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Critique du Film : Super

Avis critique rédigé par Vincent L. le vendredi 29 avril 2011 à 12:08

Quand l'élève surpasse le maître...

C'est une manoeuvre habituelle dans l'industrie cinématographique - pas uniquement américaine d'ailleurs - lorsqu'un long-métrage fait un carton au box-office, et parvient à emporter l'adhésion du public (et accessoirement de la critique), nombre de produits similaires sont par la suite mis en chantier dans le but flagrant, et parfois avoué, de s'assurer d'une certaine rentabilité financière. Les exemples sont légions, des long-métrages de Yurei Eiga de toute nationalité qui sont arrivé après Ring aux Blair Witch-like qui continuent à prolonger cette mode du faux témoignage vérité, en passant par les remakes des classiques du cinéma d'horreur qui ont succédé à Massacre à la Tronçonneuse, tendant ainsi à démontrer qu'il suffit simplement qu'un long-métrage ouvre une voie financièrement juteuse pour que de petits producteurs opportunistes y voient un filon à exploiter, souvent ad nauseam, et lancent sur le marché des films dont la qualité est très souvent inférieure à celle de l'oeuvre d'origine.

Ainsi, après le succès public et critique de Kick-Ass, véritable outsider ayant fait l'effet d'une petite bombe l'an passé, on se doutait bien que des clones sans saveur n'allaient pas tarder à débarquer, dans les salles de cinéma pour certain, directement en vidéo pour d'autres, afin de tenter de prolonger ce succès. Super est donc ce premier Kick-Ass-like à débarquer sur les écrans, et, sur le papier, avouons que le film ne possèdait rien de terriblement attractif, sa bande-annonce, au combien classique, laissant même entrevoir un produit fortement calibré pour plaire au plus grand nombre. Et pourtant, au petit jeu de l'inévitable comparaison entre les deux films, Super sort vainqueur du duel ; car si Kick-Ass était déjà un film très qualitatif (voir les critiques dithyrambiques du staff pour plus de précisions), Super parvient, en poussant le propos encore plus loin et en refusant toute forme de concessions, à s'imposer comme légèrement supérieur au film de Matthew Vaughn.

En fait, le principal défaut de Super est d'arriver après Kick-Ass. James Gunn a beau crier sur tous les toits que le scénario datait de bien avant le succès du film, pour le spectateur, rien n'y fait, Super possède constamment un arrière goût de déjà-vu. Il faut bien admettre que si les deux films racontent des histoires relativement différentes, les bases des deux scénarios sont pourtant les mêmes : monsieur tout le monde devient un super-héros ordinaire, donc un tocard, et affronte un parrain du crime puissant et sans scrupules, qu'il battra tout de même en allant jusqu'au bout de lui-même. Ce type d'histoire, déjà pas fondamentalement originale (c'est la trame de presque tous les films de super-héros), James Gunn ne la transcende pas le moins du monde, du moins sur la forme, et fait passer son script par toutes les figures imposées du genre, les seules digressions ayant déjà été explorées par Kick-Ass. Super, dénué de toute sorte de fantaisie formelle, s'avère donc être globalement prévisible.

C'est en fait sur le fond que Super tire son épingle du jeu. Si, là encore, la comparaison avec Kick-Ass est inévitable, James Gunn parvient à se démarquer en proposant un traitement beaucoup plus extrême. En effet, si le film de Matthew Vaughn parvenait conservait une large part de consensualisme dans son scénario - notamment dans son absence de traitement de certaines thématiques génantes - Super propose un développement qui va nettement plus loin dans le refus des conventions et dans le politiquement incorrect. Ainsi, si Kick-Ass était un film d'ado, Super est long-métrage plus adulte, nettement moins consensuel. Graphiquement, tout d'abord, avec une violence physique esthétiquement rendue sans artifices - et quelques passages à la limite du gore - ainsi que dans son propos, avec ce personnage principal bien plus haïssable et pathétique dans sa mentalité, ses motivations et ses actions que ne pouvait l'être le Dave Lizewski de Kick-Ass.

Mais la vraie grande force du film, c'est de ne jamais tirer vers un travers trop intellectualisant. Ainsi, de prime abord, Super s'apparente ainsi à une grosse farce aussi potache que complètement crétine, presque décérébrée d'ailleurs, ne pointant jamais du doigt ce qui doit être vu ou compris. C'est en effet en creusant un peu et en réfléchissant un minimum à ce qui nous est montré que l'on finit par comprendre que le scénario de James Gunn est nettement moins con qu'il n'en a l'air. Au delà de sa morale politiquement très incorrecte (et nettement plus assumée que celle de Kick-Ass), le film tape sur tous les travers moraux de la société américaine, notamment les causes soit disant "justes" défendues par le héros ou la médiocrité du quotidien qui l'oblige à trouver un sens à sa vie, et se permet même des mises en abymes surprenantes, avec ces deux personnages qui, sous leur costumes de super-héros, portent d'autres masques de normalité pour dissimuler des personnalités dérangeantes.

En jonglant adroitement avec un scénario très riche - contenant tout de même quelques petites surprises formelles - James Gunn donne à Super un rythme soutenu qui empêche le spectateur de s'ennuyer. C'est bien simple, il se passe toujours quelque chose, entre gags potaches, séquences dialoguées avec beaucoup d'humour ou scènes d'action. A noter que bien que ne s'étendant pas au delà des quatre-vingt dix minutes réglementaires, le film parvient tout de même à traiter l'ensemble de son sujet. Il faut bien admettre que James Gunn possède un sens du gag assez redoutable, et que le long-métrage s'avère souvent étonnant à ce niveau ; la surprise vient d'ailleurs du fait que son film étant ouvertement no-limit, on reste parfois interloqués par certains gags qui, bien que très drôles, sont d'un goût plus que douteux - et sont aussi les meilleurs ! - et risquent de choquer les familles bien pensantes qui iraient voir le film (Super n'est de toute façon pas un divertissement familial).

Super n'en oublie pas non plus de soigner sa mise en scène, ancrant le film dans un quotidien vraiment dégueu (volonté du réalisateur ou conséquence du faible budget ?), fait de décors moches, de gens terriblement ennuyeux et, de manière générale, rend la vie quotidienne vraiment terne et déprimante. La confrontation de cette réalité au bord de la dépression avec les actions de ces deux gugusses déguisés en super-héros va ainsi régulièrement créer des décalage, lesquels vont servir de ressorts humoristiques très efficaces (à l'image de cette scène où Crimson Bolt tabasse un gars qui double les gens dans les files d'attentes). James Gunn, en parvenant à trouver un parfait équilibre pour que le potache parvienne à devenir crédible, réussit à ne jamais sombrer dans la parodie déconnectée (ce qu'était Mystery men par exemple, toute autre considération mise à part), ce qui rend son film encore plus solide, les actes des personnages ayant une portée concrète vis à vis du spectateur.

Tout est, de plus, enveloppé dans une réalisation totalement jusqu'auboutiste qui refuse toute forme de compromis (ce qui risque bien de nuire au succès public du film d'ailleurs). James Gunn a réussit à tirer le maximum d'un budget étriqué pour offrir à son long-métrage un visuel solide. Si Super est un film moralement violent, il l'est également dans sa réprésentation graphique ; ainsi, lorsque Crimson Bolt passe à tabac un malfrat à coup de clé à molette, le tout est rendu à l'écran avec douleurs, souffrances et effusions de sang. Cet aspect aurait pu être génant - comme toute forme de violence consensuelle - sauf qu'elle s'inscrit ici dans des thématiques générales plus fortes, en inscrivant ces super-héros dans une réalité tangible où frapper un individus a des conséquences physiques. De plus, Gunn réussit à tirer le maximum de comique de ces séquences - on sent derrière, l'expérience qu'il a acquis en travaillant pour la Troma - mais sans jamais les désamorcer totalement.

Enfin, comment ne pas dire un mot sur l'extraodinaire casting du film. Certes, pour le grand public, aucun vrai nom bankable ne se dégage de l'affiche, mais pour les cinéphiles, c'est un bonheur de tous les instants que de voir ces acteurs s'amuser devant la caméra. Kevin Bacon, sans livrer une prestation extraordinaire, est clairement venu se faire plaisir dans un personnage qui sied bien à son image, et Nathan Fillion, à la limite du caméo, est à mourir de rire dans son rôle de super-héros catholique. A côté d'eux, on retrouve, dans le rôle principal, Rainn Wilson, qui nous ressort son interprétation habituelle et efficace de petite chiotte (que les fan de The Office US apprécieront), ainsi que des seconds rôles aussi solides qu'hilarants, interprétés par comédiens aussi sympathiques que Michael Rooker ou Gregg Henry. Mais ce casting s'avère largement dominé par la performance hallucinante d'Ellen Page, totalement déchainée, qui prouve, une nouvelle fois, qu'elle est une actrice solide capable de rivaliser avec les plus grands.

85

Au final, le principal défaut de Super, c'est tout simplement d'arriver après le succès de Kick-Ass, ne s'apparentant ainsi de prime abord qu'à un simple produit opportuniste. Pourtant, au petit jeu de l'inévitable comparaison, le film de James Gunn s'avère être qualitativement supérieur à celui de Matthew Vaughn, notamment dans son aspect jusqu'auboutiste qui refuse toute forme de consensualisme. Ainsi, sous des airs de farce potache complètement débile, Super est nettement plus pertinent qu'il n'y paraît au premier abord, poussant encore plus loin les thématiques déjà mises en place par Kick-Ass, et leur offrant un traitement nettement plus incisif. Ajoutez à cela un casting quatre étoiles qui s'amuse - largement dominé par une impressionnante Ellen Page - et un sens du rythme et du gag qui ne souffre d'aucune fausse note, et Super s'impose comme un film majeur dans le genre.

Critique de publiée le 29 avril 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Un traitement incisif,
  • Des thématiques pertinentes,
  • Quelques petites surprises dans le scénario,
  • Un casting qui s'amuse,
  • Un sens du gag redoutable,
  • Violence graphique justifiée.

Que faut-il oublier ?

  • Arrive après Kick-Ass,
  • Pas fondamentalement original.

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