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Critique du Film : L'Odyssée de Pi
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Critique du Film : L'Odyssée de Pi

Avis critique rédigé par Jonathan C. le lundi 17 décembre 2012 à 1447

Le vrai voyage inattendu

Life of Pi poster US

L'homme de tous les défis, c'est Ang Lee. Fier d'une filmographie passionnante et surprenante qui touche à des genres très divers (western, mélo familial, comédie de moeurs, super-héros, film noir historique, romance, Wu Xia Pian, satire sociale, etc.) tout en restant cohérente, le réalisateur taïwanais s'est toujours sortis avec les honneurs des sujets casse-gueule qu'il avait choisi d'aborder, excepté peut-être pour son inégal mais audacieux Hulk qui, quoiqu'en disent les détracteurs, restera comme l'une des productions les plus intéressantes du catalogue Marvel. Adaptation du roman Histoire de Pi de Yann Martel, L'Odyssée de Pi est sans doute le projet qui rend le mieux compte de la témérité et de l'immense talent de ce cinéaste sensible qui sait si brillamment mêler dimension intimiste et exigences spectaculaires, insufflant une émotion à fleur de peau et un souffle romanesque et romantique dans des productions à velléité commerciales ou « oscarisables » qui, avec d'autres réalisateurs que lui aux commandes, seraient restées très académiques ou pompeuses.

Life of Pi

Projet extrêmement ambitieux longtemps réputé inadaptable et sur lequel se sont cassé les dents plusieurs réalisateurs de renom (dont notre Jean-Pierre Jeunet, qui a travaillé dessus pendant plusieurs mois), notamment pour représenter à l'écran le périple d'un jeune indien coincé avec un tigre du Bengale sur un canot de sauvetage en plein océan Pacifique, L'Odyssée de Pi se présente comme une fresque d'envergure (récit d'une fantastique épopée aux nombreux effets spéciaux et aux décors merveilleux, budget de 120 millions de dollars) et en même temps qu'un récit initiatique intimiste (les ¾ du film se déroule sur une barque entre un homme et un tigre). D'un pitch improbable sur lequel il a commencé a travailler en 2008, Ang Lee transforme en chef d'œuvre ce qui risquait de sombrer dans le ridicule, la mièvrerie et le criard. L'Odyssée de Pi est pourtant assez mal vendu par la Fox, comme Disney avec John Carter...

Life of Pi

Le réalisateur de Tigre et Dragon et du Secret de Brockeback Mountain prend tout son temps pour raconter son histoire (d’où la durée du film), ce qui devient assez rare dans les grosses productions hollywoodiennes, et développe une quête identitaire (se chercher soi-même, trouver sa voie) typique de son cinéma. Le début n'est pas forcément des plus intéressants mais pose immédiatement une charmante tonalité, entre son générique à la fois kitsch et discret sur les animaux du zoo, son ambiance Bollywood (la musique dansante, les couleurs pétantes...), ses transitions rudimentaires, ses amusantes digressions (l'histoire du prénom du héros ou celle du nom donné au tigre : des anecdotes qui se révèleront avoir du sens plus tard), son romantisme naïf (avant que l'histoire d'amour ne soit complètement désamorcée)...On craint tout de même que, sous prétexte de se dérouler en Inde (plus précisément à Pondichéry), L'Odyssée de Pi ne surfe sur la tendance Bollywood comme le faisait le génial Slumdog Millionnaire de Danny Boyle, qui possède quelques autres points communs avec le film d'Ang Lee, notamment sa construction en flashbacks autour de l'enfance du personnage principal. Mais cet aspect, par ailleurs complètement justifié par rapport au sujet, disparaît lorsque la tempête frappe le bateau, au moment où commence l'odyssée (même si elle a en fait commencé bien avant). En apparence purement fonctionnelle, la première partie est essentielle puisque toute la thématique du film y est contenue, ce dont on ne peut se rendre compte que vers la fin de l'histoire, superbe et bouleversant dénouement qui donne au spectateur à choisir quelle interprétation il préfère.

Life of Pi

En effet, Life of Pi est un conte sur la force des histoires fantastiques, qui masquent toujours une tragique histoire vraie beaucoup moins merveilleuse. C'est d'ailleurs écrit par le scénariste du Neverland de Marc Forster, autre film sur l'art de raconter les histoires en embellissant et en romançant la réalité (« Pour adapter ce roman, j'ai décidé que la clé serait tout simplement de raconter l'histoire d'une histoire », déclare le scénariste). Cet art, c’est aussi celui de la métaphore et de la symbolique, évidemment très prégnant ici. Ca parle donc indirectement de cinéma, mais aussi plus explicitement de religion. Pour Ang Lee comme pour le personnage de Pi (deux fabuleux narrateurs et conteurs), il existe autant d'interprétations et de points de vue pour une même histoire que de religions et de dieux. En se convertissant à plusieurs religions (hindouisme, islam et christianisme), le jeune héros a acquis un don de conteur en même temps que la foi. Peu importe la religion et seule importe la foi : avoir la foi ne fait que faciliter la croyance aux histoires qu'on entend et qu'on raconte, cette foi nourrit l'imagination et l'esprit créatif. Et comme le dit Gandalf dans Le Hobbit, « Toute bonne histoire mérite qu'on l'embellisse ». Ang Lee confirme d'ailleurs que « Life of Pi est une fable sur la foi. Il est question de la force des histoires et de l'importance de les partager ». Cette dimension spirituelle et mystique, censée être universelle, rendra le film paradoxalement moins accessible malgré son ouverture d'esprit absolue, malgré la beauté du message et malgré la pureté et la sincérité du discours.

Richard Parker

Mais au-delà de cette interprétation passionnante et de cette richesse thématique, L'Odyssée de Pi est surtout un grand film d'aventure et de survie, sorte de variation du Seul au Monde de Robert Zemeckis, avec une barque à la place de l'île et un tigre (nommé Richard Parker) à la place du ballon Wilson, mais esthétiquement plus proche des fresques exotiques d'Hollywood dans les années 50 et surtout 60, dans lesquelles le Pacifique et autres grandes étendues étaient souvent sublimés par le Technicolor en Cinémascope. L'Odyssée de Pi ne tombe pas dans le cliché du récit-manuel de survie, ici vite tourné en dérision dans des scènes amusantes, puisqu'il n'existe pas de manuel de survie pour de telles situations. Le héros se crée en quelque sorte son propre manuel de survie et tente de dompter la bête, au fil d'astuce et d'imagination mais aussi grâce aux conseils de son père et à sa connaissance des animaux. Il s'agit surtout du récit d'une cohabitation difficile et d'une amitié fantasmée mais impossible entre l'Homme et l'Animal. A ce titre, le choix de créer numériquement les animaux (dont le tigre, bluffant au point qu'on se demande si certains plans n'ont pas été tournés avec un vrai tigre) n'est pas seulement une condition matérielle, car il est clairement impossible de tourner un film sur l'eau avec un tigre, un singe, un zèbre, une hyène et un acteur dans une barque : c'est aussi un choix très pertinent par rapport au sujet du film.
Ce voyage dépaysant est bercé par la musique exotique et envoutante du canadien Mychael Danna (qui retrouve le cinéaste 15 ans après Ice Storm), dont le ton romanesque flamboyant, lyrique et traditionnel évoque du Maurice Jarre. Le récit, sorte de huis-clos à ciel ouvert, est évidemment centré sur l’acteur (remarquable Suraj Sharma, un novice sélectionné parmi 3000 autres jeunes hommes) et sur un tigre numérique, mais on croise aussi dans la distribution notre Gégé national (c’est peut-être son dernier film américain puisqu’il vient de rendre son passeport), dans un petit rôle aussi ingrat qu’amusant.

Life of Gérard Depardieu

Jouissant d'une palette graphique flamboyante, d'effets visuels sidérants et d’une 3D immersive (James Cameron le qualifie de meilleur film jamais réalisé en 3D), Life of Pi est un enchantement pour les yeux, cumulant les morceaux de bravoure esthétiques et les images d'une splendeur à couper le souffle, d'une beauté à pleurer, d'une pureté cristalline renversante, qu'il s'agisse du delirium au fond de l'océan, du saut de la baleine dans une eau illuminée par les méduses ou de la découverte surréaliste de l'île carnivore. L'aspect immatériel de l'esthétique (tout semble iréel) colle bien avec la dimension spirituelle du récit. Ang Lee ne craint pas les audaces formelles (par exemple le changement de format pendant le "vol" des poissons ou encore les deux séquences de tempête spectaculaires) ni les excès (je vois d'ici les cyniques qui vont comparer L'Odyssée de Pi à du Madagascar à cause des suricates), et affine encore son style caméléon, harmonieux et faussement classique, plus vivant que celui, par exemple, de Tarsem Singh (dont on peut rapprocher le superbe The Fall du film d'Ang Lee). Au final, cette Odyssée de Pi est probablement le plus beau film de l'année, tant dans son esthétique que dans son propos.

Life of Pi poster US

La conclusion de

Ang Lee relève de nouveau un défi avec cette adaptation longtemps réputée inadaptable du best-seller de Yann Martel. Il en tire un voyage improbable de toute beauté, original, novateur et atypique tout en restant classique et grand public. Le cinéaste construit un film sur l’art (lié à la foi) de raconter des histoires, de les enrober et de les interpréter, un film sur l'âme des histoires, une ode aux récits fantastiques et à l'imaginaire. Entre réflexions philosophiques et fantaisies, entre l’intime et le spectacle (comme toujours avec le réalisateur de Tigre et Dragon), Ce survival en pleine mer peut dérouter par sa dimension spirituelle pourtant universelle mais emporte le spectateur par ses images somptueuses et son souffle romanesque paisible ou orageux. L’épopée dense, palpitante, impressionnante, drôle et émouvante du jeune indien Pi Patel et du tigre Richard Parker (sans doute le plus bel animal jamais créé en CGI pour le cinéma) s’impose comme l’un des plus beaux morceaux de cinéma de 2012.

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