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Critique du film : Ça - Chapitre 2 [2019], par Vincent L.

Avis critique rédigé par Vincent L. le mardi 28 avril 2020 à 09h00

Dark clown...

Les adaptations d'oeuvres littéraires au cinéma posent la question de leur fidélité par rapport au matériau d'origine. Il n'existe évidemment pas de règle fixe et définie, chacun y cherchant des choses différentes en fonction de ses aspirations. À titre personnel, j'attends d'une adaptation qu'elle réinvente l'oeuvre d'origine et me propose quelque chose de différent. En cela, j'abhorre les transpositions fidèles (je ne vois pas l'intérêt de voir quelque chose que je connais déjà) et je déteste les "illustrations" (toutes ces adaptations qui nécessitent de connaître le roman pour en comprendre l'intérêt). Ainsi, si Ça - Chapitre 1 n'était pas l'adaptation que j'avais envie de voir, la parti-pris suivi par Andrés Muschietti et son équipe (en résumé faire un Stranger Things gentiment horrifique) avait au moins le mérite de réinventer le roman de Stephen King, tant dans sa tonalité (plus fun) que dans sa narration (plus linéaire).

J'étais donc curieux de voir comment Muschietti allait poursuivre cette réinterprétation. En effet, si son parti-pris était discutable, il avait au moins le mérite d'offrir une grande liberté de manoeuvre pour contourner les difficultés futures posées par le roman, au rang desquels se trouve notamment une mythologie complexe ainsi qu'un final assez faible. En choisissant d'écarter cette mythologie, en prenant le parti de déconnecter le récit de celui de La Tour Sombre, l'équipe créatrice promettait ainsi de transformer l'épilogue. Il fallait ainsi le réinventer, d'une part pour qu'il colle à la tonalité de l'adaptation (nettement moins glauque, violent et flippant), mais aussi pour réussir à donner à cette adaptation une cohérence permettant de lier ses deux parties en une oeuvre unique. Malheureusement, ce Chapitre 2 ne propose pas cela. Bien au contraire, il apporte un tout autre éclairage sur la réalité du projet.

Cette réalité, c'est que le projet n'a très visiblement jamais été pensé dans sa globalité. Assez clairement, au moment où Ça - Chapitre 1 était mis en boite, personne n'avait la moindre idée de ce que raconterait le Chapitre 2, et surtout de comment il le raconterait. Cela devient de plus en plus habituel à Hollywood : les projets ne sont pensés que sur du court-terme. La postlogie Star Wars en est un parfait exemple (l'ultime épisode montre qu'il n'y a jamais eu de direction claire au projet), Ça, à un niveau moindre et dans un autre genre, en est également une parfaite illustration. Et tout dans ce Chapitre 2 suinte cet "amateurisme" et cette absence de vision. Muschietti et son équipe avaient de l'or entre les mains, ils ne sont parvenus qu'à en faire un morceau de plomb indigeste rendant ce dyptique, une fois pris dans sa globalité, sans intérêt.

Pour comprendre cela, on peut s'intéresser aux différences formelles entre le film et le roman, et notamment à ce qui constitue le changement majeur dans la narration : l'imbrication des deux époques. Dans le roman, le récit fait des va-et-vient dans le temps pour passer de l'histoire des enfants à celle des adultes. Cela permet à Stephen King de faire en sorte que les deux temporalités se répondent, un peu comme un dialogue en champ/contre-champ. Il va par exemple mettre en parallèle l'enfance de Beverly (avec son père maltraitant) et sa vie de couple (avec son mari violent). Cela donne une logique au récit, une solidité dans le traitement des thématiques mises en place, et cela permet à l'écrivain de contourner habilement les faiblesses de son histoire (la partie "adulte" est intrinsèquement beaucoup moins intéressante que la partie "enfant").

Dans le Chapitre 1 de cette adaptation, Muschietti a pris le parti de séparer les deux arcs narratifs pour les faire s'enchainer : un film dans les années 80 (partie enfance) et un film dans les années 2010 (partie adulte). Certes, en séparant les deux trames, il prenait le risque de mettre en lumière la relative faiblesse de la deuxième partie, mais si l'on estime que le propre d'une adaptation cinéma est de réinventer l'oeuvre originale, cela aurait pu aboutir à une conclusion plus convaicante. Au final, que propose ce Chapitre 2 ? Une narration qui reprend sans aucune logique la structure du roman et qui fait s'alterner les deux temporalités. Le souci ne se situe pas dans la manière dont c'est fait - en soit, les transitions et les passages d'une époque à l'autre sont plutôt convaincants - mais cela prive malheureusement le dyptique de toute cohérence narrative.

Et de façon générale, la quasi totalité des changements formels qui étaient au coeur du premier film souffrent du même problème : ils n'ont aucun sens dès lors que le dyptique est envisagé dans sa globalité. On peut par exemple se demander pourquoi avoir évacué tout l'aspect mythologique du premier film si c'était pour finalement s'en servir (d'autant que sur près de cinq heures de métrage, il y avait largement le temps de développer cet aspect), ou quel était l'intérêt de modifier l'histoire et la trajectoire de certains personnages (Mike notamment) étant donné qu'au final, cela n'apporte rien de plus au récit. Aucun de ces choix n'a de sens, et rien n'a de cohérence dans la construction narrative de ces deux films que l'on sent improvisés par une équipe qui n'avait aucune ligne directrice définie. En l'état, il manque au projet quelque chose de crucial que possédait le roman (en dépit de ses faiblesses) : une vision, un propos.

Tout cela rend ce Chapitre 2 indigeste. Le Chapitre 1 avait pour lui d'être un Stranger Things plutôt efficace (à défaut d'être un bon film d'horreur). On pouvait certes ne pas adhérer, mais cela fonctionnait plutôt bien. Cette deuxième partie est quant à elle un immense pachyderme, cumulant une histoire famélique (encore une fois, la partie "adulte" de l'histoire n'est pas la plus intéressante) et une durée complètement délirante (trois heures !!!). On retrouve une grande partie des défauts du premier film (cette suite de séquences déconnectées mettant au prise un des personnages contre l'entité), mais avec en plus nombre de problèmes scénaristiques : des histoires qui sont oubliées (Bill), qui sont torchées à la va-vite (Beverly), qui n'ont aucun sens (Mike), que rien n'avait préparé (Ritchie) ou qui n'existent même plus (Eddie), sans oublier une conclusion difficilement compréhensible que rien n'avait préparé avant.

Niveau frousse, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Déjà, avec trois heures au compteur, Muschietti ne parvient pas à tenir son rythme et à capter suffisamment l'attention du spectateur (mais est-ce vraiment possible de faire un vrai film d'horreur de cette durée, rien n'est moins sûr). De plus, Grippe-sou reste un antagoniste décevant (mal écrit, pas finement joué, toujours défiguré par des CGI qui le rendent moins crédible) : la quasi-totalité de ses incarnations étant trop numériques pour être flippantes, trop bourrines et "jump-scariennes" pour susciter le moindre frisson. Ce qui s'avère étonnant, c'est qu'ici et là, on trouve tout de même quelques scènes mises en scène de façon plus subtile. Sporadiquement, ces quelques passages (le meurtre d'ouverture, Beverly qui revient chez elle) s'inscrivent dans l'ambiance si particulière roman. Toutes sont autant de cicatrices qui nous montrent ce que Ça aurait pu être...

Enfin, techniquement parlant, Ça - Chapitre 2 est nettement mois abouti. La direction artistique et la photographie, deux des gros point forts du premier volet, deviennent ici franchement quelconque. Si les jeunes comédiens du Chapitre 1 étaient tous brillants, les adultes qui leur succèdent sont beaucoup moins remarquables (à leur décharge, ils n'ont rien à jouer). Ainsi, même sans la comparer au roman, même indépendamment du premier film, cette suite ne parvient pas à être un train fantôme un tant soit peu correct. On s'ennuie devant, et on finit par se demander à quoi aurait pu ressembler le projet s'il avait été mené - comme prévu au départ - par Cary Fukunaga. Aurait-il eu plus de cacactère ? Plus de personnalité ? Ou peut-être simplement que le récit de Stephen King est tout simplement inadaptable au cinéma...

La conclusion de à propos du Film : Ça - Chapitre 2 [2019]

Vincent L.
40

Pris dans sa globalité, le dyptique Ça est un ratage qui ne parvient jamais à trouver de cohérence dans ce qu'il raconte. Pris indépendamment du Chapitre 1, comme un simple film d'horreur, cette suite souffre de grosses lacunes d'écriture, lesquelles, cumulées avec une durée délirante, la rendent ennuyeuse de bout en bout. Dommage, il y avait du potentiel et des talents sur ce projet. Il manquait simplement une vision créative claire qui lui donne un cap.

On a aimé

  • Une poignée de scènes réussies,
  • La mise en scène des flashbacks,
  • Le matériau d'origine reste fascinant.

On a moins bien aimé

  • Un antagoniste toujours aussi raté,
  • Un scénario très faible,
  • Pas de cohérence narrative,
  • Une direction artistique bien moins réussie,
  • Un film vraiment trop long, qui ne fait jamais peur.

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