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Why Don't You Play in Hell >

Critique du Film : Why Don't You Play in Hell

Avis critique rédigé par Jonathan C. le samedi 6 septembre 2014 à 14:58

Ca saigne...Action !

Alors que débute la vingtième édition de l'Etrange Festival, durant laquelle Sono Sion présente son nouveau film ainsi que sa sélection carte blanche, il est temps de revenir sur le précédent film de ce prodige iconoclaste japonais, Why Don't You Play in Hell?, présenté et récompensé il y a pile un an à l'Etrange Festival de 2013 et depuis toujours pas sorti en France.

Après deux mélodrames post-Fukushima, l'inclassable réalisateur des Suicide Club, du sulfureux Guilty of Romance ou du chef d'œuvre Cold Fish (encore inédit chez nous) revient à un cinéma radical et rentre-dedans avec cette espèce de yakuza comedy empruntant au cinéma d'exploitation (ici, Bruce Lee s'invite dans un yakuza eiga aux airs de chambara), un divertissement pop-corn total qui s'impose en même temps comme un film extrêmement personnel et passionnant. Une orientation à la fois complexe et décomplexée qui se confirme avec son film suivant, Tokyo Tribe.

Sono Sion construit avec maestria un joyeux bordel (faussement bordélique mais en réalité solidement maitrisé) et orchestre la rencontre improbable entre deux clans yakuza en guerre et une bande de jeunes cinéastes amateurs dont le rêve est de réaliser le film d'action ultime, avec leur Bruce Lee à eux. L'élément déclencheur de cette rencontre : la fille d'un des chef yakuza et ex-enfant star, de laquelle est d'ailleurs amoureux l'autre chef yakuza. En collaborant avec les yakuzas et en filmant leur affrontement, les réalisateurs en herbe saisiront ainsi l'opportunité de réaliser leur chef d'oeuvre, un actioner en 35mm dans lequel les protagonistes meurent pour de vrai, sans trucages et sans système B.

Bref, comme son titre peut d'ailleurs l'indiquer, Why Don't You Play in Hell? est un énorme délire pop-trash, une comédie hilarante et virtuose dans laquelle se succèdent les morceaux de bravoure, jusqu'à ce climax anthologique d'une bonne demi-heure, un final démentiel aussi monstrueux qu'hilarant qui laisse sur les rotules, déluge jouissif et hystérique de gore, de gags, d'émotions et de passion totale ou l'ultraviolence cartoonesque fusionne avec le mélo tragique et ou la mise en abime entre fiction et réalité atteint son point culminant (ce final en bain de sang, c'est le tournage du cinéma-vérité absolu). Le réalisateur exploite et détourne les codes de la série B mais il traite son sujet au sérieux.

Grâce à des idées de mise en scène à la pelle, une réalisation inventive dopée à l'adrénaline, un montage fun et habile qui passe d'un protagoniste à l'autre sans jamais perdre le spectateur et un scénario bourré de rebondissements et de personnages aussi déjantés qu'attachants (mentions au jeune cinéaste fou, au chef yakuza amoureux et à la starlette), il est impossible de s'ennuyer une seule seconde en deux heures, à moins d’être totalement allergique au trip (mais à priori le spectateur qui décide de visionner un tel film n'est PAS allergique à ce genre de délire).

Illustrant toujours les pulsions et les fantasmes, Sono Sion instaure à plusieurs reprises une tension palpable (aussi bien grâce aux dialogues brillants qu'à la mise en scène) et multiplie les fulgurances stylistiques surréalistes et les digressions géniales, tout en restant dans le carcan de la comédie absurde, n'hésitant pas à taper dans le mauvais goût (avec vomi), le gore (mais des débordements gores plus cartoonesques que craspects par rapport à Cold Fish) et le trash (le baiser avec les bris de verre). Les scènes dramatiques semblent toujours semi-parodiques, comme conscientes d'être des scènes de cinéma. Le tout animé avec vivacité par des acteurs complètement investis comme Akihiro Kitamura (le japonais de The Human centipede), l'irrésistible mais fatale Fumi Nikaidô, Tak Sakaguchi (Versus, Azumi) en sous-Bruce Lee ou le vétéran Jun Kunimura (Ichi The Killer, Audition, Black Rain, Kill Bill, Blood and bones, Outrage…).

Le plus beau dans tout ça, c'est l’émotion qui ressort de cette « comédie d'exploitation » définitive, audacieuse, punk et transgressive, cette conclusion en forme d'amour du cinéma (faire des films à tout prix), et particulièrement d'un cinéma oublié. C'est Sono Sion qui résume le mieux son film, en le qualifiant de « film d’action sur l’amour du 35mm ». Ce qui n'aurait pu être qu'un délire régressif jouissif se révèle d'une incroyable densité, d'une sincérité à toute épreuve, d'une folie créatrice furieuse et d'une pertinence remarquable. Why Don't You Play in Hell?, c'est un peu comme si le Jean-Luc Godard de Bande à part avait réalisé un film de Kinji Fukasaku en reprenant du Federico Fellini. Quentin Tarantino aurait de quoi en être jaloux et sera probablement un grand fan de ce film dont le final est paradoxalement un gros pied de nez à celui du premier Kill Bill...

85

Le virtuose et imprévisible Sono Sion surprend une nouvelle fois avec cette improbable mais géniale comédie d'exploitation mêlant yakuza eiga et chambara dans un déluge de gags, de personnages décalés, d'élans trash et de rebondissements absurdes dans un récit nerveux dopée à l'adrénaline et une réalisation inventive et libre, jusqu'à son climax monumental se noyant dans un flot de sang, de cadavres mais aussi de rires et d'émotions. A travers cette comédie d'action riche, à la fois mainstream et intimiste, Sono Sion développe une véritable mise en abîme sur la création, un film-fantasme ou ce fameux cinéma-vérité fusionnerait avec le film de genre. Why Don't You Play in Hell? transpire la passion et l'envie de cinéma tout en se posant comme un pur film d'exploitation pop-corn jubilatoire et euphorique.

Critique de publiée le 6 septembre 2014.

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