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L'Etrange Festival 2012 - Jour 11

Publié il y a 4 ans par Jonathan C.

Dredd et Knightriders

Dernier jour, derniers films vus sur ce dimanche 17 septembre et pas les moindres puisqu'il s'agissait ici d'une pépite issue de la fabrique Romero et de l'avant-première très attendue de Dredd.

Knightriders
Pour gagner leur vie, des troubadours anarchistes organisent des joutes médiévales, remplaçant les chevaux par des motos. Billy, le chef de cette secte d’allumés en bécanes, tente de devenir le roi Arthur. Mais Morgan, l’un de ses chevaliers, tente de le détrôner.

Knightriders

L'avis de Richard B : L'Etrange Festival, c'est aussi avoir la possibilité de découvrir des titres reconnus par quelques amateurs, mais pas forcement trouvables aisément (du moins dans des conditions de vision optimale) ; ce fut donc l'occasion pour moi de découvrir pour la première fois - et sur grand écran - le fameux Knightriders de George A. Romero. Et ce fut une monumentale claque et, selon moi, le chef-d'œuvre de son auteur. Dans ce film on découvre un jeune Ed Harris déjà fortement charismatique, mais aussi simplement brillant de bout en bout, capable de véhiculer tout un panel d'émotion. Juste derrière lui, on est tout aussi captivé par un Tom Savini rarement aussi présent à l'écran et complètement délirant dans son personnage de guerrier charmeur. Dès cette époque, l'acteur aimait déjà dévoiler sa musculature. Les adeptes reconnaitront et apprécieront la présence aussi de Ken Foree. En plus de son fabuleux casting, Knightriders c'est aussi des cascades de motos sidérantes comme rarement vues sur écran. À plusieurs reprises on reste impressionné par celles-ci se faisant presque l'écho d'un manque en la matière dans le cinéma actuel. Je ne peux terminer ici sans évoquer toute la folie et la tendresse qui se dégagent de ce film communautaire, hymne à la liberté et à l'honneur critiquant au passage un certain monde adepte du spectacle construit pour faire de l'argent (du pur Romero qui, pourtant, travaillait ici avec les studios MGM). Bref, Romero m’a scotché, chamboulé, ému. Du grand cinéma.

Ed Harris et Tom Savini

L'avis de Jonathan C : Si Knightriders fut un énorme bide à sa sortie en 1981 et est tombé dans un tel oubli qu’il est aujourd’hui difficile de le voir, George A. Romero peut se targuer d’avoir réalisé le seul et unique « film de bikers médiéval », ou quand Les Chevaliers de la Table Ronde rencontrent Easy Rider. D'autant plus fort qu'il l'a fait pour le compte d'un grand studio, en l'occurence ici la MGM ; à se demander comment ils ont pu accepter de financer un tel projet. Dans cette fresque de 2h25, les motos remplacent les chevaux, et ces chevaliers-motards (parmi lesquels Tom Savini dans son meilleur rôle) se livrent à des duels de joute et à de véritables combats en moto afin de défendre ou défier le Roi (Ed Harris dans son premier grand rôle). Les premières images du film montrent un Ed Harris nu en train de se flageller et de méditer au milieu de la nature en compagnie de sa nana aux gros seins : oui, ça sent le délire bizarre et cheap, et pourtant…

Knightriders est le film le plus marginal, le plus étrange, le plus atypique et le moins connu du cinéaste, et c’est pourtant l’un de ses meilleurs films, une œuvre hallucinante et romanesque qui parvient à transcender son pitch absurde, à justifier de façon crédible son mélange improbable chevaliers + motards et à contourner le kitsch pour amener une très belle réflexion sur les rêves et les idéaux, explorant de nouveau le conflit entre l’individualisme et la communauté. La farce révèle un visage humain. S’ils ont d’abord l’air d’une bande de bouffons dégénérés menés par un roi complètement illuminé et vivants dans leur trip en communauté en pleine cambrousse (ou le temps semble s’être arrêté pour eux), Romero montre peu à peu, en prenant son temps afin qu’on s’attache à ces marginaux, qu’ils ne sont pas plus fous que n’importe qui et qu’ils sont simplement portés par des idéaux nobles qui les obligent, en un sens, à vivre de cette façon (car les idéaux nobles ne sont plus adaptés à la civilisation). Knightriders renvoie à une poignée de westerns (Seuls sont les indomptés, Bronco Billy, Big Jake...) qui mettaient en scène des cowboys complètement décalés dans leur époque. Les chevaliers-motards de Knightriders sont un peu comme ces cowboys déchus qui se sont retranché en communauté car n’étant plus adaptés (et plus acceptés) par la société. Et c'est paradoxalemet dans une communauté qu'ils sont le plus libres. Knightriders peut d’ailleurs être vu comme un western, et le superbe personnage de Ed Harris comme le Kirk Douglas de Seuls sont les indomptés (les deux hommes subissent le même sort, comme les deux motards d'Easy Rider).

Knightriders est un film clairement anarchiste (proche de la mentalité hippie de l’époque) dont l’une des dernières scènes, édifiante et hilarante, voit un flic tabassé par un Ed Harris en armure sous les applaudissements des clients d’un fast-food ! Si Knightriders est amusant, généreux en combats de motos et en cascades douloureuses (les cascadeurs étaient-ils inconscients ?), il se termine dans une émotion totale qu’on n’attendait pas, une fin bouleversante et flamboyante malgré un spectacle final trop long car sans réels enjeux (mais y voir ces personnages heureux comme des gosses, le sourire ému d'Ed Harris ou même les larmes de Tom Savini, a quelque chose de très touchant). Et tandis que résonne le thème héroïque (composé par Donald Rubinstein) qui semblait si ringard au début et qui prend maintenant tout son sens et toute sa puissance, Knightriders s’impose, entre deux décennies, comme un chant du cygne multiple et sonne le glas des chevaliers, motards, cowboys, hippies et héros.

 

Dredd
Dans une ville violente du futur où la police multiplie les fonctions (juge, jury et bourreau), un flic fait équipe avec une apprentiejuge pour arrêter un gang qui vend de la drogue SLO-MO...

Dredd

L'avis de Richard B : Bien que le tournage de Dredd ait commencé en novembre 2010 et se soit terminé en mars 2011, au Cap en Afrique du Sud, le film se dévoile seulement en cette fin d'année 2012. Résultat des courses, le film subit de front la comparaison avec The Raid qui possède un certain nombre de similitudes dans son scénario (écrit ici par Alex Garland a qui on doit Sunshine ou encore Never let me go). Si clairement Pete Travis (Angles d'attaque) n'a pas le savoir-faire et la maîtrise de Gareth Evans pour filmer l'action (bien qu'ici certaines fusillades soient loin d'être ridicules), le réalisateur profite d'un climax passionnant (une Amérique post-apocalyptique, avec d'un côté une Terre maudite  et de l'autre Mega-City One, une ville animée par le crime et le fascisme) et surtout d'un personnage ultra charismatique comme Dredd (dont Paul Verhoeven s'inspira pour son Robocop). Beaucoup plus fidèle à l'oeuvre de John Wagner que le film de Danny Cannon de par le fait que le personnage ne quitte jamais son casque et que l'hémoglobine fuse de toute part, il est difficile de na pas prendre son pied cela même si quelques idées de mise en scène sonnent parfois faux (certains ralentis sont vraiment ridicules). Dans cette nouvelle version, exit le Juge Hershey pour accompagner Dredd dans ses aventures et bonjour au Juge Psi Anderson (cela pourrait d'ailleurs annoncer la potentielle présence du juge Death dans une éventuelle suite). Le film de Pete Travis est radicalement différent de celui de Danny Cannon et offre donc une totale autre vision du personnage et de l'univers qui l'entoure, et même si Sylvester Stallone avait la classe ultime pour jouer Dredd, Karl Urban est loin d'être aussi ridicule que certains le laissaient présager et interprète le personnage avec une certaine justesse (même s'il n'a pas la voix aussi impressionnante que l'ami Sly). Bref, je suis client sur ce premier Dredd et j'espère même rapidement une suite tant il y a encore beaucoup à dire.

Dredd Lena Headley

L'avis de Jonathan C : Après presque deux ans de post-production maladive pendant laquelle le réalisateur Pete Travis s’est fait viré du montage (comme Simon West sur Expendables 2) alors repris par son scénariste-producteur Alex Garland, la nouvelle adaptation de Dredd pointe enfin le bout de son nez, 17 ans après celle, mal-aimée, avec Sylvester Stallone, qui ne manquait pourtant pas de qualités : une parfaite incarnation du personnage en Stallone, des plans iconographiques qui en jettent, un aspect too much très comics-book, une musique épique d’Alan Silvestri, des punch-lines à foison, un casting attachant (excepté le sidekick Rob Schneider)… Mais les intentions de ce nouveau Judge Dredd étaient d’être plus fidèle au comics, en accentuant notamment la violence (le film de Danny Cannon avait été censuré de tous ses plans gores). Et quand bien même le réalisateur soit celui du foiré Angles d’attaque (prototype du film à concept qui s’épuise au bout d’une demi-heure), la présence de l’auteur et scénariste de Danny Boyle aux commandes du projet avait de quoi rassurer, d’autant plus qu’il s’agit là d’une production totalement indépendante.

Alors qu’ils effectuaient un raid pour capturer un dangereux suspect, Dredd (Karl Urban) et sa nouvelle recrue Anderson (Olivia Thirlby) sont pris au piège dans un immeuble sordide contrôlé par une grande criminelle (Lena Headey), qui propose à tous les habitants d’éliminer ces forces de l’ordre.

Si le pitch vous rappelle quelque chose, c’est que vous avez vu The Raid. Mais point de plagiat ici : la production de Dredd a commencé bien avant celle de The Raid, et Dredd fait plutôt référence à Die Hard. La comparaison avec The Raid fait assez mal (avec Die Hard aussi, d'ailleurs), dans le sens ou le film indonésien est bien plus impressionnant et brutal niveau action et mise en scène alors qu’il a couté 4 fois moins cher. Dredd est moins dans la continuité que dans les fulgurances : les scènes d’action y sont brèves mais intenses, mais le récit traine en longueurs (c’est du film de couloirs) et il n’y a aucun morceau de bravoure, si ce n’est peut-être la course-poursuite complètement gratuite de l’intro et ce défouraillage urbain pyrotechnique et "prédatorien" duquel tente d’échapper Dredd. The Punisher - War Zone (autre adaptation de comics hardboiled qui n’a pas couté grand-chose) était plus généreux sur ce point.

Cela dit, Dredd surprend agréablement sur d’autres points. Le film est effectivement très violent graphiquement : les corps sont transpercés, écrabouillés, noyés dans des gerbes de sang. Certaines idées (le Slo-Mo, la grenade aveuglante, la télékinésie…) sont directement prises en compte dans la mise en scène et rendent la plupart des scènes d’action très sensorielles, comme figées dans l’instant fatidique. Ces effets sont très tape-à-l’œil, tapageurs mais aussi immersifs et parfois jouissifs (les corps criblés de balles au ralenti : c’est gore et salement réaliste !). Ces outrances visuelles, quoique souvent gratuites (par exemple la scène délirante ou Anderson s’infiltre par télépathie dans la tête du bad guy), s’intègrent en tout cas parfaitement dans le traitement abordé : univers high-tech proche du cyberpunk, atmosphère hardboiled, décors sombres, sales et glauques, musique électro qui pulse, personnages minimalistes (chacun est réduit à son unique fonction : pas de psychologie ou de bons sentiments ici), etc. Le fait d’être une production indépendante rend cette adaptation plus hardcore, plus trash, moins conventionnelle, même s’il y avait encore moyen d’aller plus loin. A vrai dire, ça ressemble parfois à du Danny Boyle (une grande influence sur Alex Garland), mais hélas Pete Travis n’est pas Danny Boyle…

Même s’il n’a pas la prestance et le charisme d’un Stallone, Karl Urban assure sous le casque (qu’il garde du début à la fin : on ne voit pas une seule fois son visage, comme dans la BD) et impose surtout sa voix, qui lance forcément à un moment le fameux « Je suis la Loi ! ». L’économie verbale de Dredd est parfois amusante. Olivia Thirlby, de laquelle je suis amoureux depuis Si j’étais toi avec David Duchovny, peut sembler trop jolie et trop innocente dans ce monde de brutes, mais quand elle passe à l’action ça pardonne pas, et son pouvoir de télékinésie (son personnage est une mutante) est assez bien exploité, même si le procédé est un peu facile et fait gagner beaucoup de temps (et d’invraisemblances) à nos héros. Lena Headey fait une méchante vraiment charismatique (les maquillages l’ont bien esquinté et lui donnent un visage ravagé), inquiétante, grimaçante et coriace qui change un peu des bad guys masculins habituels.

Si le budget modeste limite les scènes d’action (vivement une suite avec plus de moyens), il est exploité pour une prod design réussie, notamment les superbes plans larges en scope sur la cité et les contre-plongées écrasantes sur le bâtiment, sans oublier les armures aussi classes que réalistes des Juges et le flingue multifonction qui fait rêver. Les décors intérieurs se répètent mais il y a suffisamment d’idées pour ne pas que les personnages y tournent en rond (l’intervention des méchants juges rapproche pas mal ce Dredd de Universal Soldier: Regeneration). Dredd se pose ainsi comme une grosse série B violente, nerveuse, badass et excessive qui ne manque pas d’idées mais qui ne fait pas non plus dans le film d’action old school carburant à la punch-line (d’ailleurs les punch-lines sont assez rares ici ; les personnages préfèrent flinguer que parler). Plein de défauts mais fun avant tout, ce Dredd ne manque pas de caractère.

Dredd

 

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