Mais que ce passe-t-il donc à New-York en cette année 1984 ? Pourquoi donc autant d’agitation ? Et qui sont ses quatre types habillés de manière ridicule avec de vieilles redingotes de mécanos, un pulvérisateur d’insecticide dans le dos et qui se baladent dans un vieux corbillard à la sirène geignante ? Quoi ? Comment dites-vous ? Des Ghostbusters ? Vous voulez rire… des casseurs de fantômes ? Pfff, n’importe quoi !! Oh ! Mais regardez… C’est quoi ce machin tout vert qui fouille dans la poubelle ? Encore un pauvre SDF cul-de-jatte… ahalala, quelle époque vivons-nous, tenez monsieur, voilà un ticket restau…AAAAAAAAAAAHHHHH !!! PAS MA MAIN, NON D’UN CHIEN !
Ghosbuters fut un monumental carton et l’un de mes plus grands moments de cinéphage. A l’époque, j’avais vingt ans (et oui…) et après ce film, durant des semaines, moi, le chevelu fan de métal trash, je n’ai pas arrêté de chanter à tue-tête la chanson funky de
Ray Parker Jr Who Ya Gonna Call ? Ghooooostbuster !!! Car ce film, re-baptisé
SOS Fantômes en français, est un pur moment de magie qui a marqué d’une pierre blanche l’histoire de la comédie américaine.
Ghostbuster commence par la réunion d’une bande de barges, c’est vrai, mais d’une bande de barges surdoués. Réunis sous l’égide du producteur
Ivan Reitman (responsable de mon catastrophique et douloureux priapisme suite à la projection de
Métal Hurlant), ce projet de ouf est le résultat d’un mariage fusionnel entre les cerveaux en ébullition de trois maîtres de la comédie américaine :
Dan Aykroyd,
Bill Murray et
Harold Ramis. Trois personnages qui ont eu l’idée d’inventer cette histoire débile dans laquelle trois loosers, gaffeurs invétérés, se transforment en une équipe de désinfection spécialisée dans la chasse aux ectoplasmes !
Il fallait au moins trois malades mentaux pour accoucher de cette grotesque aventure dans laquelle des fantômes gloutons ravagent les grands restaurants de
Manhattan, ne compagnie de chiens infernaux qui sèment la terreur en ville, et où une glam-rockeuse mésopotamienne du nom de
Zul surgit des Enfers avant de se transformer en un gigantesque
Bibendum Chamallow rigolard ! Une histoire de dingue destinée à un public pour qui le mot potache est synonyme d’erection. Et bien sur, comme l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, nos trois énergumènes se partagent les places de choix, à notre grand bonheur.
Bill Murray, tout juste trentenaire, incarne le «
docteur » Vickman, le séducteur fainéant et immature, mais doté d’un grand cœur. Un rôle qui lui sied à merveille, il ne le quittera plus. Le génial
Harold Ramis interprète lui un rôle plus sérieux, celui de
Egon, le véritable intello du groupe, qui a mis au point tout la machinerie loufoque pour piéger les fantômes. A cette occasion, ce scénariste et réalisateur de talent (
Un jour sans fin, c’est lui !) démontre qu’au niveau de la comédie, il est très à l’aise dans l’humour décalé avec son air pince-sans-rire. Puis, vient
Dan Aykroyd, le pensionnaire du
Saturday Night Live, et le seul qui soit déjà une star au moment de la sortie du film. Il joue le rôle de
Raymond, le créateur de la société, un personnage débonnaire et sympathique, quelque peu infantile. On sent tout particulièrement sa patte dans l’écriture, un ton décalé qu’il avait déjà utilisé dans ses nombreux sketches et notamment ses
Coneheads (des extraterrestres déjantés, aux énormes têtes en forme de cône).
Mais, malgré ses trois troublions,
Ghostbusters ne serait guère ce qu’il est si, à travers une écriture débridée et une véritable liberté de ton, il ne mettait pas en avant deux acteurs complètement opposés, deux aimants à polarités inversées, et qui, de par leur union vont faire naître le chaos ; la sublime
Sigourney Weaver et le pathétique
Rick Moranis. Deux personnages,
Dana la jolie violoniste et
Louis le conseiller fiscal pingre, qui effectuent un numéro de vaudeville très drôle avant de finir dans la peau de créatures infernales. La séquence de la possession de Dana est d’ailleurs l’un des moments forts du film à l’occasion d’un hilarant remake de l’Exorciste.
« Prends-moi », dit-elle à un Vickman en nage.
« Euh, on risquerais d’être un peu trop à l’étroit, tous là-dedans » répond-il en regardant son corps léviter. Les clins d’oeils aux grands classiques du fantastique sont d’ailleurs nombreux, comme lorsque le
Bibendum Chamallow rejoue
King Kong sur la façade du batiment.
Les moments les plus loufoques du film viennent des séquences au cours desquelles les quatre ghostbusters (il s’est adjoint au groupe une recrue black,
Winston, au milieu du film) tentent de capturer les fantômes avec leurs équipements laser. Une véritable débauche de destruction inutile (la séquence du grand hôtel est hilarante) qui donne lieu à un véritable festival d’effets spéciaux de très grande qualité. Sous la direction de
Richard Edlund, l’équipe technique a réellement fait des miracles, et même encore aujourd’hui, certaines séquences ont gardées toute leur force (celle du combat sur le toit est un véritable chef d’œuvre).