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Critique du Film : Le maître du monde
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Critique du Film : Le maître du monde

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 20 janvier 2014 à 1755

Si vis pacem, fac bellum

La paisible petite communauté de Morgantown vivant au pied des Montagnes Bleues, en Pennsylvanie, se voit prise d’un grand émoi quand, un matin, le Great Eyrie, l’un des plus hauts sommets de cette chaine montagneuse, se met à émettre les signes annonciateurs d’une prochaine éruption. Tout le monde y croit, à cette catastrophe, et se prépare à fuir bien que le Great Eyrie ne soit pas connu pour être un volcan en activité… avant que, venue des monts, une assourdissante voix aux intonations divines n’achève de les épouvanter. Avisée du fait, la presse se saisit rapidement de l’affaire, alors, qu’inquiet, le gouvernement envoie l’inspecteur Strock sur les lieux. Celui-ci obtient de Prudent, un industriel spécialisé dans l’armement, le moyen de se rendre au sommet du « volcan », à savoir un aérostat motorisé. En compagnie de Prudent, de sa fille Dorothy et de son futur gendre, Strock parvient à destination. Quand, de l’intérieur du cratère jaillissent deux missiles... qui atteignent le ballon et causent sa chute...

En 1961, date où sort Le maître du monde dans les salles américaines, William Witney est un réalisateur chevronné qui a surtout construit sa bonne réputation en mettant en boîte des westerns de série B et des serials (principalement pour le compte de Republic Pictures). Peu de temps après cette date, l’homme se mettra exclusivement au service de la télévision pour une longue et fructueuse carrière (souvent dans le domaine du western d’ailleurs, avec Laredo, Chaparral, Bonanza, Le virginien…). On peut donc considérer ce film produit par American International Pictures pour la modique somme d’environ $500,000 (soit 10 fois moindre que 20,000 lieues sous les mers, un détail qui, on va le voir, a son importance) comme une œuvre charnière, dans laquelle le cinéaste démontre ses capacités, mais aussi, comme nous allons le voir, ses frontières créatrices.

Le maître du monde est une (très libre) adaptation de deux romans de Jules Verne (Robur le conquérant et Maître du monde, parus respectivement en 1886 et 1904) par le célèbre scénariste Richard Matheson. Dans SA version, Matheson nous raconte l’histoire de l’Albatros, de son capitaine, le mystérieux Robur, et de son équipage, fidèle jusque dans la mort. On pourrait donc penser que le scénariste puise principalement les éléments de son script dans le roman Robur le Conquérant. Ce n’est pas tout à fait le cas, le film brasse en fait des éléments des deux récits. Et il en introduit des nouveaux. Ainsi, comme dans le roman éponyme, Le maître du monde débute au mont Great Eyrie mais ce n’est pas une voiture volante et amphibie qui s’y trouve cachée mais l’imposant Albatros, gigantesque navire du ciel à voilure tournante. Ensuite, Matheson modifie un peu le profil psychologique de Robur pour le rapprocher de celui du capitaine Némo, probablement jugé plus poétique que le pragmatique Robur d’origine. Ici, le capitaine n’est plus l’inventeur avant-gardiste voulant prouver la supériorité du plus lourd que l’air sur le plus léger que l’air (Robur le Conquérant) ni le charismatique mégalomane voulant diriger le monde (Maître du monde), mais un idéaliste un peu timbré voulant utilisant la supériorité de l’Albatros pour forcer les Nations à se désarmer... Et capable pour ce faire d’user des grands moyens. Un rapprochement qui va d’ailleurs grandement desservir le film, Robur apparaissant ici comme un proto-Némo mal dégrossi.

Le scénario de ce Maître du Monde (qui aurait dû bénéficier d’une suite, mais AIP abandonna le projet en cours) est ainsi trop proche de celui de 20 000 lieues sous les mers, sorti sept ans plus tôt, pour que le spectateur n’établisse pas un comparatif... avec un résultat qui est loin d’être favorable au film de Witney. Comment ne pas comparer le courageux inspecteur Strock à Ned Land, et Prudent à Aronnax? Comment ne pas penser au fidèle second du Nautilus quand l’on observe les agissements de monsieurTurner (Wally Campo), le second de l’Albatros? Et bien sûr, il y a Robur et l’Albatros, ersatz un peu trop ternes de Némo et du Nautilus. Tous ces aspects référentiels, qui trottent durant tout le film dans l’esprit du spectateur, empêchent ce dernier d’apprécier le travail de Witney avec un esprit détaché. Et ce qui aurait pu être perçu comme une sympathique série B (ce qu’elle est, en fait) se retrouve appréhendé comme une copie boiteuse du film de Richard Fleischer. Et là, ça fait mal.

Car, force est dire qu’AIP, ce n’est pas Disney. Du moins pour ce qui est des moyens techniques. Les matte painting utilisés évoquent les vieux trucages d’avant guerre, les incrustations sont foireuses, les décors assez moches (l’intérieur de l’Albatros fait vraiment toc) et, comble du cheap, quand l’Albatros attaque les forces des Nations, le film est en partie construit à partir de stock-shots piqués dans d’autres fictions (avec les problèmes de raccord que cela entraine). Tous ces aspects amènent un cachet kitch au métrage qui, aujourd’hui, dégage un certains charme mais, lors de sa sortie en salles, cette pauvreté a forcément compromis son succès. A coté de cela, William Witney n’est pas Richard Fleischer. De nos jours, il serait surement rangé dans le registre des «yes man» appliqués. Avec tout ce que cela sous-entend de péjoratif. Ainsi, Le maître du monde peine par un manque d’inventivité dans la mise en scène, se contente de recycler (avec application, certes) des recettes éprouvées et ne met à aucun moment en valeur un casting de qualité, malgré la présence de dialogues plein d’humour (mention spéciale au cuisinier style Belle et le Clochard, interprété par Vito Scotti) et de circonstances amusantes.

Le point fort du film repose en fait sur son interprétation. En commençant par Vincent Price, génialissime dans le rôle de Robur. Si doté d’un personnage un peu mieux construit, ce grand comédien au jeu shakespearien aurait pu, peut-être, nous faire oublier James Mason, pourtant convaincant en Némo. Ici, malgré tout, il parvient à nous rendre Robur intriguant, voire attachant, tout en frôlant le cabotinage. Un véritable exercice d’équilibriste. Le maître du monde s’appuie aussi sur la solide interprétation de Charles Bronson. Le comédien arrive même à nous faire avaler (sans trop de difficulté) un brusque, et guère logique, changement de comportement en milieu de métrage. Quant à Henry Hull (Prudent) et David Frankham (Philip Evans), ils livrent des performances des plus honorables, sans toutefois marquer les esprits. Enfin, dans le seul rôle féminin, difficile de juger Mary Webster, tant son personnage est le stéréotype de la jolie faire-valoir, la récompense du héros.

La conclusion de

Bien que sorti sept ans plus tard, Le maître du monde souffre de la comparaison avec 20,000 lieues sous les mers. La faute à un scénario de Matheson qui recycle de manière un peu trop légère les deux romans de Jules Verne consacrés aux aventures de Robur et qui lorgne de trop sur le film de Fleischer. Une production très cheap et la réalisation guère remarquable de William Witney n’arrangent guère les choses. Au final, à aucun moment ce métrage ne dépasse le statut de modeste divertissement. Heureusement, l’interprétation est de très bonne facture, avec notamment un Vincent Price à son meilleur dans le rôle d’un homme brillant aveuglé par son idéal.

Que faut-il en retenir ?

  • Une série B divertissante
    Un charme kitch
    Un casting de qualité

Que faut-il oublier ?

  • Une production cheap
    Un scénario perfectible
    Un environnement assez moche
    Des personnages mal dégrossis

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