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Critique du Film : Time Out
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Critique du Film : Time Out

Avis critique rédigé par Jonathan C. le vendredi 11 novembre 2011 à 0240

Time Bandits

Time Out affiche U.S.

5 ans après son pamphlet cynique Lord of War, le rare mais précieux Andrew Niccol revient à la fable d’anticipation et, tout le monde l’aura constaté, adapte littéralement les expressions  « Courir après le temps » et « Le temps, c’est de l’argent » (« Sur les tempes », ajoute l’écrivain-poète Robert Sabatier). Dans ce futur indéterminé, et pour une raison inconnue (on en déduit que c’est pour éviter la surpopulation), le temps est en effet devenu l’unique monnaie courante de l’Homme, dont la vie s’arrête à 25 ans (grâce, comme dans Bienvenue à Gattaca, à la génétique). Passé cet heureux anniversaire, son temps devient de l’argent et il devra travailler pour en gagner s’il veut vivre plus longtemps, pourquoi pas éternellement. Mais le temps se dépense également comme de l’argent. Passer un coup de téléphone d’une cabine coute une minute de votre bourse temporelle, qui s’affiche sur votre avant-bras à la place d’une montre. Il faut donner 4 minutes pour acheter un café. Prendre le bus, c’est deux heures. Acheter une voiture de luxe vous coutera 60 ans. Revendre des bijoux chez un prêteur sur gages vous rapportera deux jours de vie. Mieux vaut éviter que le compteur sur le bras n’arrive à zéro, sinon c’est la mort instantanée, sur place ; c'est perdre la vie ET la bourse (puisque la bourse est devenue la vie). Les quartiers pauvres (ou classes moyennes), des arrondissements appelés les Zone Temps, sont ainsi jonchés de cadavres, des humains qui n’ont pas pu récupérer du temps et sont donc morts pour en avoir manqué. En revanche, les quartiers riches, dans le New Greenwich, n’ont aucun souci et les habitants, pour certains devenus quasi-immortels, ont suffisamment de temps pour vivre dans le confort et la sécurité. Ils ne sont pas harcelés par les Minute Men, un gang de voleurs de temps qui sévit dans la Zone Temps et mené par Alex Pettyfer.

Time is money, you earn it you spend it

Mais, dans les Zone Temps, les prix augmentent très rapidement et l’espérance de vie diminue. « Pour quelques immortels, beaucoup doivent mourir », lance un riche désabusé à Will Salas (Justin Timberlake), ouvrier fauché qui vit au jour le jour comme tous les autres habitants du ghetto de Dayton (dans l’Ohio), n’espérant que de se réveiller chaque matin avec plus d’un jour à vivre. L’homme riche de temps, plus de 100 ans au compteur, n’a plus envie de vivre et offre ses 100 ans à Will Salas (qui vient de lui sauver, justement, la vie), avant d’attendre que ses quelques secondes restantes le mènent à la mort (jolie scène). Avec du temps plein les poches, Will Salas compte bien fuir la Zone, dans laquelle les riches ne passent pas inaperçus et sont rapidement dépouillés (de leur temps et donc de leur vie), et amener sa mère (Olivia Wilde !) loin d’ici. Lorsque cette dernière meurt devant son fils parce qu'elle n’a pas eu assez de temps pour payer un simple bus, Will décide, la rage au ventre, d’aller faire un tour dans les quartiers de New Greenwich afin de « tout leur prendre ». Il fait la rencontre d’un homme très riche (Vincent Kartheiser) dont il séduit la fille Sylvia (Amanda Seyfried), petite bourgeoise à l’abri du besoin et qui ne connait rien à la vie, la vraie. Traqué par le Garde-Temps Raymond Leon (Cillian Murphy), l’équivalent d’un flic, qui l’accuse d’avoir volé et tué l’homme riche qui lui a donné ses 100 ans, Will Salas/Justin Timberlake est forcé de prendre Sylvia/Amanda Seyfried en otage et de fuir.

Justin Timberlake

Encore une fois, Andrew Niccol imagine un pitch en or (bien que le cinéaste fut accusé de plagiat par Harlan Ellison pour sa nouvelle Repent Harlequin publiée en 1965) et en élabore toute une infrastructure, ou quand une bonne idée, forte et toute simple (le temps c’est de l’argent), amène un univers riche mais sans prise de tête. Cet univers, très conceptuel et efficacement exposé (tout est très clair au bout de 10 minutes), ne manque pas d’humour dans sa description ; ici, tout le monde est jeune et beau (comme dans Bienvenue à Gattaca), puisque personne n’a plus de 25 ans, du moins pas physiquement. Certains ont 60 ans mais ont gardé leur apparence de 25 ans. (ils diront alors « J'ai 25 ans depuis 60 ans » et non « J'ai 85 ans »). Voir Justin Timberlake appeler Olivia Wilde « maman » (alors qu’elle pourrait aussi bien être sa girlfriend et que l’actrice est bien plus jeune que lui) et lui souhaiter ses 50 ans a quelque chose de comique, et en même temps de sordide. Cette ambigüité quasi-freudienne (mère/amante), Niccol l’exploite justement par l’étrange ressemblance entre Olivia Wilde et Amanda Seyfried (d’autant plus que la seconde remplace la première dans le cœur du héros, Seyfried n’apparait qu’après la disparition de Wilde) et par l’effet de répétition qui en découle (cf. lorsque Justin Timberlake court vers Olivia Wilde au début puis vers Amanda Seyfried vers la fin pour leur sauver la vie). Le réalisateur néo-zélandais s’amuse réellement avec le temps et rend son film ludique, c’est d’ailleurs le plus ludique de sa carrière. L’univers décrit ici est hors du temps, décalé et anachronique, sorte d’époque alternative mélangeant plusieurs époques antérieures, en témoigne les modèles anciens des voitures qui défilent ici, toutes issues des années 60 ou 70 : une Dodge Challengers, une Cadillac Seville, une Jaguar Roadster, une Lincoln Town Car, etc. Hormis le concept, sobrement représenté par les minuteries sur les bras telles des montres (les personnages parlent d'ailleurs bel et bien de montres), par des appareils de paiement ou par les portails qui séparent les Zones, il n’y a pas grand-chose de matériellement futuriste dans cet univers dépouillé et minimaliste, loin d’une illustration cyberpunck. Niccol situe toujours ses intrigues dans un futur très proche (à l’exception de Lord of War, qui se déroule dans notre présent), mais Time Out semble baigner dans les années 70 et 80, d’où le coté pop qui imprègne l’ambiance. La technologie (y compris internet) y est d’ailleurs peu présente, comme si elle n’existait pas encore (on a ici des cabines téléphoniques à la place des portables). Le cinéaste montre aussi, non sans ironie, que dans son monde le temps se joue aussi au poker ou au bras de fer (ou les enjeux deviennent vitaux comme dans une partie de roulette russe ; perdre, c’est mourir), et que le temps se marchande comme l’humain.

Justin et Amanda en fuite

Les histoires d’Andrew Niccol (y compris celles qu'il a écrites pour d'autres, The Truman Show et Le Terminal) mettent en scène des marchands de vie, des marchands de morts, ou la marchandise elle-même ; la vie se monnaye, l’humain est une marchandise (le Nicolas Cage de Lord of War l’a bien compris), et les personnages (Ethan Hawke dans Bienvenue à Gattaca, l’actrice numérique de S1m0ne, Jim Carrey dans The Truman Show, et même Tom Hanks dans Le Terminal) tentent de s’extraire d’un système qui les déshumanise, que ce soit la génétique, la télévision, le numérique, Hollywood, un terminal d’aéroport ou le temps. Bref, à chacun sa prison et à chacun sa façon de s’en évader, la plupart, impuissants, finissant par se cogner dans les frontières matérielles de leur monde (cf. Jim Carrey qui arrive au bout de sa « boite géante » à la fin de The Truman Show). Dans Time Out (titre français plutôt bien vu qui remplace le In Time original, à noter que le film devait d’abord s’intituler Now puis I'm.mortal), c’est le temps qui les empêche d’en sortir et de fuir hors des barrières. Seul Nicolas Cage dans Lord of War n’aura aucune envie de s’extraire de sa prison (le trafic d’armes), ni aucune envie de s’humaniser. Chez Andrew Niccol, les hommes sont génétiquement modifiés (cf. Bienvenue à Gattaca et Time Out) ou numériquement créés (cf. S1m0ne), manipulés tels des cobayes (cf. The Truman Show, S1m0ne ou Bienvenue à Gattaca), commercialisés (comme le pauvre Truman Burbank), leur identité se perd dans la masse (cf. Le Terminal et Bienvenue à Gattaca) et la technologie (science, médias, effets spéciaux…) est une machine de déshumanisation sociale, ce que montraient déjà le Thx 1138 de George Lucas et ses nombreux simulacres, dont le The Island de Michael Bay ; le temps inscrit sur l’avant-bras dans Time Out (l’effet visuel est fort joli, rappelant, et ce n’est sûrement pas un hasard, la minuterie d’une bombe) est d’ailleurs semblable à des codes barre. S’il ne fait pas dans le cyberpunck, Andrew Niccol pourrait tout aussi bien, surtout thématiquement, adapter une nouvelle de Philip K. Dick. Time Out est une sorte de vigilante social doublé d’une parabole sur la révolution, car son héros exerce une vengeance justicière contre un système (celui qui a tué sa mère) et s’engage dans la lutte des classes, s’érigeant en figure marxiste ou orwellienne. Will Salas devient une figure révolutionnaire dont les actes tendent à renverser le système et à créer ainsi le désordre, le chaos (si les pauvres ne sont plus pauvres, ils ne meurent plus et le système est déséquilibré). Dans l’ensemble Time Out reste politiquement très correct (la lutte contre les inégalités et le capitalisme) et assez manichéen (les vilains capitalistes d’un coté, les gentils prolos de l’autre), mais ce que fait Niccol de son sujet (et de son concept) est plutôt intéressant et très pertinent.

Time is money

Mais dans Bienvenue à Gattaca comme dans Time Out (c’est moins gênant dans le plus enlevé S1m0ne), le style chic et glacée de Niccol entre en contradiction avec ces quêtes de la vie et avec cette prise de conscience de la valeur humaine (et était pour le coup parfaitement adapté au féroce Lord of War), là ou un Peter Weir (The Truman Show) ou un Steven Spielberg (Le Terminal), par leur mise en scène moins artificielle, moins froide et moins clinquante, rendaient ses histoires humanistes plus émouvantes qu’elles ne le sont filmées par lui-même. L’esthétique de Niccol, quasi-médicale (et donc parfaitement adaptée au sujet) dans un film comme Bienvenue à Gattaca, tient de l’épure et de l’aseptisation, comme savonnée et passée à la Javel, ce pourquoi la mise en scène de son univers est trop propre, trop lumineuse, presque trop clean (comme le milieu pauvre dans Time Out) pour ce qu’il raconte. Tout est bien assorti, le ménage semble y avoir été fait (d’ailleurs c’est plutôt vide de vies). Il manque la saleté, la crasse, la sueur, la puanteur, bref ce qui fait l’humain et qu’on trouvait justement chez Philip K. Dick (aussi bien dans les livres que dans leurs adaptations au cinéma). Dans les films de Niccol, les personnages (beaux et élégants même lorsqu’ils sont pourris à l’intérieur) se débattent d’un carcan esthétique lisse et clinique qui, contrairement à eux (qui gagnent en humanité), n’évolue pas. L’imagerie à la Niccol empêche les personnages de gagner en humanité malgré leurs efforts, ils manquent ici d’un certain naturel et semblent prendre constamment la pose, comme au ralenti, comme hors de la réalité. Quoiqu'ils fassent, les personnages restent toujours classes et clean (c'est ce qui permet à Amanda Seyfried de pouvoir taper un sprint avec des talons), il n'y a pas un grain de poussière qui vient se poser sur eux. En contrepartie, Andrew Niccol construit des plans très esthétiques (mais pas tape-à-l’œil) dans une mise en scène intense racée, posée voire même un peu rigide, mais en tout cas complètement classieuse, raffinée et harmonique, même dans les quelques éclats d’action. C'est comme si ses acteurs (Timberlake, Seyfried, Pettyfer…seul Cillian Murphy, paradoxalement dans le rôle d’un gentil méchant, apporte une nuance autant physique que morale), pop, beaux, sophistiqués, glamours et très proprets (et habillés par la costumière fétiche de Johnny Depp), avaient une influence sur l’esthétique. Le style Niccol n’en reste pas moins efficace, dénué d’effets démonstratifs ou d’effets clipesques, même s'il s'égare parfois (le plan travelling en contre-plongée et au ralenti sur deux jeunes pauvres pendant la poursuite semble tout droit sorti d’un Michael Bay). Time Out est clairement beau et (trop) agréable à regarder (et à écouter, car musique certes discrète de Craig Armstrong aux sonorités trip-hop), grâce notamment à la photo superbement contrastée (feutrée coté riche, plus diffuse coté pauvres) du grand Roger Deakins, un des meilleurs chefs opérateurs de ces dernières années (9 citations aux Oscars et à son actif les films des frères Coen, Les Evadés, Kundun, Hurricane Carter, Le Village, Jarhead, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, The Reader, Les Noces rebelles, Wall-E, Dragons et le prochain James Bond) qui passe ici pour la première fois de sa carrière au numérique et qui concocte des images éthérées d’une délicieuse douceur, se rapprochant pas mal de celles d'un Southland Tales. Le cinéma d'Andrew Niccol est toujours de très bon goût, et on aimerait parfois qu’il le soit moins…

Amanda et Justin

A partir de cette idée de temps en guise d’argent, le réalisateur aborde le clivage social et la lutte des classes de façon schématique mais pertinente au sein de son récit d’anticipation, malgré l’usage de clichés dans l’illustration de ce fossé prolos VS aristos. Les gens qui manquent de temps courent toujours, ceux qui en ont beaucoup peuvent se permettre de marcher sereinement (littéralement : ils prennent leur temps). Cette différence est évidemment très marquée dans Time Out, qui oppose deux milieux (le riche et le pauvre), deux rythmes de vie, deux sociétés totalement étrangères l’une pour l’autre, différence qui se traduit également visuellement et géographiquement (il faut beaucoup de temps pour se rendre dans le New Greenwich), avec un vrai souci d’authenticité : les scènes dans le manoir du millionnaire sont ainsi filmées dans deux des propriétés les plus fortunées de Beverly Hills (et donc des Etats-Unis), tandis que les scènes du quartier pauvre, le Ghetto de Dayton, sont tournées dans la banlieue de Los Angeles, à Skid Row et Boyle Heights. Dans Time Out, si un riche (donc quelqu’un qui a beaucoup de temps pour/sur lui) pénètre dans une Zone Temps et se ballade au milieu des pauvres, il se remarquera très vite (il va marcher tranquillement, il aura l’air serein) et se fera tuer ou voler son temps (ce qui est plus ou moins la même chose). A l’inverse, si un pauvre qui vient d’acquérir d’un coup une grosse somme de temps se rend dans le New Greenwich, il sera complètement décalé, comme c’est le cas de Justin Timberlake lorsqu’il débarque dans le quartier riche (« Vous faites tout trop vite », lui dit-on). Un pauvre qui gagnera trop de temps d’un coup risque de perdre les pédales (cf. l’ami de Will Salas), tandis qu’un riche planque dans son coffre fort un million d’années (une immense fortune condensée dans un tout petit appareil). Andrew Niccol se place bien entendu du coté des prolos et décrit une ville ouvrière sidérurgique anachronique toute droit sortie des années 20 (une nouvelle référence au marxisme). Chez ceux des petites classes, le rythme de vie est intense, le stress permanent, d’autant plus que les prix augmentent ; une épée de Damoclès quotidiennement au dessus de leur tête, les gens doivent donc passer tout leur temps à gagner du temps (et comme le disait l’académicien Paul Morand : « Que de temps perdu à gagner du temps ! »). Chaque minute compte et l’écart de temps qui sépare la vie de la mort est parfois très serré.  « Comment faites-vous pour survivre ? », demande la petite bourgeoise Amanda Seyfried au prolo Justin Timberlake, qui lui répond avec sarcasme « On ne fait pas de grasse matinée ». Cette contrainte de temps, qui instaure un quotidien angoissant, est constamment surlignée dans des répliques misérabilistes qui sonnent « cool » et résument efficacement la situation (« Je veux juste me réveiller avec encore un jour à vivre », « J’aimerais bien avoir au moins une fois plus de 24 heures sur le bras », etc.). Chacun doit donc penser à gagner son temps pour rester en vie ; c’est une société poussant à l’individualisme, au point que les cadavres dans les rues laissent les gens indifférents, ces derniers étant trop pressés et occupés afin de trouver du temps (on peut penser au scandale récent en Chine de la vidéo du bébé écrasé par un camion devant des passants indifférents). Ce n’est pas un hasard s’il n’y a aucun téléphone portable ni aucun ordinateur dans ce futur (ce qui renforce d’autant plus l’isolement des pauvres), puisqu’il n’y a plus de communication, aussi bien coté pauvre que coté riche.

Time is money, replenish or die

Puisque Time Out se prête idéalement aux citations, autant en sortir quelques unes des plus adaptées, histoire de se la jouer cultivé. Rastignac disait donc : « La vie humaine se compose de deux parties : on tue le temps, le temps vous tue » ; dans Time Out, la première partie est réservée aux plus riches, et la seconde laissée aux pauvres. C’est la survie du plus fort, et surtout du plus riche, de ceux qui font fructifier le temps. Dans Time Out, « Time is power », comme l’argent autrefois. Le personnage de Timberlake va cependant tenter de s’extirper de ce « darwinisme capitaliste » (dixit le personnage du millionnaire) et se muer en véritable Robin des Bois du futur (Justin est Robin, Amanda est Marianne, Alex Pettyfer est le shérif de Nottingham, Vincent Kartheiser est le Prince Jean, Johnny Galecki est Petit Jean, etc.), volant aux riches pour redistribuer aux pauvres. Will/Timberlake et Sylvia/Seydried finiront même en Bonnie & Clyde, braquant les banques en guise de protestation et afin que les pauvres puissent profiter de la vie. Time Out fonctionne en grande partie sur son allégorie, à la fois simple et poétique, du temps en guise d’argent, à tel point que le film pourrait être l’adaptation de plusieurs adages (cf. début de cette critique) et qu’il illustre plusieurs maximes sur l’argent en y remplaçant l’argent par le temps (par exemple « Le temps ne fait pas le bonheur »). Cette métaphore permet ainsi à Andrew Niccol d’aborder aussi bien l’humain que le sens des valeurs (en termes de morale et en termes de richesse).

Justin Timberlake

Comme dans ses autres histoires, Andrew Niccol questionne ainsi la valeur de la vie. « Nul ne devrait être immortel, même au prix d’une seule vie », répond le héros à « Pour quelques immortels, beaucoup doivent mourir ». La vie a moins de valeur et de sens quand elle est infinie, ou du moins plus longue que la normale. L'immortalité est contre-nature et annihile la valeur de la vie ; « [i]On ne devrait pas être éternels[/i] », lance Sylvia. A quoi bon vivre 150 ans dans une société comme celle décrite dans le film ; dans Time Out, être immortel se révèle être un poids plus qu’un avantage (cf. le personnage d’Henry Hamilton, le riche qui se suicide), là ou ceux qui n’ont pas le temps ne peuvent que vivre à fond leur vie. « Qui a le temps et attend le temps perds son temps », disait l’historien et antiquaire William Camden, qui pourrait tout aussi bien parler des riches de Time Out. C'est ainsi que Sylvia s'éclatera évidemment bien plus chez les pauvres avec peu de temps au compteur que dans toute sa vie chez son papa plein de temps. Le film met en évidence des évidences (appuyées parfois dans des dialogues un peu trop écris et solennels pour sonner juste), mais d’une façon dramatique et sensible ; pour par exemple souligner que le temps sépare les êtres, il y a la magnifique et tragique scène de la mort de la mère. « Par le temps toutes choses viennent en évidence », disait justement ce bon vieux Rabelais, car « le temps est père  de la vérité. », citation qui peut s’appliquer à la prise de conscience des personnages dans Time Out. A travers son idée motrice, Andrew Niccol fustige les industries et les tendances sociales qui tentent de ralentir la vieillesse par tous les moyens (pharmaceutiques, psychologiques…) ; en supprimant le gène responsable du vieillissement, le film imagine le paroxysme de cette lutte obsessionnelle et malsaine contre un processus pourtant des plus naturels mais aussi contre la surpopulation (limiter les naissances, provoquer les décès), et Niccol développe de nouveau une société formatée par des hommes qui ont joué à Dieu (par exemple en manipulant la génétique, sans oublier le Seigneur de Guerre Nicolas Cage dans Lord of War ou les Créateurs déifiés Ed Harris et Al Pacino respectivement dans The Truman Show et S1m0ne).

Justin Timberlake et Amanda Seyfried

Avec ses films, Andrew Niccol créé des atmosphères lumineuses dans des cadres noirs. Que ce soit dans la fable d’anticipation, la comédie SF ou le pamphlet cynique, Niccol fait à chaque fois un film noir (toujours un personnage de flic/détective, parfois une femme fatale…), exception faite du Terminal. Des films noirs, mais lumineux. Le cinéaste adopte toujours la structure du thriller (mensonges, manipulations, stratégie…) et du film de traque (y compris dans le final du Terminal), avec les scènes d’action et de tension qui vont avec : course-poursuite à pieds ou en voitures (avec cascades), face-à-face tendus, prise d’otage, course contre la montre (les héros n’ont parfois plus que quelques secondes pour trouver du temps quelque part, le final au milieu de nulle part est à ce titre particulièrement tendu)... Chez Niccol, comme chez Spielberg d’ailleurs (lui aussi captivé par la quête identitaire), les héros sont continuellement poursuivis, ils fuient, se déplacent et courent constamment après avoir trop longtemps fait du sur-place (l’action devient une sorte de libération pour eux), ce qui donne un rythme haletant à ses récits malgré l’esthétique contemplative et policée. Doté d’un budget de 40 millions de dollars, Time Out est le film le plus cher pour Justin Timberlake (mais pas pour Andrew Niccol, dont le Lord of War avait couté 50 millions et n’en avait d’ailleurs même pas rapporté la moitié en recettes mondiales) mais c’est assez peu à Hollywood de nos jours, surtout pour un film de science-fiction. Faut dire que Time Out ne fait pas dans la surenchère ; même les quelques scènes d’action restent sobres et brèves.

Justin Timberlake et Amanda Seyfried

Malgré la tristesse qui se dégage de cette vision du futur et la mélancolie latente qui imprègne une partie du récit, Time Out est beaucoup plus positif et léger que les précédents films du cinéaste, y compris S1m0ne (qui dévoilait une noirceur inattendue), car cette fois SPOILER les personnages parviennent à fuir, à briser les barrières (physiques et sociales) et à bouleverser (même modestement) la société dans laquelle ils étaient enfermés (comme l’avaient fait Bonnie Parker et Clyde Barrow), même si Niccol dit clairement que rien ne changera sur le long terme. FIN SPOILER Multipliant les idées à la fois toutes simples (et évidentes) et géniales autour de son concept, Time Out dresse des constats plus qu’il ne pose des questions (un peu comme le Nicolas Cage de Lord of War, avec moins de cynisme), il préfère la citation à la réflexion, avec ce que ça implique de moralisme. Moins cérébral (malgré son introduction plutôt prétentieuse) qu’un Bienvenue à Gattaca ou qu’un S1m0ne, beaucoup plus sage également qu’un Lord of War ou même qu’un S1m0ne malgré son aspect satirique un brin désuet et simplet, ça n’en reste pas moins un brillant divertissement qui ne ressemble à rien d’autre et qui intègre à son propos (qui n’a rien de très subversif, c’est même assez enfantin voire adolescent) de l'humour, de la romance (les scènes sur la plage et dans la limousine font très romanesques, presque lyriques) et du suspense (la séquence de bras de fer est particulièrement serrée, comme celle avec le prêteur sur gages ou la partie de poker suicidaire), ainsi que des personnages poseurs et très iconographiques (surtout Timberlake, Seyfried et Murphy) dont chaque action est effectuée avec une classe jubilatoire (SPOILER cf. quand Justin Timberlake abat les Minute Men en plein bras de fer FIN SPOILER) et renforce cette étrange et flottante impression d’être en plein rêve, en plein fantasme, ou dans une bulle alcoolisée, là encore comme dans l'onirique Southland Tales de Richard Kelly. Pourtant, et ce malgré ses ruptures de ton et son mélange des genres, Time Out est fluide, homogène et équilibré (bien que divisé en deux parties très distinctes), comme si cette allégorie poétique se racontait en rimes. Andrew Niccol est un cinéaste d’idées, et quoi de mieux que la science-fiction pour les mettre en images et en action. Dans Time Out comme dans ses autres histoires, chaque personnage symbolise une idée et incarne une valeur ou une classe sociale (ce pourquoi la caractérisation des personnages est parfois grossière) ; la rébellion/traque/poursuite/fuite résulte toujours d’une confrontation idéologique, y compris dans un Lord of War (cf. le jeu du chat et de la souris entre Nicolas Cage et Ethan Hawke) pourtant ancré dans le présent et l’actualité. C’est très archétypal et donc très cinématographique.

Amanda Seyfried

Le couple Timberlake-Seyfried, le voyou prolo agité avec l’aristocrate kidnappée qui s’ennuyait (couple fantasmatique par excellence),  est glamour au possible, avec un brin de naïveté, celle typique des épris de liberté. Il renvoie par bien des aspects au couple Ethan Hawke/Uma Thurman de Bienvenue à Gattaca mais n’en possède pas l’alchimie. Le syndrome de Stockholm est par ailleurs très précipité, la fille prise en otage  changeant de bord trop rapidement pour qu’on y croit. Très actif au cinéma cette année (Bad Teacher, Sexe entre amis et Time Out), Justin Timberlake, qui avait déjà joué dans de la science-fiction d’anticipation chic-pop avec le fascinant Southland Tales (qui explorait lui aussi une facette du temps), confirme son talent, sa coolatitude et son charisme tranquille tout-à-fait adapté au septième art. Tenant ici un rôle plus sombre et torturé que ses précédents tout en restant romanesque et très positif, la pop-star devenue acteur prometteur semble vouloir diversifier les genres et les rôles sans trop se prendre au sérieux (cf. son autodérision dans Bad Teacher ou Love Gourou), entre comédie romantique (Sexe entre amis), polar urbain (Edison), fable d’anticipation SF (Southland Tales et Time Out), drame (Alpha Dog, The Open Road, The Social Network), films d’animation (Shrek 3, Yogi l’Ours) ou bizarrerie (le génial Black Snake Moan). A quand un film d’horreur ? Amanda Seyfried, le Chaperon Rouge de Catherine Hardwicke et la fausse moche fantasmatique qui faisait de l’ombre à Megan Fox dans Jennifer's Body, affirme une forte présence (agrémentée ici d’un look fashion/hype) et un physique envoutant et atypique (et avantageux) qui change des standards bimbos et s’adapte parfaitement à la science-fiction, alors que l’actrice est plus habituée aux drames (Nine Lives, Alpha Dog, Dear John, Chloé) et aux sucreries (Lolita malgré moi, Mamma Mia !, Letters to Juliet). Il en va d'ailleurs de même pour Olivia Wilde (Alpha Dog, Cowboys et Envahisseurs, Tron : l'héritage et surtout Dr. House), qui n’a qu’un petit rôle, mais un petit rôle fort, qui aurait cependant tout aussi bien pu être tenu par Amanda Seyfried, les deux actrices étant ici quasiment (et peut-être consciemment de la part du cinéaste) interchangeables. Si Andrew Niccol a opté pour de jeunes stars tendance et bankables, outre le fait que le sujet l’exigeait, c’est peut-être aussi parce qu’il en avait marre de se prendre des fours au box-office (S1m0ne et Lord of War se sont pris de méchants vents malgré Pacino et Cage en tête d’affiche), Time Out étant de loin son film le plus commercial (le casting en atteste).

Il y a donc dans Time Out quatre acteurs issus d’Alpha Dog (qui décrivait aussi un microcosme de jeunes fils à papa se la jouant criminels par pur ennui) : Timberlake, Seyfried, Wilde et Vincent Kartheiser (Pete Campbell dans Mad Men), ici dans le rôle du milliardaire Philippe Weis. Dans son premier rôle de bad guy, ici orienté dandy psychopathe (son gang a un petit air d’Orange Mécanique), Alex Pettyfer trouve le meilleur rôle de sa courte carrière et remonte un peu le niveau de sa piètre filmographie (Alex Rider, Numéro quatre, Sortilège…pas glorieux), Andrew Niccol exploitant le physique anguleux de l’acteur, qui aurait tout aussi bien pu jouer dans un Bienvenue à Gattaca. Comme dans ce dernier, Niccol a opté ici pour des acteurs beaux mais aux visages inhabituels, complexes et intéressants, qu’il s’agisse de ceux d’Olivia Wilde ou d’Amanda Seyfried (qui font très « alien ») ou ceux de Vincent Kartheiser, d’Alex Pettyfer ou de l’excellent Cillian Murphy, ce dernier se révélant particulièrement attachant dans le rôle d’un flic coriace ni bon ni méchant et à qui il manque également du temps (SPOILER inattendue, la scène de sa mort est superbe malgré l'indifférence affichée (mais justifiée : le temps presse) par le couple-vedette FIN SPOILER), en tout cas le personnage le plus intéressant du film car le plus ambigu et mystérieux (il s’assure juste que « la pendule tourne toujours » et que la tradition perdure). Enigmatique comme le rôle court mais mémorable du suicidaire Henry Hamilton, joué par Matt Bomer (Massacre à la tronçonneuse : Au commencement et Flight Plan). A noter le caméo de Rachel Roberts, la S1m0ne (et l’épouse) d’Andrew Niccol.

Cillian Murphy

La conclusion de

Fable d’anticipation, thriller d’action, film noir, peinture sociale, romance, comédie satirique, comédie de moeurs, course contre la montre (c’est le cas de le dire) : Andrew Niccol mélange les genres pour un résultat parfaitement homogène (grâce notamment au style racé mais passe-partout du cinéaste) et inattendu (le récit vire à la relecture SF de Robin des Bois mixé avec Bonnie & Clyde), bien que se reposant grandement sur son allégorie temps/argent, à la fois inventive et évidente, et presque poétique dans sa simplicité et le rythme harmonieux qu’elle instaure au sein des belles images de Niccol et Roger Deakins. Avec style, le cinéaste tire les ficelles des nombreuses et certes flagrantes possibilités offertes par son concept. Tout est un peu trop propre (dans la forme, ce qui fait partie du style clean de Niccol) et trop sage (dans le fond, ce qui est plus inhabituel de la part de ce réalisateur), mais c’est aussi ce qui rend ce divertissement aussi glamour, agréable et intelligent, sans être privé de sa part de spectacle et d’une certaine mélancolie. C’en devient même le film le plus simple et ludique du cinéaste, mais aussi le plus inoffensif et le plus commercial.

Que faut-il en retenir ?

  • Une idée de départ forte
  • Une mise en scène posée et élégante
  • Superbe photo, atmosphère douce
  • Un traitement allégorique simple et poétique

Que faut-il oublier ?

  • Un certain manichéisme, de la naïveté
  • Un style aseptisé qui manque de vie
  • Trop propre et trop sage pour un tel sujet

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