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Critique du Roman : Starfish

Avis critique rédigé par Manu B. le dimanche 18 juillet 2010 à 11:26

L'effet Ganzfeld (VO et VF)

"L'abysse devrait vous clouer le bec.
Le soleil n'a pas touché ces eaux depuis un million d'années.
Les atmosphères s'y accumulent par centaines, les fosses pourraient avaler douze Everest sans le moindre rot. On dit que la vie elle-même a commencé au fond des océans. Possible. Sa naissance n'a pas dû être facile, à voir ce qu'il en reste..."


Lenie Clarke n'est pas une scientifique. Elle n'est pas non plus plongeur professionnel. C'est pourtant à quelques sept cents de mètres de profondeur qu'elle se retrouve, à Axial Volcano, sur la Juan de Fuca ridge. Elle est là pour au moins un an. Elle ne soucie pas de savoir comment elle va pouvoir supporter de rester dans ce rift: les tests qu'elle a passés ont montré qu'elle était apte. Par contre, la question concernant son intégration dans l'équipe se pose car un an, c'est long. Et les autres, sauront-ils s'adapter les uns aux autres ?...

Peter Watts s'est fait connaître en France après la parution de son roman Vision aveugle, nominé pour les Hugos et salué par la critique chez nous. Initialement publié dans la collection Rendez-vous ailleurs ed. Fleuve Noir, l'auteur est de nouveau traduit dans la même maison d'édition. Il s'agit de Starfish, premier roman de l'écrivain canadien et premier acte de la trilogie Rifters. Si vous avez aimé le côté psycho thriller de Vision aveugle, vous ne serez pas déçus par Starfish.

Rétrospectivement, Starfish est l'antichambre de Vision aveugle.
Sur la construction, on y trouve une équipe composée de six membres au profil particulier. On peut même dire qu'ils sont psychologiquement atteints. Pas fous, mais touchés profondément. Les blessures qui ont laissé des traces indélébiles leur ont paradoxalement donné un autre pouvoir, une incroyable résistance au stress.
Or, à des centaines de mètres de profondeur, pour une assez longue durée, il leur faut cette résistance, au-delà du fait qu'il faut combattre le mal des profondeurs. Les sources de ce stress sont nombreuses: claustrophobie dans la station aux dimensions internes étriquées, proximité voire promiscuité, et il y a les abysses.
Si le corps a été modifié (l'un des poumons a été supprimé et tout passage d'air est rempli de liquide pour contrer les effets de pression), des ajustements sur les inhibiteurs sont aussi envisageables. Et cela pèse sur la personnalité en rapport avec les stimuli extérieurs.

Le deuxième point de comparaison avec son dernier roman tient aussi sur la partie psychologique. Starfish est aussi un huis clôs. Un environnement favorable à la paranoïa et à la psychose. Et quoi de mieux que les abysses insondables de l'océan pacifique pour décupler les peurs ? Il situe son histoire sur un vrai lieu, sur le rift qui délimite les plaques nord américaine et pacifique. Un lieu d'activité géologique importante. En des profondeurs pareilles, à des températures si hautes, le milieu ne favorise pas la vie. Et pourtant, elle existe. Différente. Des poissons géants. Des monstres.
L'ambiance n'est pas idéale à l'intérieur de la base, mais qu'en est-il à l'extérieur, dans l'obscurité ?
Dans cet environnement hostile, des personnalités vont se révéler, des phénomènes apparaîtrent. Il y a par exemple l'effet Ganzfeld, celui qui, en l'absence de lumière et de stimulus, pousse le sujet à imaginer des images, à halluciner (à l'inverse du blindsight). Le cerveau développe aussi d'autres capacités. Peter Watts construit un tissu relationnel extrêmement intéressant. D'autant que, comme Frank Herbert (Le dragon sous la mer en 1956), il introduit un psychologue dans cette drôle de famille.

Mais ce n'est pas tout car l'auteur a été très ambitieux pour son premier roman. Le background, l'autre, révèle un monde en proie à de sévères problèmes. En cette année 2050, le réseau internet a été parasité. Littéralement. Et dans ce contexte, on cherche d'autres solutions pour exterminer la vermine. La plus efficace repose sur les smart gels, des sortes de pâtes neuronales, capables d'apprendre.

Bref, ce roman est impressionnant d'idées. Il doit l'être plus encore si on n'a pas encore lu Vision aveugle. C'est le seul regret qu'on peut éprouver. Sinon, le lecteur ne sera pas surpris du manque de chaleur qui émane du texte, de son style épuré et des descriptions quasi cliniques de l'écrivain.

Concernant la version française, la traduction n'a pas dû être facile puisque les termes relatifs à l'océanographie appartiennent à un champ lexical assez pointu. Ajoutez à cela l'ambiance de huis clos et le style qui manque autant de chaleur que celui de Vision aveugle qu'il faut  reproduire en français et la difficulté s'avère élevée. Gilles Goullet fait encore un excellent travail.

80

Décidément, Peter Watts est un auteur doué. Dès son premier roman, il fait très fort. Ses personnages atypiques et psychotiques sont inquiétants. On aime cette atmosphère confinée et étouffante à plusieurs centaines de mètres de profondeur dans la noirceur de l'océan. En ce lieu, la mer est comme l'espace: mystérieuse, silencieuse et mortelle.

Critique de publiée le 18 juillet 2010.

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