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Critique du Film : 4h44 Dernier jour sur Terre
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Critique du Film : 4h44 Dernier jour sur Terre

Avis critique rédigé par Jonathan C. le samedi 15 décembre 2012 à 0244

Le Dernier jour du monde

4h44 poster US

Présenté hors compétition au PIFFF en 2011, le nouveau film d'Abel Ferrara n'allait bien sûr pas laisser indifférent, comme chacun de ses films. Après Lars von Trier, c’est donc au tour d'un autre auteur culte, Abel Ferrara, d’exploiter le thème tendance de la fin du monde, lui qui avait déjà plus ou moins tâté de l’apocalyptique avec son tétanisant Body Snatchers. Avec Ferrara, il ne vaut mieux pas s’attendre à du spectacle : ses films n’ont jamais été agréables, classiques ou polis, et c’est encore plus le cas depuis une dizaine d’années, plus précisément depuis l’échec de The Blackout, puisque ses films d’auteur sont boudés par le public et méprisés par la distribution. Certains de ses films plus anciens n’existent toujours pas en DVD Z2 (son film de vampire The Addiction), son fascinant Go Go Tales a été tardivement distribué en France en 2012 (soit 5 ans après sa réalisation !) dans une minuscule combinaison de salles, tandis que son opus italien Napoli, Napoli, Napoli et son documentaire Mulberry Street, qu’il a respectivement réalisé en 2009 et 2010, ne sont toujours pas sortis chez nous. Malgré son pitch intriguant, 4:44 Last Day on Earth est à ranger parmi ces films marginaux de l’ombre et ne doit peut-être sa sortie en France que grâce au calendrier Maya, puisqu’il sort à l’occasion de la fin du monde, soit 2 jours avant le 21 décembre. Sans nos amis mayas, il y a fort à parier que ce 4:44 Last Day on Earth (désormais 4h44 Dernier jour sur Terre) serait finalement sorti en DTV tant il est très difficile à vendre, singulier donc peu commercial malgré la présence de Willem Dafoe. Il s’agit même d’un des films les plus « space » du cinéaste, ce qui n’est pas peu dire.

Shanyn Leigh

A New York, un couple d’artistes (Willem Dafoe et Shanyn Leigh) attend la fin du monde prévue pour 4h44. Le film n’ayant pas le budget d’un Roland Emmerich ni même du magnifique Melancholia de Lars von Trier, nous ne verront pas de visions apocalyptiques autres qu’une New York sommairement recouverte (en surimpression) d’un nuage vert ou qu’un homme sautant de son balcon. Toujours en mode intimiste (qu’il aborde le film de gangsters, le film de serial-killer, le rape & revenge, le cyber-polar, le film de vampires ou le film d’invasion extraterrestre), le Ferrara s’attarde plutôt sur les dernières étreintes (plusieurs scènes de sexe), les méditations, les réflexions à voix haute et les adieux aux proches, tout en posant des questions morales intéressantes typiques de son cinéma : peut-on se permettre de transgresser nos propres valeurs et nos promesses si le monde disparait dans quelques heures ? que reste-t-il dans une telle situation, quand plus rien ne vaut la peine d'être accompli ? quelle valeur a l'argent ou l'art à l'approche de la fin du monde ? A quoi sert la foi ou la culture dans de telles circonstances ?

Shanyn et Willem

Hormis lorsqu’il envoie Willem Dafoe faire un tour dans les rues de New York (l’occasion de croiser Paz de la Huerta), Abel Ferrara ne sort quasi pas de l’appartement et, comme dans certains de ses précédents films, exprime sa vision du monde à travers un microcosme, à travers une communauté (Ferrara lui-même vit en communauté), et à travers son habituel alter-égo Willem Dafoe, cette fois dans le rôle d’un étrange bouddhiste contestataire désespéré qui peste contre les entreprises néfastes à l’écosystème et contre la tragique régularité avec laquelle l’homme, motivé par l'argent, détruit son monde, alors que ce même personnage passe son temps devant son Mac. Cette coproduction franco-américano-suisse est d’ailleurs probablement financée par Apple tant les iMac, iPhone et Skype occupent l’intégralité de l’écran. Voir autant le logo de la pomme ou un jeune vietnamien embrasser un iMac qui lui a permit de dire adieu à ses parents, c’est pour le moins ironique dans un film au propos anticapitaliste. Mais dans cette situation de fin du monde, Skype est devenu, plus que jamais, le principal outil de communication entre les êtres (ce n'est peut-être pas un hasard si la femme s'appelle Skye) et le film se fixe souvent sur des fenêtres de dialogues ou de webcams, ce qui est plutôt pertinent. De la même manière, Abel Ferrara laisse sa caméra devant des écrans de télévision, puisque dans un tel contexte c’est à travers la télévision que l’on voit le monde et c'est d'ailleurs souvent elle qui "parle". La terrasse a exactement la même fonction que Skype ou que la télévision, puisqu’elle permet au personnage de communiquer avec le reste du monde (c’est d’ailleurs là qu’il s’exprime le plus, alors qu’il ne dit quasiment rien lorsqu’il est avec ses proches), de le contempler une dernière fois (c’est l’adieu à New York, et de la part de Ferrara c’est assez touchant). 4h44 Dernier jour sur Terre est un huit-clos aux multiples fenêtres ouvertes sur le reste du monde.

4h44

Nos personnages principaux, prototype du couple d’artistes new-yorkais bobo (les mêmes que Ferrara aurait pu faire trucider il y a 30 ans dans un de ses films), n‘accomplissent absolument rien d’extraordinaire. Ils dansent, discutent, baisent, méditent, peignent, s’ennuient, errent sans but, s’engueulent, règlent les vieux conflits (cf. Willem Dafoe avec son ex femme), vont voir les amis, ont des conversations virtuelles, etc. Ils n’organisent pas une gigantesque party et ne construisent pas de bunker : ils font simplement leurs adieux à leurs proches et à eux-mêmes. Mais chacun des films d'Abel Ferrara est centré sur une obsession, une dépendance ; il s'agit ici pour les personnages de se raccrocher à la vie (les proches, la communication, l'amour, le sexe, l'esprit) et d'abandonner les addictions néfastes (la drogue, l'argent). Le cinéaste cramé y exprime sa lutte contre ses vieux démons, ici la drogue, qu'il refuse (pour une fois), lui préférant le sexe (on le comprend). « C’est un cliché ? lance Ferrara. Pas moins que celui de montrer des gens qui n’ont qu’une dernière fiesta en tête le dernier soir. Il faut admettre qu’un peu de beauté nous ferait du bien ». Propos étonnant venant d’un réalisateur autrefois si subversif, nihiliste et provocateur, mais l’explication est là : compagne et nouvelle muse d’Abel Ferrara, l'actrice Shanyn Leigh a converti le cinéaste au bouddhisme, ce qui lui a permit de décrocher de la drogue et de l’alcool. 4h44 Dernier jour sur Terre est le résultat de cet enseignement, la réponse à cette thérapie et aux bienfaits de cette discipline et philosophie. Il prône ainsi des valeurs positives (amour, compassion, entraide, réconciliation…), ce qu’on n’a pas l’habitude de voir dans les films plus vieux d’Abel Ferrara, Go Go Tales étant cependant bien plus léger. Le cinéaste reste très attaché à la foi, qui se manifeste ici sous une forme différente. Ferrara clôture toutes ces thématiques dans un beau final abstrait et spirituel (un montage très fin années 60/début 70, on pense au Zabriskie Point d'Antonioni, sans la beauté plastique) qui ne risque pas de faire changer d'avis les détracteurs du réalisateur.

4h44 Willem Dafoe et Shanyn Leigh

Le cinéaste new-yorkais s’attarde tout au long du récit sur Shanyn Leigh en train de peindre une toile contemporaine qui sera paradoxalement et inéluctablement détruite quelques heures après. La création/destruction est un des thèmes phares dans l’œuvre crépusculaire d’Abel Ferrara, de son artiste psychopathe détruisant ses toiles dans Driller Killer au night-club menacé de fermeture dans Go Go Tales. C’est pourquoi il est si attaché aux récits d’autodestruction. L’Homme détruit ce qu'il crée (et ce qu’il est), et c’est d’ailleurs ce qui mène ici à la fin du monde, provoquée par la dégradation de la couche d’ozone, évidemment la conséquence définitive de la pollution. Le message écolo n’est pas très fin mais particulièrement adapté à la vision de Ferrara sur la déchéance du monde. Précision évocatrice quant à l’esprit de cette vision, Abel Ferrara cite à la fois Joseph Campbell (auquel on pense en effet, même lorsque Willem Dafoe finit par jeter les notes qu’il récitait en voix off tel le capitaine Willard dans le film de Francis Ford Coppola) et Al Gore (« Al Gore avait raison », c’est dit texto dans le film), qu’il remercie d’ailleurs tous les deux dans le générique de fin. Pour l’anecdote, le producteur a eu l'idée de 4h44 Dernier jour sur Terre après avoir vu Une Vérité qui Dérange (le documentaire d'Al Gore), idée qu’il a ensuite soumise à Ferrara, qui confie : « En tant que film ce n’était pas génial, mais il décrivait un tel scénario catastrophe pour l’humanité qu’on s’est mis à y réfléchir ».

Willem in the street

Entre minimalisme, divagations new age, contemplation artistique (cf. la peinture de la femme) et délires mystiques teintés de bouddhisme (l'occasion pour Ferrara de retomber dans ses tics arty), dans un rythme lent soutenu par une bande-son sortie de Woodstock, cet envoutant 4h44 Dernier jour sur Terre confirme qu'Abel Ferrara est complètement perché, marginal et à part, et qu’il n’en a rien à foutre de ce qu’on peut penser de son film qui n’est pas fait pour plaire et qui, de toute façon, ne dure que 80 minutes (il n'en fallait pas plus). Toujours un peu à l’arrache, au fil de cadrages hésitants, le style de Ferrara mélange surimpressions, mouvements et statisme, avec la collaboration de son fidèle chef opérateur Ken Kelsch. Enfant du porno des années 70, Abel Ferrara filme au plus près ses scènes de sexe, en gros plans ou longue focale, mais sans vulgarité (ce qui est assez étonnant de sa part), magnifiant au contraire les corps en ébullition et le désir qui persiste à l’approche de la fin du monde, comme si c’était (et ça l’est) la dernière fois qu’ils font l’amour. C’est justement dans l’extase (« Nous sommes déjà des anges ») et l’exaltation romantique que les deux personnages quitteront ce monde, comme dans Melancholia (en tout de même moins puissant), Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare (la jolie comédie amère de Lorene Scafaria, sortie cette même année) ou Perfect Sense (bien qu'il ne s'agisse pas vraiment de fin du monde, l'idée est semblable), puisque l’amour est alors tout ce qu’il reste d’important. C’est au final un film étonnement tendre, émouvant et charnel, plutôt positif pour du Abel Ferrara malgré l’habituel fatalisme qui s’en dégage (les personnages sont impuissants et doivent accepter leur destin).

Shanyn Leigh

Le couple est criant de vérité, grâce à deux acteurs très impliqués malgré le contexte limité mais finalement très théâtral (le film pourrait être adapté en pièce de théâtre). Willem Dafoe, de nouveau dirigé par le cinéaste après New Rose Hotel et Go Go Tales, est une nouvelle fois fabuleux, dans un rôle pas éloigné de celui qu'il tenait dans Antichrist de Lars von Trier. Shanyn Leigh (vue dans Public Enemies, Mary, Napoli, Napoli, Napoli et Go Go Tales) n'est pas pudique (et c’est tant mieux, d’ailleurs Willem en profite bien), son mec lui offrant son premier grand rôle et la filmant sous toutes les coutures en train de se faire tripoter par Willem (Abel ne doit pas être jaloux). Paz de la Huerta (remarquée dans le Enter the Void de Gaspar Noé et dans Boardwalk Empire) vient faire un caméo, la culte Anita Pallenberg (connue pour Performance de Nicolas Roeg, Barbarella de Roger Vadim, Le Berceau de cristal de Philippe Garrel ou Dillinger est mort de Marco Ferreri) joue la mère de Shanyn Leigh le temps d'une scène touchante et Natasha Lyonne (American Pie, Blade : Trinity, Scary Movie 2) traine aussi par-là.

Willem Dafoe médite

Shanyn Leigh médite

La conclusion de

Les détracteurs d’Abel Ferrara depuis The Blackout ne risquent pas de changer d’avis avec cet étrange et arty 4h44 Dernier jour sur Terre, l’un des films les plus perchés du cinéaste, qui y livre sa vision de la fin du monde en adoptant le point de vue d’un couple d’artistes bobos cloitrés dans leur appartement à New York. Dans cette chronique anti-spectaculaire, microcosme intimiste, sulfureux et orageux ou les personnages se demandent bien quoi foutre (la réponse la plus courante sera : baiser) et remettent en cause la valeur de toutes choses (l’argent, l’art, la foi, les proches…), Ferrara convoque les fantômes du new age, du mouvement hippie et du bouddhisme, auquel il s’est converti sur les conseils de sa compagne et muse Shanyn Leigh. Mais au final, c’est le désir qui prime. Bien que fataliste comme l’est chaque film du cinéaste, 4h44 est cependant bien plus positif et épanoui, de par cette spiritualité bouddhiste qui a d’ailleurs sorti Ferrara de ses dépendances. 4h44 Dernier jour sur Terre intéressera ainsi surtout les inconditionnels du réalisateur new-yorkais (j'en suis). Les autres, passez votre chemin…

Que faut-il en retenir ?

  • Un point de vue intimiste original
  • Sincère et positif
  • Méditatif, envoutant et sensuel
  • Deux acteurs habités
  • De beaux moments d'adieux

Que faut-il oublier ?

  • Un propos très naïf
  • Trop d'Apple
  • Une esthétique peu ambitieuse

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