chez les français ou les anglo saxons, tous se sont engouffrés à mon avis un peu vite dans la fantasy façon Tolkien. Et même si la qualité est encore là pour certains, je commence à saturer un peu. Léa Silhol se détache largement du lot. Heureusement pour les lecteurs comme moi, bientôt arrive la première traduction en France du cycle de Kane par Karl Edward Wagner. C'est pour 2007 je crois, et ce sera une grand moment éditorial. Pour en revenir à Howard, je dirais qu'il avait un sens de la poésie, entre Holderlin et Leconte de Lisle, un tragique aussi, à la manière de Shakespeare, mais jamais de larmoiements inutiles. Il m'a fait longtemps voyager, et pour un gosse qui vit dans une cité, c'était aussi dépaysant que Tolkien, voir plus encore. Ce que je reproche à la fantasy de nos jours c'est de pencher un peu trop familial. Ce n'est pas mauvais en soit, mais moi ça me lasse un peu à présent, même s'il y a encore de bonne surprises. Howard n'a fait que réactiver à son époque la tradition littéraire de l'épopée, héritée de la Grèce antique et du Celtisme Irlandais, celui des Goïdels. Ces derniers ont d'ailleurs une origine ethnique pour le moins stupéfiante.
- Que penses-tu des adaptations cinéma de Conan?
J'ai eu l'occasion à ce sujet de me prendre à coup de massue avec Patrice Louinet (rires) , le responsable de la nouvelle édition de l'intégrale Conan, expurgée des ajouts calamiteux du couple De Camp et Carter. Nous ne sommes jamais tombés d'accord là dessus. Bien sûr que le Conan de Milius n'est pas conforme à l'esprit de Howard. Mais voilà, Milius insuffle à ses films une dynamique que peu de réalisateurs ont su égaler, sauf peut-être Ridley Scott dans son " Gladiateur " ou le monolithique " Braveheart " de Gibson, voir même le superbe " Troy " de Peterson , " Le treizième guerrier " de Mac Tiernan, ou encore le " Roi Arthur " de récente facture, qui est une petite merveille. Je suis certain que Howard aurait adoré ces films. " Conan le barbare " restera insurpassable, tout simplement parce qu'il a une âme. Regarde un peu un film comme " Le roi scorpion ". Ce film est une véritable nullité. Dommage pour " The Rock " car il a un réel charisme, et ferait merveille dans le rôle de Kull. Ce qui manque à " The Rock " c'est un réalisateur qui le respecte et sache faire ressortir toutes les qualités tant artistiques que plastiques d'un tel acteur. " Kull le conquérant " avec Kevin Sorbo est plutôt intéressant. " Conan le destructeur " est fidèle à la bd, donc également éloigné des nouvelles de Howard. Quand à Kalidor, il est un mignon petit navet qui se laisse voir quand même. Adapter Conan à la lettre est presque impossible, et un Conan 3 devra collecter beaucoup de capitaux d'argent s'il veut rivaliser avec le SDA de Jackson en moyens, mais par forcément en pixels. Le problème avec les histoires de Howard c'est que ce sont des morceaux d'histoires souvent, parfois même de simples bribes. Alors, donner une dynamique sur plus de deux heures de film va être à mon avis un moment difficile pour le réalisateur qui voudra s'en occuper. Le dernier problème est que Conan a été trop longtemps attaché à l'image de Schwarzenegger en pagne et torse nu. Ça va être dur de faire oublier ça dans l'esprit des spectateurs. Car déjà, les nouvelles générations ont vu le " Conan le Barbare ", les bd abondent toujours autant chez les bouquinistes et la franchise repart en librairie. On aura beau faire de Conan quelqu'un de plus fin, de moins musclé, de plus acceptable, il sera toujours moins que Conan. Howard lui-même le décrivait comme très grand et très musclé. Et même si on l'habille un peu plus, afin de coller au personnage tel que Howard l'entendait, Conan ne sera jamais un petit guerrier fanfaronnant avec favoris, agitant une épée avec grâce, ni même un voleur balafré ou un truand. Conan, quoi que peuvent en dire les puristes, est devenu un archétype littéraire autant que de bd. Comment pouvoir changer ça ?? C'est presque impossible, tout simplement. Mais il est vrai que si Schwarzy avait été revêtu de haut en bas, cela aurait déjà été un mieux. Mais pourquoi d'ailleurs fustiger Milius ? Il fait de son Conan quelque chose qui s'approche de celui de Howard (son personnage connaissait les langues, était un bon pisteur, cela suppose une certain apprentissage) , tout simplement en lui donnant une éducation, apprendre la philosophie, et autre. Mais bon, certains vont dire que Conan n'a que faire de la philo ou de l'esprit. Disons que Milius a voulu donner un condensé à son personnage, une biographie, des parents, un fil de vie. Il fut esclave alors que Howard n'en parle jamais? La belle affaire ! C'est un épisode de sa vie, pourquoi d'ailleurs ne pas supposer que cela ne lui soit pas arrivé ? Je trouve que supputer sur un tel détail est quelque peu risible. Qui sait si Howard n'avait pas prévu une telle histoire un jour dans sa tête ? Les deux thèses s'affrontent, alors je préfère être de ceux qui pensent cela possible, non pas comme un long passage de la vie du personnage mais comme un moment de son existence errante. Je choisis l'ouverture, plutôt que le dogmatisme crétin et absurde. N'oublions pas non plus que sur un film de plus de 2 heures, il faut quand même apporter des arguments de scénario. Si on adaptait Howard qu'à la lettre, cela donnerait tout simplement un film sans queue ni tête, un peu à la manière des serials italien de fantasy barbare qui étaient à profusion dans les années 70/80. On a un bel exemple de tentative ratée d'ailleurs, cette horrible série télé, réalisée à la hâte. Là encore, l'acteur principal, Ralph Moeller, n'est pas en cause, c'est juste qu'il n'y a pas de cameraman (rires) . Ne pas confondre donc littérature et cinéma, ce sont là deux genres différents qui ne fonctionnent pas de la même manière. Je pense que le film de Milius est une excellente adaptation de Conan, mais disons que j'attends encore le réalisateur qui m'épatera en faisant mieux....
- Pour les personnes qui ne connaissent Howard uniquement par le personnage de Conan, quels autres oeuvres de cet auteur leur conseillerais-tu?
Très difficile à dire, tellement les amateurs sont partagés entre les divers personnages fabuleux inventés par Howard. Pour les amateurs d'une sf épique et violente, et qui ont aimé un film comme " Les chroniques de Riddick " je conseillerai vivement une lecture comme celle d'Almuric. Kull est également un très bon personnage. Mais je dois avouer que s'il fallait en citer un à part Conan, l'un des plus mystérieux aussi, je n'hésiterais pas à dire que " Bran Mak Morn " est le plus réussi. Pour les filles, je conseillerai " Agnès de Chastillon " et " Red Sonjà ", histoire de montrer que même les femmes peuvent être des personnages hauts en couleurs. Solomon Kane est également fascinant, par ce côté " religieux avorté " qui évoque puissamment le Robert Mitchum de " La nuit du chasseur " par certains aspects, comme son côté double de rédempteur et psychopathe. En fait, tout amateur devrait se procurer l'intégrale des oeuvres de Howard et ne pas hésiter à lire tout, mais vraiment tout.
- Il s'agit ici de ta première publication. Comment résumerais-tu ce livre?
Mmh, difficile à dire. Pour tenter de résumer par une image ce " monstre ", je dirais qu'il a été un voyage au bout de l'enfer mais dont la route fut teintée de quelques nuances colorées. Bon nombre de fois, il m'est arrivé de me promener dans les rues de ma ville d'Aix-en-provence avec une tête de fou, tout simplement parce que de rentrer en telle fusion avec un personnage pareil a été vécu par moi comme une véritable expérience littéraire, presque un envoûtement. Je pense que cela peut se comparer à un rituel de passage quand vraiment on rentre dans la vie d'un tel écrivain, probablement le plus doué de sa génération, et le plus fascinant. Je m'excuse d'ailleurs auprès de ceux et celles que j'ai pu effrayer par mon aspect lunaire de bête traquée (rires) . Mon livre est une somme sur les mémoires perdues de l'Amérique, celles dont on ne parle jamais. Beaucoup de fantômes peuplent cette Amérique, comme ceux de Poe, Lovecraft, Kerouac, J'en ai recherché un, Robert Ervin Howard. Un homme débarque sur un quai, à New-york, début du vingtième siècle. Il enquête sur un écrivain. Puis, étrangement, il va devenir l'un des personnages de la biographie qu'il est en train de préparer, un observateur, un chroniqueur, à la fois de ses expériences personnelles mais aussi de la vie morcelée et terrifiante de ce génie avorté. Cela va le mettre en contact avec une autre réalité. Rien à voir avec une affabulation de mystique, le personnage va rentrer en contact avec la pensée d'un écrivain, de sa naissance à son suicide. Et il deviendra lui aussi un fantôme quelque part....
- Comment as-tu franchi les étapes pour parvenir à la publication?
Un simple concours de circonstances. Je critiquais des livres des éditions Eons pour le compte de mon magazine. Un jour, j'ai discuté écriture par mail avec les éditeurs, puis, dans les semaines qui suivirent, on s'est souvent parlé au téléphone. On en est venu à Howard. Je leur ai confié que j'avais un livre qui trottait dans ma tête depuis pas mal d'années. Paul Alary et Jean-luc Blary m'ont alors tendu la main. Et le projet Howard s'est mis en branle. Trois illustrateurs se sont joints à l'aventure, et ça a donné cette merveille. D'une certaine manière, ce livre est une oeuvre collective, dans le sens où il y avait un texte, un format, des illustrations intérieurs, une couverture. C'est peut-être l'un des plus beaux exemples de ce que le livre en France est encore capable de nous donner. Les illustrateurs ont donné un relief tel à ce texte et pour les prochains volumes, qu'on peut parler de trésor pour bibliophiles. L'écriture ne fut pas une mince affaire, mais je suis un écrivain fonctionnant à l'instinct, alors tout coulait de mes doigts, comme une drôle de symphonie fantastique, triste et belle....
- Ta maison d'édition t'a-t-elle imposé des contraintes?
La seule contrainte pour moi (rires) ce fut le nombre de pages, car j'écris beaucoup. Il me fallait donc beaucoup de place, surtout pour un écrivain comme Howard. Mon éditeur m'a donc fait pleinement confiance et m'a soutenu lors de ce long périple, qui ne fut pas de tout repos. Je corrigeais peu, n'ai pas jeté de feuilles, tout s'inscrivait sur les pages blanches, tout s'assemblait comme une opération complexe de logique formelle. Rien à jeter donc, c'était comme de me trouver devant un écran et de retranscrire les images et écouter les paroles que me contaient des voix surgies du passé. Ce fut presque comme une expérience Schizophrénique...
- Quelles ont été en particulier tes influences?
Hormis Howard, beaucoup de littérature française, mais aussi des écrivains moins connus comme Mervyn Peake ou Thoreau. Mais comme dirait l'autre, je me suis fais tout seul. Mon écriture est la résultante d'un long processus de lecture à des sources diverses, et surtout la pratique volontaire de styles différents. Pas de secret donc, juste du travail et de l'observation...
- Quelle a été ta démarche dans la quête des informations sur Howard?
Il existe bien peu de choses sur Howard. Des témoignages de ses amis, quelques lettres où il clame la fierté de ses racines ou ses humeurs concernant l'idée de civilisation. Il y a aussi le livre magnifique de Novalyne Price, " Those who Walked alone ",, une somme d'informations puisqu'elle raconte sa courte mais passionnante histoire d'amour avec Howard. J'ai vu le film beaucoup plus tard que le premier jet de mon livre, et j'y ai retrouvé un certain nombre d'éléments, des thèses que j'ai intuitivement déduites de ce que je savais de Howard, et force fut de constater que je ne m'étais pas trompé. Il y a aussi des études intéressantes. Les travaux de Patrice Louinet, Rusty Burke, James Van Hise, Steve Trout, Charles A. Gramlich, Rick Lai, Richard Toogood, Rick Mc Collum, sont en cela exemplaires. Vous ne connaissez pas, hein ? Normal, ils ne sont jamais traduits en France, comme d'habitude. Mais, toutes mes informations ont été récoltées il y a bien longtemps. Et là, je vais me permettre de faire une petite révélation pour ton site magnifique...
En fait, à l'âge de 15 ans, j'ai rencontré un vieux bonhomme, un américain qui parlait parfaitement notre langue. Il avait passé toute sa vie aux Etats-Unis, marié à une française, et finissait en quelque sorte ses vieux jours en France. Cet homme, qui était natif du Texas, me confia avoir connu Howard (le bonheur total) . Il me raconta alors des choses assez édifiantes sur Howard. Jeune, je pensais que Howard était une espèce de Hemingway, un dur à cuir, un rebelle. Si ça l'était par quelque manière, la vérité était bien plus incroyable que ça. Cet homme m'a profondément marqué. Il était un de ces vieux sages qu'on aime rencontrer quand on est tout jeune. Sauf que lui, adorait le whisky nature (rire) et les cigares, et il n'était jamais saoul, un vrai Cow-boy quoi. Il m'a donc fait l'honneur de me raconter des choses sur Howard, des histoires qui le confondaient avec la légende qu'on avait fait de lui. La première chose qu'il me révéla, ce fut le contenu véritable des nouvelles de Howard, avant même que De Camp et Carter ne les massacrent. Il avait lu Howard en magazine, et bien sûr, connaissait également le remarquable premier travail qu'avait effectué Glen Lord quand à l'exigence de retourner aux textes originaux de l'auteur. Le vieil homme me raconta alors des secrets sur Howard. La manière qu'il avait de travailler, ses habitudes pour le moins étranges, et ce coeur courageux qu'il fut, malgré l'enfer qu'était sa vie. C'est ce vieil homme qui me raconta alors les deux fameux grands secrets de Howard. Ça été un choc, et en même temps, je me suis rendu compte que l'écrivain Texan devait être l'homme le plus fascinant de son siècle, et quelque part l'inventeur du récit moderne d'horreur, dans ses pires excès comme dans ses plus remarquables créations. Howard avait donc deux secrets, j'en parle dans ce premier livre, et le second l'expliquera en profondeur. Il me raconta en outre d'autres choses, des détails sur sa vie, et une histoire, l'histoire que Howard n'avait jamais écrite. Je suis le seul à connaître dans les détails cette histoire, qui devait être un roman. J'ai gardé silence longtemps, trop longtemps peut-être, mais bientôt vous en saurez plus. Cet homme, à quelque 95 ans, haut comme un arbre, m'a tout simplement raconté dans le détail la plus grande histoire que Howard voulait taper sur sa Underwood, un jour où il en aurait eu le temps. On sait que Howard rêvait d'écrire un roman sur la conquête de l'ouest, cela aussi, le vieil homme me l'avait raconté, avec des détails que personne ne connaissait, même maintenant. Cela aussi j'en parlerai dans mon second ouvrage. Mais, retenons qu'il en existait un autre de roman, le plus beau de tous, un récit qui devait être une somme sur son oeuvre et un hymne barbare... Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que Howard n'était pas si procédurier que ça, il avait des contacts, allait voir des gens, fréquentait des vieux Texans, et surtout, il avait des correspondants, des lecteurs qui ne vivaient pas si loin de lui que ça, et avec lesquels il eut de longues, très longues conversations. Le récit que ce vieil homme me confia est un témoignage unique, un des rares restant sur l'époque où Howard était toujours en vie. J'en ai un compte rendu complet dans un dossier qui dort quelque part dans un coffre au trésor, une véritable mine d'informations diverses sur l'auteur mais aussi un récit détaillé de ce grand roman. Cette histoire concernait un personnage que pourtant il avait laissé tomber bien avant son suicide, et le fait qu'il ait choisi d'y revenir est assez inhabituel en soit. Peut-être était-ce la jeune Novalyne Price qui avait suscité ce retour ? Personne ne le saura jamais. Mais les lecteurs sauront le fin mot de l'histoire un peu plus tard. Je suis le seul et dernier dépositaire de cette histoire, puisque ce monsieur ne l'a jamais raconté à un autre. J'ai rencontré cet homme quelque fois seulement, c'est mon père qui me le présenta. Nos conversations, riches, durèrent parfois plusieurs heures durant lesquelles cet homme m'expliqua les ramures secrètes qui dormaient dans l'oeuvre de Howard. Avec des mots simples au départ, pour ensuite parler mythes et mystères de l'écriture, avec une telle connaissance de la langue que je fus obligé de prendre des notes. Pour prouver ce qu'il avançait, qu'il avait bien vécu à Peaster à l'époque, il me sortit de sa poche une photo où on le voyait dans la ville même de Peaster en train de prendre la pause. Il avait le même journal moisi et jauni en main que celui qu'il portait sur la photo (sur la photo, il prenait la pause avec un air assez comique, journal déplié, montrant bien la même date. C'était un numéro de Weird Tales) . Je ne le crus pas, alors il me présenta une carte, une vieille carte de chez eux, une sorte de carte d'abonnement à un club. Une photo, qui avait été découpée avec soin y figurait bien agrafée. Et c'était bien lui, le même que celui de la photo. Il reporta le nom de la carte sur celui de son passeport et il n'y avait presque plus aucun doute. Il avait donc connu Howard à l'époque. Je doutais encore, je dois l'avouer, il existe tellement d'originaux et de mythomanes. Mais il me parla d'une telle manière de l'oeuvre de Howard, me révéla des faits et des détails que maintenant seulement certains commentateurs avancent, que le doute commença de s'installer en moi, et une certitude est née il y a quelques années seulement. Il me révéla beaucoup de choses sur l'auteur que personne d'autres ne savaient, ses habitudes, les lieux où il allait pour trouver l'inspiration. Peu le lisaient dans sa ville, et cet homme fut l'un des rares qui dévorait ses récits, mais aussi discutait parfois avec Bob. Il y a un nom dans ma biographie, celui d'un lieu précis, ce lieu est authentique!!! On pense qu'à présent, la plupart des lieux de la campagne environnante où Howard allait se balader sont oubliés. Je connais plusieurs noms de ces lieux secrets, et j'en suis assez fier dans le fond, puisque plus personne n'en a connaissance. J'ai souvent été tenté de proposer toutes ces informations à un éditeur, et surtout ce gros roman qui m'a été conté dans le détails, avec de larges extraits dont le style est si typique de Howard. Mais j'ai préféré attendre le bon moment. Dans très peu de temps, si tout se passe bien, les lecteurs en sauront beaucoup plus avec mon tome 2, mais surtout par la suite, si les choses sont rendues possibles. C'était mon secret, et je m'apprête à le révéler aux lecteurs. C'est une véritable histoire de fous, c'est extraordinaire, mais mon père me dit un jour, peu avant de partir, qu'il m'avait fait en quelque sorte cadeau de cette rencontre, et que c'était un peu un au revoir de sa part. Je n'ai jamais revu ce vieux monsieur, mais jamais je n'oublierai cette rencontre. Ce qui reste une énigme, mais mon père en gardera toujours la vraie raison, c'est que ce soit à un Français que cet auteur ait décidé de faire un tel don, et pas à quelqu'un de son pays. C'est un très grand honneur, mais un poids assez lourd à porter finalement ...

- Ton livre nous propose une manière originale et fortement réussie pour découvrir (ou re-découvrir) des personnages créés par Howard, en insérant tout au long de ton récit des scènes les mettant en place, se "déroulant" sous tes yeux. D'ou t'es venue cette idée?
Le problème avec Howard, ou plutôt l'avantage, c'est que son univers est extrêmement visuel. Ses personnages étaient à ce point imbriqués dans sa propre psyché, qu'ils constituaient une sorte de mémoire double, à la fois dépositaire des états d'âmes de son créateur que dispensatrice de visions et histoires issues d'autres réalités. Comment alors ne pas penser mettre en scène sa vie en insérant ses propres personnages dans ce New-York sublimé par un regard de poète ??? Il n'y a que comme ça qu'on se représente vraiment la vie d'un tel homme. La clef de sa vie c'est sa fiction et vice versa. Un écrivain abordant alors un tel auteur se devra de rentrer en contact avec ses personnages, et ainsi, espérer ouvrir l'une des innombrables portes d'un esprit extrêmement complexe mais avec un arrière fond incroyablement humaniste. Howard était un maître, et s'il avait fait des études, il aurait probablement été un incroyable maître de conférence et un talentueux théoricien de l'écriture. Mais Howard était un rebelle, il haïssait le dogmatisme de l'enseignement et la pudibonderie de sa société, pour de bonnes raisons mais aussi pour des raisons plus douloureuses qui se comprennent fort bien. Le plus amusant est de se demander si, dans le fond, il n'était pas un de ces français, arraché à la révolution de 1789, perdu en plein Texas, ou une espèce d'Indien blanc en cavale, égaré. Ce que son attitude démontrait souvent dans sa petite ville où tout le monde devait bien penser...
- En quoi selon toi Howard reste-t-il un incompris de nos jours?
Howard a été victime de la plus incroyable escroquerie littéraire. Les auteurs en sont Sprague de Camp et Lin Carter. Mon père déjà me le disait. Il ne lisait pas l'anglais, mais il me rapportait, lorsque tout jeune j'avais essayé de lui faire lire Conan, combien il y avait déperdition de style au fil des nouvelles, l'histoire semblant parfois perdre en intensité ou se finir en une impasse. De Camp et Carter sont tombés sur un filon et ils ont voulu en faire un produit qui rapporte, voilà tout. Si encore la qualité avait été au rendez-vous.... Mais c'est une catastrophe ! le plus surprenant pour De Camp, c'est de voir que dans des nouvelles apocryphes dont il fut lui-même l'auteur (Les légions de la mort, in " Conan le sabreur ") , bien que commençant de fort belle manière, beaucoup perdent vite en intensité. Le style aussi semble se diluer au fil des pages, c'est effarant. Cet homme devait avoir un problème avec l'écriture ou était hâté par l'idée de vite vendre, je ne sais pas... Heureusement que Patrice Louinet est passé par là. Et qu'a-t-il donc fait ? Il est revenu à la racine des nouvelles de Howard et a compilé pour le compte des luxueuses éditions Wandering Star la somme la plus considérable des oeuvres de Robert Howard. Ainsi, il lui a rendu plus hommage que n'importe quel autre personne au monde, même si Glen Lord avait déjà entrepris un travail fort honorable. Etrange, ce sont des français qui participent le mieux ou du moins comprennent le mieux Howard, hormis ces américains dont on a jamais la traduction des essais et études. Comme quoi, les barrières culturelles entre ces deux continents ne sont pas si fondées que ça et restent simplement linguistiques. Je regrette souvent de ne pas avoir parlé plus tôt l'anglais, que d'expériences j'aurais pu faire. Nous sommes frères et à plus d'un titre. Howard, lui, n'a jamais oublié qu'il était un hybride. C'est cela la mémoire originaire...
- De quoi traiteront les prochains volumes consacrés à Howard ?
Le tome 2, " Corps Barbares ", sera une analyse en profondeur de l'oeuvre du maître, ses influences comme ses correspondances. Ce sera ensuite une somme sur son oeuvre, avec analyses, résumés, glossaire, etc.... J'ai quand même bien veillé à ne pas trop rentrer dans l'analyse purement littéraire, les termes trop techniques pouvant alourdir une exploration qui demande des images poétiques, et des termes symboliques, ce qui est flagrant pour Howard d'ailleurs... On saura également tout sur Conan, y compris ce qu'on avait jamais su, mais chut, vous en découvrirez plus quand ça sortira.... Le tome 3, " Les enfants de Conan" , sera un gros recueil de nouvelles de très bonne facture qui vont en passionner plus d'un....
- As-tu comme projet d'écrire des nouvelles ou des romans dans le style heroïc fantasy ? La scène de ton livre où figure Conan montre que tu en es très largement capable...
J'adore la sword and sorcery, ancêtre de l'heroic-fantasy, mais ces courtes nouvelles ne sont là que pour étayer mon exploration des profondeurs de ce géant de l'écriture. Pas de projets donc, rien de bien préparé. Mais il est vrai que j'y ai pris beaucoup de plaisir, et je vais renouveler l'expérience dans le tome 3, avec des personnages issus de mon imaginaire. Mais ce sera tout pour ce qui est de la fantasy. Je travaille actuellement sur un roman de sf avec un autre écrivain. Et là, je pense que ça va également en étonner plus d'un. Mais ceci est une autre histoire...
- Quelle partie de ton temps consacres-tu à l'écriture?
(Rires) Si je pouvais vivre de ma plume... Mais, n'est pas Agatha Christie qui veut, et comme le policier m'ennuie beaucoup, je pense attendre quelques siècles encore.... Non, sérieusement, je bosse parfois trois jours sans m'arrêter, tout comme je peux travailler par bribes. Il faut pour cela que l'instinct m'y invite. J'écris à l'impulsion, et ma plume énergique se laisse aller à des histoires. Je suis comme dans un état second lorsque j'écris, tout s'efface autour de moi et il n'y a plus que les ténèbres sur lesquels s'ouvrent des scènes primitives, colorées, d'où surgissent des ombres, puis des personnages. C'est assez édifiant comme manière de travailler, parfois même terrifiant. Je suis comme absorbé par une histoire, et je m'oublie. Je ne me compare pas à Howard, il n'y en aura toujours qu'un. Mais ma manière de travailler, tout comme mes recherches, y ressemblent beaucoup, c'est la voie royale pour moi. Bien sûr, je ne crie pas tout en tapant sur ma machine, mais en tout cas je fais un boucan d'enfer (rires) . Il n'y aura qu'un seul howard à mes yeux, mais je suis quand même content de savoir qu'il travaillait et engendrait ses récits à peu près de la même manière que moi. Ça me fait plaisir mais c'est tout. Je ne me suis jamais comparé à lui. Disons que sa manière d'écrire et d'engendrer d'une histoire est assez comparable à la mienne. C'est curieux mais ça fait en quelque sorte une espèce de compagnon lointain, un lien fraternel doit probablement nous relier quelque part, car je sais à présent ce qu'écrire voulait dire pour lui, je l'avais d'ailleurs toujours su. Avant, je ne voulais pas le croire, c'est tout....
- Merci d'avoir répondu à ces quelques questions!
Ce fut un vrai plaisir....

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  • Quel mythomane!
    Robert Ervin Howard, le 22 avril 2010 18:22