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Critique du Film : La Meute

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 3 mars 2011 à 00:13

Bienvenu chez les goules

C'est dingue, comme si l'existence n'était pas naturellement assez compliquée, il y en a toujours qui font tout pour se foutre dans la merde. Tenez, prenez par exemple Charlotte, une jeune fille au look rebelle et au phrasé si coloré qu'il pourrait faire rougir un lascar du 93. Passe encore son idée d'user les pneus de sa vieille guimbarde jusqu'à l'épuisement de sa réserve de CDs audio. L'on mettra cette attitude, peu responsable mais guère périlleuse, sous le coup d'une post-adolescence un brin perturbée et éthylique. Par contre, prendre à son bord un total inconnu au regard en biais et, quelques instants plus tard, lui confier le volant pour pouvoir se taper une petite sieste est un acte d'une totale inconscience qui pourrait laisser croire, au choix, que Charlotte a de la semoule à la place du cerveau ou qu'elle cherche vraiment les ennuis. Personnellement, le fait qu'elle ne s'étonne nullement que son chauffeur profite de son sommeil pour la conduire dans un trou aussi glauque que les égouts de New-York, m'encouragerait à choisir la première solution...

Bref, l'on ne peut pas dire que le scénario de La meute débute de la plus subtile des façons. Remarquez, on pourrait presque remercier le cinéaste Franck Richard de faire ici preuve de la plus grande de prévenances puisque cette entame débile illustre parfaitement ce que sera la suite du métrage; un enchainement de séquences accumulant clichés, incohérences et grosses ficelles. Ainsi, tout au long du récit, le spectateur doté d'un minimum d'intelligence va voir son sens logique mis à rude épreuve par une flopée de questionnements. Au choix; si ces barjots capturent des gens de passage pour les sacrifier, pourquoi laissent-ils partir Charlotte (heureusement pour eux, elle laisse exprimer son tempérament suicidaire et choisit de revenir sur les lieux pour fouiner)? Comment ces bikers rencontrés au début du film ont-ils réussi à atterrir dans ce même lieu paumé (l'on n'a pas vraiment l'impression qu'ils ont suivi Charlotte)? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de transfusion à l'huile de colza (un clin d'œil à L'Homme au masque de cire)? Comment des psychopathes aussi peu prudents (ils dissimulent le véhicule de Charlotte sous une simple bâche) ont-ils réussi à cacher depuis si longtemps leur trafic criminel? Bref, une tonne de questions auxquelles ce script absolument crétin ("ma mère ne se sépare jamais de sa cotte de maille!") est incapable de répondre. Au milieu de toutes ces invraisemblances, on cautionnera juste les goules, leur appartenance au domaine du fantastique pouvant, à la rigueur, nous faire accepter le manque de légitimité de leurs manifestations.

Certains d'entre vous vont peut-être défendre La meute en argumentant que l'humble démarche de Franck Richard était de nous proposer la vision d'un film de genre dans la plus pure tradition de la série B horrifique américaine qui, on ne va pas le nier, brille rarement par la finesse et la justesse de ses scénarios. C'est vrai, le cinéaste le prouve avec une mise en image bien travaillée, exploitant une photographie glauque et crépusculaire (un misérabilisme nordiste qui évoque l'ambiance de Calvaire), et une réalisation jouant assez habilement des variations de cadres, entre gros plans, hors-champ et panos en vue subjective. Techniquement, le métrage ne propose rien de honteux et fait même mieux que bon nombre de productions outre-Atlantique. Cependant, Franck Richard échoue à créer une atmosphère angoissante et un ton horrifique efficace car l'empreinte narrative de La meute hésite de trop entre la comédie gore, le couillu à la John Carpenter, le survival redneck des seventies, le torture porn et le film d'horreur à la Lucio Fulci. Le tout par le biais d'un montage laissant apparaitre quelques absences et des raccourcis disgracieux. Bref, malgré l'appui de solides techniciens de plateau, à force de bouffer à tous les râteliers du cinéma bis, La meute finit par s'égarer dans une bouillie conceptuelle, ne laisse rien ressortir de solide et place ses comédiens dans des positions mal définies, donc inconfortables. Difficile, en effet, de ne pas pouffer devant une Emilie Dequesne se ridiculisant dans son numéro de rebelle dure à cuire (la séquence où elle boit le crachat du biker dans une tasse de café atteint les sommets du grotesque) et, finalement, avec ce trio de voyous à deux balles et sa rockeuse de pacotille, dans le registre badass foireux, La meute fait encore mieux que La Horde, c'est dire...

Si Emilie Dequesne (qui, ici, dévoile cruellement ses limites) se montre aussi à l'aise dans son rôle de battante qu'une poule équipée d'un couteau, que dire de la prestation anesthésiée de Benjamin Biolay. Bon, durant une heure, quand il ne prononce que quelques mots et qu'il se contente principalement de froncer les sourcils en profitant du spectacle, cela peut encore aller. Mais dés qu'il commence à ânonner ses tirades à la manière d'un gamin de dix ans lors d'une représentation théâtrale scolaire, cela part complètement en sucette - d'autant plus que le comportement de son personnage n'est guère logique. En conséquence, étant donné que La meute échoue complètement à entretenir une quelconque atmosphère horrifique et que son intrigue se vautre dans un déroulement absolument pas accrocheur (surtout durant ses deux derniers tiers, où Franck Richard essaie de construire un climax), le spectateur aurait tendance à se noyer dans un océan d'ennui... s'il n'avait réussi à trouver deux bouées de sauvetage, principalement comiques. Yolande Moreau, absolument géniale (je dirais même exceptionnelle!), qui nous offre ici une version psycho des Deschiens et Philippe Nahon, assez drôle dans une interprétation décalée, comme lorsque (on ne saura jamais pourquoi), vêtu d'un t-shirt portant la mention "i fuck on the first date", il se fout des crayons dans les oreilles et le nez en descendant une bouteille de scotch.

30

La meute est l'exemple même du film où les efforts d'une équipe technique compétente se retrouvent réduits à néant par l'incompétence artistique d'un réalisateur sous influences... multiples. Extrêmement réussi visuellement, le film sidère par la stupidité de son scénario et une mise en scène maladroite ponctuée de gags relous (le cinéaste cite Franju dans ses influences... ah bon?) qui empêchent l'instauration d'une quelconque ambiance horrifique. Heureusement, debout au milieu de cette tempête de stupidités et d'incohérences, Yolande Moreau, absolument géniale, parvient à nous faire rire (c'est déjà ça de pris, même si cela n'était pas vraiment le but premier). A coté d'elle, Emilie Dequesne, en mode ado gothique attardée, et Benjamin Biolay, proprement sali, sont juste... pathétiques

Critique de publiée le 3 mars 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Yolande Moreau, absolument géniale
  • Philippe Nahon, assez drôle
  • Une excellente photographie

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario stupide, bourré d'incohérence
  • Une ambiance badass qui ne fonctionne pas
  • Des gags absurdes qui n'ont rien à faire là
  • Emilie Dequesne et Benjamin Biolay...et j’attends toujours de voir la meute.

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