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Critique du Recueil de nouvelles : Les dieux de Bal-sagoth
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Critique du Recueil de nouvelles : Les dieux de Bal-sagoth

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 2 juillet 2010 à 1935

Voyage dans l'esprit d'un visionnaire

Le terrible spectacle chassa sur le moment toute idée de rebellion de mon esprit. Mon sang se glaça dans mes veines et je restai immobile. J’entendis Hassim éclater d’un grand rire sinistre derrière moi. Les yeux de l’apparition, enfoncés dans le visage cadavérique, brillaient d’une lueur démoniaque en me regardant et je blêmis devant la fureur satanique qu’ils contenaient.
Alors l’horrible créature partit d’un rire sifflant…
(Le Crâne vivant)


Les Dieux de Bal-Sagoth est le septième volume de l'excellente série de recueils de nouvelles consacrées aux écrits de Robert E. Howard. Une collection éditée par Bragelonne qui, pour le moment, peut se vanter d'être un sans faute, en grande partie grâce à la grande qualité du travail de son initiateur, Patrice Louinet, éminent spécialiste de l'auteur américain. Une fois n'est pas coutume, il ne ressort de cet ouvrage aucune thématique fixe, les douze textes présentés dans ce recueil étant diverses et variés, autant par leurs longueurs (de 5 à 132 pages!) que par leurs sujets (heroic fantasy, fiction historique, horreur, western...).

Tous traduits par Patrice Louinet à partir de documents originaux non censurés (sept sont parus dans la revue Weird Tales, les autres viennent de différentes sources), les textes présentent toutefois des niveaux d'intérêt variables. Ainsi, si Lance et Croc et La forêt de Villefère, de factures plutôt moyennes, n'ont pour principal intérêt que d'être des œuvres qui ont lancé la carrière du nouvelliste, d'autres figurent parmi ce qu'il a écrit de mieux. On a affaire ici différentes histoires laissant grandement transparaitre les modes littéraires de la période, mais aussi toutes les influences et les passions du Texan.

Avec ses 132 pages, Le crâne vivant est le plus gros morceau de cet ouvrage. Construite sous forme de serial via une succession de scènes bien découpées (elle est d'ailleurs parue en plusieurs parties dans la revue Weird Tales), cette histoire nous amène sur les bords de la Tamise, où un mystérieux personnage fomente la chute de la race blanche. Avec ses personnages asiatiques, ses fumeries d'opium, ses quais londoniens brumeux et ses policiers de Scotland Yard, ce récit évoque les romans de Sax Rohmer ayant pour personnage principal le machiavélique Fu Manchu ((même si ici le mégalo démoniaque n’est pas chinois). Une ressemblance d'autant plus forte que sont introduits dans le texte d’autres deux éléments communs: la construction d'un empire financier occulte par l'intermédiaire du trafic de drogue et la présence d'une romance entre le héros et une belle esclave orientale (Zuleika est en effet une projection très fidèle de Kâramanèh, en un peu plus candide). Histoire de donner une touche fantastique à son histoire, Howard y rajoute une bonne dose de fantastique, le vilain de l'histoire étant issu d'un lointain passé.

Turlogh, avec ce sens de l’orientation infaillible qui est l’apanage de ceux qui vivent comme des loups, courut vers l’endroit où il savait trouver une des grandes portes de la cité ; pourtant, entre le dédale des rues et l’écran de fumée, le doute l’assaillit. Devant lui, au sein des ténèbres striées de flammes s’éleva soudain un cri terrifié. Une jeune fille nue apparut alors, vacillant sur ses jambes, et tomba aux pieds de Turlogh, du sang jaillissant de sa poitrine mutilée… (Les dieux de Bal-Sagoth)

Ouvrant ce recueil, Les dieux de Bal-Sagoth, une très divertissante nouvelle de 50 pages, nous propose un univers fictif et pulp collant plus à l'idée générale que l'on se fait de la bibliographie de l'auteur. On accompagne le Gaël Turlogh O'Brien et le saxon Athelstane (deux personnages souvent rencontrés dans les nouvelles d'Howard écrite durant sa « période celte ») qui, naufragés sur une île inconnue, vont rencontrer une danoise régnant sur un peuple antédiluvien habitant une cité cyclopéenne du nom de Bal-Sagoth. Ils vont alors arbitrer une mortelle rivalité ayant pour objectif le contrôle de ces lieux et assister à la chute de la cité, mise à sac par des peuples de la mer. Au programme; combat épiques contre des monstres inconnus, sorciers machiavéliques et belles princesses ambitieuses. Le train-train quotidien du héros howardien, en quelque sorte…

Pour Le crépuscule du Dieu Gris, Howard s'appuie sur un fait historique narré dans Njàls Saga, une saga islandaise datant du 13ème siècle. En 1014, Brian Boru, roi d'Irlande, livre sa dernière bataille à Clontarf (il remporta la victoire mais fut assassiné dans sa tente) contre une révolte menée par le danois Sigurd des Orcades et Sygtrydd II, roi de Dublin. Pour construire son histoire dont la puissance dramatique repose en partie sur la défaite des païens face au christianisme triomphant, Howard prend quelques libertés avec l’Histoire et occulte le fait que des vikings combattaient dans les rangs de l'armée de Brian Boru (les hommes d'Ospac de Man). L'auteur y mêle avec habileté personnages "historiques" cités dans la saga et personnalités mythologiques et folkloriques. Il va même jusqu'à y introduire Odin, qui joue un grand rôle dans le déroulement des évènements. Le lecteur, lui, va être invité à se rapprocher de Conn, un jeune kern combattant aux cotés de Boru et éprit de Eevin de Craglea, dernière représentant de l’ancien peuple de Dana. Un très bon texte, avec la mise en place d’une excellente atmosphère épique lors de la description de la bataille.

Ils parvinrent devant les portes du grand temple. Des alignements d’immenses colonnes flanquaient la grande entrée, enfouie dans le sable jusqu’à hauteur de leurs genoux. De l’encadrement de celle-ci pendaient des montants de bronze massif, qui soutenaient autrefois des portes colossales, dont le bois poli avait pourri des siècles auparavant pour tomber en poussière. Ils pénétrèrent dans le bâtiment, s’avançant le long d’un corridor titanesque plongé dans la pénombre brumeuse… (Le feu d’Asshurbanipal)

Autre long texte (40 pages) de ce recueil, Les guerrier du Valhalla propose une entame très souvent utilisée (notamment par Howard) dans les récits fantastiques de cet époque: on y voit un américain projeté dans un univers épique et héroïque (ici, on ne sait pas si le personnage rêve ou s'il rencontre vraiment une très ancienne connaissance). James Allison se retrouve en Hialmar, réincarnation de l'une de ses vies passées. En compagnie de ses pillards nordiques, Hialmar va arriver dans un Texas oublié (n'oublions pas que l'écrivain est Texan) et s'engager comme mercenaire à la solde d'une cité précolombienne. Poussé par le destin, Hialmar va accidentellement libérer Ishtar, une déesse prisonnière des prêtres de cette ville maudite, et causer la chute de la cité. Texte très dense et fortement rythmé (donc très réussi!), Les guerriers du Valhalla propose une intrigue épique proche de celles de Conan le barbare. L'auteur y mélange avec malice différents mythes (, l'Atlantide...), anticipe certains faits historiques (l'exploration de l'Amérique par les scandinaves) et s'arrange même un panthéon divin.

Intéressant également; Le feu d'Asshurbanipal, un texte qui démontre toute l'admiration que ressentait Robert E. Howard envers Howard Phillips Lovecraft. A la croisée des chemins entre She, le chef d'œuvre d'Henry Rider Haggard et The Dream Quest of Unknow Kaddath, d'Howard Phillips Lovecraft, cette nouvelle raconte l'histoire d'un aventurier américain, accompagné de son ami afghan, qui découvre une cité morte perdue dans les sables. Leur compétition musclée contre des arabes pour s'attribuer la possession d'un joyau aux propriétés mystique va alors trouver un arbitre aussi inattendu qu'abominable. Howard y cite les Grands Anciens, le Necronomicon et fait carrément dans le cosmicisme lovecraftien. L'hommage est d'autant plus beau que la nouvelle est de qualité.

Puis Howard fait dans la lycanthropie avec La tête de loup, une nouvelle de 28 pages parue dans le Weird Tales d'avril 1926. Ici, l'auteur nous amène dans un comptoir commercial d'Afrique Noire, durant le siècle des Lumières, où, la nuit venue, d'horribles assassinats sont commis. Conçue comme une "suite" de La forêt de Villefère, l'auteur y réutilise le personnage de De Montour. L'idée de base est intéressante, mais l'intrigue est vite expédiée et les rapports entre De Montour et le narrateur bien peu crédibles. De plus, en voulant ajouter à ce conte fantastique et gothique un aspect exotique via une attaque indigène, l'auteur finit par trop survoler les deux trames, rendant l'ensemble peu captivant.

Le dôme résistait encore à la destruction, et la forme blanche et étincelante criait toujours en faisant de grands gestes. C’est alors que, dans un impressionnant rugissement, la mer s’agita, se souleva et de grands tentacules d’écume verte se dressèrent et se tordirent, aussi haut qu’une montagne, avant de s’abattre sur les ruines de la cité qui glissait vers l’océan, montant de plus en plus haut jusqu’à ce que toute la partie méridionale de la ville pulvérisée soit recouverte par les eaux vertes et tourbillonnantes… (Les guerriers du Valhalla)

Pour ce qui est de La maison d'Arabu, le principal problème se situe dans le fait que le héros de cette nouvelle n'est absolument pas sympathique. Le texte est étrange et onirique, assez intéressant car il amène cette pale réplique nordique de Conan dans une dimension peuplée de morts et de démons, mais il est difficile d’accrocher à ce personnage maussade qui fuit ses responsabilités et n’obéit qu’à des pulsions égoïstes que le lecteur, qui ne connaît pas assez le vécu du personnage, ne peut tolérer. Au final, sans être mauvais, le texte peine à accrocher par un phénomène de distanciation. Avec La tête de loup, La maison d’Arabu est le texte le moins intéressant de ce recueil.

Deux petites nouvelles sont des histoires fantastiques ayant pour théâtre l’Ouest africain. Si Querelles de sang est un petit texte (7 pages) amusant avec son cowboy rancunier qui ne peut partir aux Enfers sans avoir auparavant descendu son ennemi de toujours, Les morts se souviennent est autrement plus intéressant. Dans cette nouvelle de dix pages, un aventurier saoul assassine sans pitié un couple de nègres (sic) et est maudit par la femme, que l’on dit sorcière. Le meurtrier perd alors petit à petit le sens des réalités, persuadé que le fantôme de sa victime cherche à le tuer. Construit sous forme de lettres rédigées par l’assassin et des témoins, Les morts se souviennent est un récit fantastique vraiment réussi, avec notamment un final bourré d’humour noir.

Enfin, le dernier mot pour la meilleure des nouvelles de ce recueil, si, si. Cinq petites pages toutes simples mettant en scène un savant misanthrope qui va, par pure mépris de la race humaine, faire la plus horrible des blagues à l’humanité toute entière. Le moment suprême, ou comment se marrer en Enfer…

A noter que cette fois-ci, ce recueil propose des appendices moins volumineux que d’habitude. Par contre, on peut y trouver une très pertinente étude de Patrice Louinet qui développe et explique le processus de création des nouvelles contenues dans ce recueil.

La conclusion de

Encore un très bon recueil de nouvelles. Décidemment, Patrice Louinet va nous habituer à n’attendre de lui que de l’excellence ! Bon, c’est vrai, l’ensemble n’atteint pas le niveau de Bran Mak Morn, le précédent volume, car les textes présentés ne sont pas tous du même niveau qualitatif (aucun n’est cependant mauvais, ni même médiocre), cependant certaines histoires sont vraiment captivantes. Ce recueil permet aussi d’effleurer l’éclectisme de l’auteur, que l’on a tendance à trop cantonner au seul domaine de la fantasy. Et de s’apercevoir que, quelque soit le genre auquel il consacre sa plume, le style d’Howard reste toujours flamboyant.

Que faut-il en retenir ?

  • Encore un excellent travail de Patrice Louinet
  • Des nouvelles de grande qualité
  • Récits divers et variés
  • Le style d’Howard, inimitable

Que faut-il oublier ?

  • Quelques textes d’intérêt moindre

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