75.OOO pixels viennent d'être aspirés dans un trou noir !
Le futur sera peut-être différent mais sur cette planète nous vivons encore grâce à la publicité.
Astuce N°5 : Nous ne sommes pas comme Skynet et méritons d'exister, mais avec ce bloqueur de pubs actif, nous vous dirons 'Hasta la Vista, Baby!'
On vous aime et nous vous souhaitons une bonne lecture. "Longue vie et prospérité !"

Critique du film : Le bruit des glaçons [2010], par Vincent L.

Avis critique rédigé par Vincent L. le samedi 4 septembre 2010 à 16h09

Quand absurde rime avec n'importe-quoi...

Cela fait près de vingt ans que le cinéma de Bertrand Blier en est au point mort ; à l'instar de bon nombre de cinéastes qui répètent inlassablement les mêmes thématiques de film en film, ce dernier projette en effet dans chacun de ses longs-métrages les même obsessions depuis plus de cinquante ans. Alors que, depuis plus d'une décennie, ces scénarios prennent place dans des univers cinématographiques de plus en plus éloignés de la réalité (à l'instar des Acteurs, où, bien que chaque comédien interprète son propre rôle, aucun point d'ancrage ne permette au spectateur de comprendre la logique d'ensemble vis à vis du monde quotidien), le voir se diriger vers le genre fantastique, à l'occasion d'une rencontre surnaturelle entre un individu et son cancer personnifié, donnait à penser que Blier pourrait enfin créer de toute pièce un univers qui servirait de réceptacle à ses obsessions et au traitement de ses idées, lesquelles, débarassées de toute contrainte de logique, pourraient peut-être retrouver une pertinence aujourd'hui perdue.

Au final, force est de constater que le long-métrage ne fonctionne malheureusement pas très bien à l'écran. Bertrand Blier a en effet pris le parti de traiter son histoire fantastique sous l'angle du théâtre de l'absurde, à la manière de Beckett ou de Gogol, chefs de file de cette littérature bien particulière ; néanmoins, dans sa structure scénaristique, Blier a visiblement confondu l'absurde et le n'importe-quoi et, au final, Le bruit des glaçons ne s'apparente qu'à un gros foutoir à peine organisé (voire pas organisé du tout). L'absurde, s'il permet de contourner les règles de la logique dans le déroulé de l'intrigue et de mettre en scène des personnages grotesques (la personnification du cancer ici utilisée ne manquant pas de rappeler Le nez de Gogol) demande ainsi une construction narrative solide et contraignante destinée à accompagner le spectateur ; à défaut, on sombre vite dans le chaos incompréhensible ou dans la succession de sketches et de saynètes sans réels liens les uns avec les autres, ce qui se passe ici dans Le bruit des glaçons.

Dans son premier quart - le plus intéressant et certainement le plus pertinent - Le Bruit des glaçons rappelle le travail d'un autre auteur majeur du théâtre de l'absurde, Ionesco, et plus particulièrement sa pièce Le roi se meurt. L'histoire racontée est ainsi teintée de psychanalyse, et l'on y voit ce personnage principal confronté à une mort inéluctable, laquelle est personnifiée par un individu avec lequel il peut discuter en toute "normalité". Se détournant de toute forme de logique, il prète à ses personnages des dialogues saugrenus (le cancer expliquant qu'il est sans gène et qu'il aime débarquer sans prévenir), des comportements irrationnel (le héros qui tente de se débarasser de son cancer en le défenestrant) et va même jusqu'à les faire s'adresser au public directement face caméra, amenant ce faisant les spectateurs à participer à l'intrigue. On retrouve, dans cette partie, tout ce qui fait la force du cinéma de Blier, et notamment ce cynisme et cet humour acerbe qui sont de tous les plans et de toutes les répliques.

Et puis, passées ses premières vingt minutes, le souffle retombe. La bonne idée qui servait de base au film - la rencontre d'un homme avec son cancer - ne possède pas assez de substance pour pouvoir tenir sur l'ensemble du long-métrage. Le concept s'essoufflant énormément, le film commence à partir dans d'autres directions pour tenter de maintenir l'attention du spectateur et ainsi dissimuler la vacuité de ce qui va suivre, parfois de manère très paresseuse (la servante qui accueille son cancer à elle, le tout faisant écho de manière redondante à l'intrigue principale), parfois avec des histoires peu passionnantes (le dépucelage du fils) ; seuls les quelques flashbacks qui émaillent le films, et amènent notamment à comprendre comment le personnage principal en est arrivé là, ont un semblant d'intérêt. Le plus facheux, finalement, est que chaque nouvelle direction prise par l'histoire n'est jamais correctement raccrochée à l'intrigue principale. Petit à petit, Le bruit des glaçons sombre ainsi dans le n'importe quoi.

La mise en scène de Bertrand Blier est finalement à l'image de son scénario. Plutôt inspirée dans son premier tiers - avec les plans face caméra, les postures des acteurs et la déconstruction temporelle - elle finit petit à petit par se répéter inlassablement. Passé la première demi-heure, les mêmes techniques sont inlassablement réitérées. Plus agaçant, l'optique choisie par Blier a été d'opter pour une mise en scène très théâtrale. Les décors ne sont jamais vraiment utilisés : la maison (qui sert de cadre à ce huis-clot), n'existe jamais en intégralité, mais seulement petit bout par petit bout, chaque pièce ressemblant à un décor de théâtre. L'idée de réaliser un long-métrage comme du théâtre filmé peut certes se défendre, mais il apparaît assez rapidement que cela fait perdre au film une grande partie de son intérêt cinématographique ; on se dit d'ailleurs assez souvent que si Le bruit des glaçons avait été une pièce de théâtre, il aurait été nettement plus réussi et beaucoup plus intéressant.

Le choix de Blier est d'ailleurs d'autant plus étrange qu'il a dirigé ses acteurs commes si ceux-ci réalisaient des prestations théâtrales, tous interprètant leurs roles avec une lourdeur cinématographiquement pesante. Le casting, au demeurant plutôt bon dans cet exercice de style, est pourtant sous-exploité. Jean Dujardin comme Albert Dupontel sont ici engoncés dans des personnages que l'on devine trop petits pour eux, et l'on sent souvent que leur énergie est bridée au profit d'un jeu très académique ; conséquence, rien ne passe entre les deux acteurs alors même que leur relation est au coeur du long-métrage. Ce sont donc les interprètes féminine, Anne Alvaro et Myriam Boyer, qui réussissent à tirer la couverture à elles, leur expérience leur permettant de développer un jeu théâtral suffisamment sobre pour qu'il puisse s'accomoder des canons cinémtographiques. C'est ainsi uniquement par elles que passe le peu d'émotion qui traverse Le bruit des glaçons.

La conclusion de à propos du Film : Le bruit des glaçons [2010]

Vincent L.
40

Malgré un concept de départ original, quelques bons dialogues qui font sourire et deux ou trois idées de mise en scène assez remarquables, Le bruit des glaçons reste au final un film moyen à cause de son absence totale de construction scénaristique. Parce que Bertrand Blier confond le théâtre de l'absurde et le grand n'importe quoi grand-guignolesque, il réalise un film qui part dans tous les sens sans jamais s'embarasser d'une quelconque logique narrative. Il n'y a donc pas grand chose à voir, et encore moins à comprendre dans ce film finalement moins profond qu'il n'en a l'air de prime abord.

Que faut-il en retenir ?

  • Une bonne idée de départ,
  • Quelques dialogues savoureux,
  • Quelques bonnes idées de mise en scène.

Que faut-il oublier ?

  • Confond l'absurde et le n'importe quoi,
  • Un concert qui s'essoufle rapidement,
  • Perd tout son intérêt au fur et à mesure,
  • Acteurs dirigés dans un jeu très théâtral.

Acheter le Film Le bruit des glaçons en un clic

Nous vous proposons de comparer les prix et les versions de Le bruit des glaçons sur Amazon, site de vente en ligne dans lequel vous pouvez avoir confiance.

Retrouvez les annonces de nos dernières critiques sur les réseaux sociaux

Sur Facebook | Sur Twitter | Sur Google+