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Critique du Film : Shark 3D
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Critique du Film : Shark 3D

Avis critique rédigé par Jonathan C. le mercredi 28 septembre 2011 à 0028

No sea, no sex and no blood

poster Shark Night

Lui-même remake d’une série B qui exploitait le filon ouvert par Les Dents de la Mer, le Piranha 3D d’Alexandre Aja aura fait des émules et relancé le genre éculé du film de monstre aquatique, des nanars Mega Shark vs. Giant Octopus et Mega Piranha à Piranha 3DD en passant par le Bait de Russell Mulcahy et ce Shark 3D (ou Shark Night), justement vendu à tort sur la même recette que le film d’Aja (le « Sea, sex and blood » devient « Bikini Burger Party »). « A tort » parce que le film de David R. Ellis, pourtant pas le dernier en matière de grosses séries B dégénérées (Destination Finale 2 et Des serpents dans l'avion étaient plutôt fendards, beaucoup plus en tout cas que ses moins enthousiasmants Cellular, Asylum et Destination Finale 4) et encore moins au rayon de l’action (il est aussi connu pour être réalisateur de seconde équipe sur de nombreux films d’action), manque cruellement des ingrédients primaires qui font la recette simpliste mais délicieuse d’un Piranha 3D : du fun, du sexe et du gore. A sa décharge, David R. Ellis voulait intituler son film "Untitled 3D Shark Thriller", parce que (sur le même principe que Des serpents dans l'avion) « le titre dit tout ce que vous devez savoir : il y a des requins, c'est en 3D et c'est un thriller ». Ce qui est vrai, mais c’est peu.

Grand adepte du cynisme méchant, David R. Ellis prend toujours plaisir à concocter des scènes d’exposition affichant des personnages stupides qui ne méritent que de mourir, ce qui rend généralement les mises à mort (que ce soit par la Faucheuse ou par des serpents) encore plus jouissives. Son nouvel argument pour commettre ce massacre est ici des plus schématiques (beaucoup moins original que des serpents dans un avion ou des jeunes traqués par la Mort) : un groupe d’étudiants part en weekend chez les rednecks de la Louisiane, dans une maison de vacances isolée sur un îlot, au milieu d’un lac salé. Alors qu’ils s’amusent, l’un d’entre eux est sauvagement attaqué par un requin. Piégés, les jeunes se rendent compte que le lac est rempli de requins, ce qui est hautement improbable.

vue spectaculaire sur Sara Paxton

Il faut tout de même attendre une demi-heure pour que le massacre ne commence. Et cette demi-heure est paradoxalement la plus fun du film : les personnages sont clairement définis comme des jeunes américains débiles (c’était aussi la démarche d’Aja sur Piranha 3D) et représentent un beau panel de stéréotypes : le héros effacé qui va s’affirmer dans l’action et conquérir une insaisissable beauté, l’insaisissable beauté en question (une fille mystérieuse et fragile traumatisée par son passé), le bon pote black baraqué (donc cool), le bon pote geek tout maigre (donc lourdingue), le beau gosse poseur (donc très con), la brunette grande gueule (du genre à paniquer), l’inquiétant beau blond du coin (bad guy ou good guy ?), le redneck dégueulasse (donc raciste et pervers), le shérif beauf (donc il écoute du heavy metal), etc. Rien que de la chair à requins, dans un cadre très agréable (surtout en 3D, et c’est d’ailleurs ici bien la seule utilité du procédé) et avec les effets de style d’une esthétique très orientée clip. Le réalisateur en profite même pour caser une course-poursuite de hors-bords complètement gratuite qui permet notamment d’admirer les superbes paysages censés être les bayous de la Louisiane (également traversés en bateau au début du sympathique Frankenfish) alors que c’est tourné juste à coté au Texas, ce qui ne change finalement pas grand-chose. Une première partie pleine de promesses qui ne manque pas d’humour noir (comme dans la description du milieu redneck, cf. la caméra planquée dans les toilettes pour femmes), même si elle révèle la première déception du film : il y a bien des filles sexy (et du lourd : Sara Paxton bien loin de la sirène niaise d’Aquamarine, l’American Idol Katharine McPhee, la latino Alyssa Diaz…), constamment en maillots de bain et dont les fesses inspirent particulièrement la caméra sous l’eau (un peu comme si le requin en profitait lui aussi pour mater un peu), mais pas une once de sexe ni l’ombre d’un mamelon (au mieux des fesses masculines pour les spectatrices) ; on est loin d’un Piranha 3D, qui lui était plus que généreux (jusqu’à la complaisance) dans ce domaine lubrique.

girls of Shark

C’est hélas en passant à l’action que David R. Ellis va perdre ce second degré qui faisait jusqu’ici le charme de son film. Shark 3D se prend dés lors trop au sérieux et le réalisateur va restreindre tout élan de folie ; c’était un peu le même problème dans son Cellular, qui commençait à plein régime pour finir le pneu crevé en cours de route. Seconde déception, certes entraperçue dés la séquence d’introduction (qui ne sert absolument à rien et n'est même pas spectaculaire) : les mises à mort sont extrêmement timides, quand elles ne sont pas carrément hors-champs (la victime emportée sous l’eau, et c’est fini). Hormis un bras arraché, il n’y a quasiment pas de gore ici, au mieux du sang diffusé dans l’eau. Les quelques plans d’insert des requins dévorant leurs proies sont illisibles, et les scènes d’attaque sont finalement toujours les mêmes (ou ont déjà été vue dans d’autres films de requin), en dépit des nombreuses variétés de requins présentes dans le lac (comme c’était le cas des serpents dans l’avion).


Le film est d’ailleurs tout juste interdit aux moins de 12 ans, ce que David R. Ellis justifie ainsi : « Nous voulions faire un film d'horreur et nous en avions les moyens, mais nous n'avions pas besoin de tonnes de sang, de paires de seins ou d'insultes à tout va. Nous voulions faire un film que les plus jeunes puissent également apprécier. Je me souviens avoir vu Les Oiseaux quand j'étais petit : il n'y a pas de sang, pas de seins, mais la peur est là. ». Outre la petite pique adressé à Piranha 3D et le fait qu’il se compare indirectement à Hitchcock, le réalisateur oublie tout de même, dans cette démarche honnête (quoique mercantile : pas de violence pour toucher un plus large public et engranger plus de dollars) mais naïve, qu’il n’y a pas de bons films d’horreur inoffensifs et qu’un film d’horreur n’est, à la base, jamais destiné aux enfants (c’est justement l’interdit qui pousse les enfants à regarder les films d’horreur, et c’est la violence de ces derniers qui les marquent), à quelques exceptions près (Monster House ?). Les Oiseaux, c’était terrifiant et il y avait des plans très violents pour l’époque ; rien de tout ça dans Shark 3D, qui n’est ni drôle ni violent ni effrayant, et peine ainsi à se démarquer de la masse des films du genre. Aucune surprise, si ce n'est la justification des requins dans le lac et le caméo de Ving Rhames jouant le même personnage que dans Piranha 3D et sa suite.


Dans le registre du B monster-movie, le réalisateur, qu’on a connu plus sadique (Destination Finale 2 était une perle à ce niveau-là), s’éclatait avec plus de panache et d’imagination sur ses Serpents dans l'avion. Malgré ses références assumées (des Dents de la Mer à…Shark Attack 3 !), Shark 3D peine à atteindre la générosité, l’inventivité et le fun de bonnes séries B pleines de dérision comme Lake Placid, Frankenfish ou Piranha 3D, pour ne citer que les films récents du genre. Tout ce qui aurait pu être drôle ne l’est pas, par exemple lorsque le black, un bras manquant et l’autre armé d’un harpon, tue à lui-seul un requin (qu’il va même boxer à main nue, comme Angelina Jolie dans le rigolo Tomb Raider 2), ou lorsque l’un des bad guys saute dans son propre piège (après avoir cité ironiquement la célèbre statistique comme quoi il y aurait plus de risque d'être tué en allant se baigner en Floride par une noix de coco qui tombe sur la tête que par un requin). C’est la troisième et pire déception : ce n’est pas fun du tout !

belle vue sous-marine

L’aspect survival, indispensable dans le genre, ne fonctionne pas du tout ici : les personnages stéréotypés sont comme destinés à mourir dans un ordre préétabli ; on devine très tôt quels seront les survivants, puisqu'ils sont désignés d'office. Ca aurait pourtant pu marcher avec un tel casting (des acteurs presque tous inconnus, pas de stars invincibles, de la place pour des surprises et des pronostiques), mais à l’inverse de films comme Peur Bleue (sur lequel avait pourtant travaillé David R. Ellis), Frankenfish, Lake Placid ou Solitaire, Shark 3D ne prend jamais à contrepied les attentes et ne s’amuse pas avec les codes du genre. Le comble, c’est que David R. Ellis revient à une tendance très bête (c’est le cas de le dire) des années 90, celle qui consiste à faire survivre le chien d’une catastrophe et à l’ériger en héros ! C’est dire à quel point cet inoffensif Shark 3D n’est pas la série B féroce et méchante attendue.


Le scénario faiblard dévoile peu à peu les vrais coupables (qu’on avait repéré depuis le début rien qu'avec leurs tronches), des psychopathes fanatiques de requins, et la justification de tous ces prédateurs marins dans le lac est aussi invraisemblable (autant qu’une vieille dame qui élève des crocodiles dans un lac) que bien vue car adaptée à la génération YouTube : SPOILER nos rednecks grandguignolesques exploitent « tout simplement » ces requins pour en tirer des films qui vont faire le buzz : il suffit de placer une caméra sur les requins et de leur donner des humains à manger pour faire un beau spectacle. FIN SPOILER L’idée est bonne (c’était même LA bonne idée du scénario) mais jamais exploitée. Le récit est de toute façon sans cesse parasité par l’incessante bêtise des personnages (et des dialogues qui vont avec), qu’il s’agisse du héros qui plonge dans le lac pour retrouver le bras de son ami, du type qui emmène le blessé en jet-ski tout en sachant qu’il va être traqué par des requins, de l’héroïne qui n’est pas foutue de tirer sur le bad guy quand elle en a l’occasion ou du final avec la cage sous l’eau (l’héroïne ne se rend pas compte qu’elle peut largement passer entre les barreaux). Bref, c’est particulièrement con, mais cette fois pas forcément bon.

Sara Paxton en cage

Un bon technicien comme David R. Ellis assure le minimum syndical : son film est formellement correct, mais on attendait plus de la part du réalisateur de Destination Finale 2 et d’un type qui a réglé les scènes d’action de Matrix Reloaded, Master and Commander, Harry Potter, Waterworld, Danger immédiat, En Pleine tempête, Hors limites ou Négociateur. Passée la première demi-heure, et lorsqu'il s'agit d'action, Ellis n'a plus aucune idée de mise en scène, en panne totale d'inspiration. Même les plans sous l’eau sont aussi rares qu’inoffensifs et pas très esthétiques ; on est loin de ce mélange sous-marin de terreur et de beauté évoqué par les plans en apnée des plus réalistes Bleu d’enfer et The Reef, qui eux exploitaient de vrais requins. Dans Shark 3D, les requins sont évidemment pour la plupart numériques (comme ceux de Peur Bleue, qui ont d’ailleurs mal vieillis), mieux torchés que dans une production The Asylum ou Ciné Excel mais peu crédibles quand ils sautent hors de l’eau pour attraper leur proie en plein vol. Les rares requins en animatronic sont largement plus convaincants (ils se repèrent immédiatement). Le parti-pris des requins en CGI est d’autant plus décevant de la part d’un réalisateur old school habitué aux tournages plein d’animaux (Le Livre de la jungle, L’Incroyable Voyage à San Francisco, Beethoven 2, Palace pour chiens…bon ok, les chiens c’est plus faciles à filmer que des requins, et c'est peut-être d'ailleurs pour ça qu'Ellis filme plus le labrador que les requins dans Shark 3D). C‘est toujours difficile de faire peur avec des bestioles en CGI, encore plus lorsqu’elles sont imparfaites, et Shark 3D ne créer jamais l’effroi ni le stress, ni par ses effets spéciaux ni par sa mise en scène. D’abord parce que les requins ne provoquent que l’indifférence, ensuite parce qu’on se contrefout de ce qui peut arriver aux personnages (peu importe qui meurt et comment, le cynisme du réalisateur les rend tout sauf attachants), et tout simplement parce qu’il n’y a aucun suspense. David R. Ellis avait pourtant su adopter un rythme nerveux et une tension palpable dans ses Destination Finale 2 et Des serpents dans l'avion (et dans le premier tiers de Cellular), mais Shark 3D est mou et ne fait jamais de vagues. Il n’aura même pas le mérite d’être le premier film de requin sorti en 3D au cinéma, puisque le déjà pas brillant (euphémisme !) Les Dents de la mer 3 était déjà passé par là il y a 28 ans, certes dans une technologie différente. La 3D, anecdotique (elle était plus amusante dans Destination Finale 4), en fait tout juste un film de cinéma, alors que Shark 3D a tout d’un (honnête) DTV.

brunette pour requins

La conclusion de

Annoncé comme une version requin de Piranha 3D, Shark 3D n’en a ni la saveur exotique et sexy, ni la générosité sanguinolente et débordante (un Shark 3D à 25 millions de dollars en montre 10 fois moins qu’un Piranha 3D au même budget). Il n’y a rien de « sea, sex and blood » ni de « fun » dans cette série B paresseuse et inoffensive qui, étonnant de la part du bon artisan David R. Ellis, prend tous les codes du genre au premier degré (d’où des personnages incroyablement débiles) sans y apporter quoique ce soit et devient alors aussi prévisible et ennuyeuse que blindée de clichés pas drôles. Le générique de début, fade et banal, annonce d’ailleurs la couleur, pas assez rouge, jusqu'à une fin édulcorée des plus ringardes. Reste la consolation de voir des jolies filles en bikini, mais pour ça autant aller revoir le film d’Alexandre Aja

Que faut-il en retenir ?

  • Des filles sexy en bikini
  • Une exposition fun
  • Des personnages débiles

Que faut-il oublier ?

  • Inoffensif
  • Réalisation peu inspirée
  • Prévisible et éculé
  • Des personnages débiles

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