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Critique du roman : Les Furtifs [2019], par Nathalie Z.

Avis critique rédigé par Nathalie Z. le mardi 28 mai 2019 à 19h00

Un roman sonore pour fêter le Vivant !

Il y a déjà trop longtemps, La Horde du Contrevent avait réveillé la littérature par son érudition et son originalité. Alain Damasio avait frappé fort et juste. Entre temps, ses autres écrits, très bons, n’étaient pas aussi percutants d’un point de vue littéraire mais étaient clairement engagés politiquement. C’était donc avec excitation que nous attendions tous le nouvel opus de l’écrivain : Les Furtifs. J’ai pris le temps de le savourer, de le digérer mais aussi de rencontrer l’auteur avant de vous en parler aujourd’hui. Au passage remercions la Volte qui, il y a presque 20 ans, a donné une chance à cet auteur hors norme.

Damasio, une écriture au-delà des mots

Avant d’aborder le fond du roman, parlons de sa forme si particulière qui est un peu la marque de fabrique de l’auteur. L’écriture d’Alain Damasio dans cette œuvre est foisonnante, sonore et colorée. Presque de la synesthésie ! L’entrée peut être brutale si vous n’avez jamais lu cet auteur et cependant, si vous vous plongez dans le roman, vous n’en ressortirez plus. Son accès est plus facile que celui de la Horde, comme il me l’a dit de façon ironique « c’est presque de la littérature blanche ». C’est en tout cas, une œuvre plus mature. Alain Damasio a fait du jeu de rôle de 15 à 20 ans et cela a profondément marqué sa démarche d’écriture. Il commence par construire les fiches des personnages principaux, ici 6 : caractéristiques, background, rapport aux autres, au monde, à soi mais aussi aux furtifs. Chaque personnage a une typo associée et un bloc stylistique : syntaxe, registre de langue (l’argot de gitan et le lexique du gamer saupoudré d’un peu de Johnnisme pour Toni par exemple contre l’éloquence proustienne de Sahar) et sonance. La sonance est la dominante de phonèmes, la couleur des sons prononcés. Ces sons ont une part essentielle dans l’histoire et dans la sensation envoutante de la lecture. Lire des extraits à voix haute est un véritable plaisir d’autant que certains morceaux sont des chansons, des poèmes et du slam. Puis le personnage évolue, s’éloigne peu à peu de sa fiche et prend son envol. Damasio se garde une partie d’improvisation pour son intrigue dont il ne définit au départ qu’une ligne directrice. Cette spontanéité de l’écrit se ressent parfaitement et tranche avec une structure littéraire très élaborée : chaque mot compte.

Une histoire d’amour en fil rouge

Les Furtifs raconte l’histoire de Lorca Varèse et de son ex-femme Sahar, de leurs divergences depuis la disparition de leur fillette Tishka. Cette relation entre deux parents brisés par le malheur est le cœur de l’œuvre comme Tishka est le centre de leur univers. Lorca n’accepte pas la mort potentielle de son enfant et poursuit ses recherches. Sahar en est à l’acceptation, sa fille adorée est morte, et si elle souffre, elle continue pourtant sa vie.

L’amour n’est pas le seul sentiment fort du roman, la joie est très présente, elle explose dans ce monde terrible d’enfermement. Elle est intense, subite, puissante et inattendue. Une bouffée de bonheur pris en pleine face par le lecteur au détour d’une page. Des larmes de joie ont coulé le long de mes joues pendant la lecture tout comme aussi des larmes de peine. Mais ici la joie n’est pas que la fête, c’est aussi la résistance ! Le pouvoir ne vous contrôle jamais aussi bien que quand vous êtes abattus et tristes. A l’inverse, la joie ne peut être métabolisée par le pouvoir. La force de Damasio est d’avoir rendu outre les sons, la joie, le bonheur palpable par son écriture.

Autour de la quête pour retrouver la fillette se tisse un thriller étologique où le concept de pensée vivante est très développé. Le personnage de Varech offre une voix à l’auteur pour transmettre ses idées inspirées du philosophe du vivant Morizot.

Une dystopie optimiste !

La science-fiction anticipe et parle d’un présent hypertrophié. Cet aspect est indispensable et offre au lecteur un regard neuf sur son époque via un futur proche induit de ce présent. Notre histoire se déroule en France en 2040, dans seulement 20 ans. Ce roman n’est pourtant pas de la hard-science : la technologie y est très présente mais pour l’impact sociologique, politique et également écologique qu’elle a sur cette société. L’I.A personnalisée a ainsi une place importante dans la France décrite, elle est l’alter ego digital, elle représente cette intimité à la portée du capitalisme, le techno cocon égotiste et auto-aliénant qui ternit voire brise le lien aux autres humains. L’image est ultra présente et pesante dans notre monde et dans cette société imaginée par Damasio. Cette œuvre dépeint une lutte entre son et image. 70% de nos perceptions sont visuelles mais le son est libérateur. Le personnage de Saskia, la traqueuse phonique, le prouve à chaque instant. En revisitant le mythe d’Orphée et de la Gorgone, il prouve que la vue n’est plus essentielle. Le personnage principale n’est jamais décrit physiquement mais grâce à des sons et au langage, c’est fluide et le lecteur la voit dans son esprit.

Dédicaces personnalisées pour chaque lecteur

Ce livre possède donc une strate supplémentaire, celle de la dystopie politique : des villes privatisées où selon le forfait souscrit les accès aux lieux et aux logements sont différents. Face à cette société inique et limitative, des mouvements alternatifs émergent, ils sont nombreux et variés dans le roman comme autant de pistes pour éviter cet écueil liberticide qui nous pend au nez. Et là réside l’optimisme de l’œuvre, dans tous ces espoirs d’un monde meilleur, plus humain et plus proche de la planète (attention aucune mièvrerie ici) et dans la nécessité de combattre pour notre avenir. Un appel à la révolution !

Une ode au vivant

Sans être décrit physiquement, les furtifs prennent pourtant vie dans cette œuvre. Créatures relevant de la légende urbaine pour le peuple, l’armée consacre une section secrète pour en chasser et en étudier. Ces furtifs vivent dans les angles morts, ce sont des êtres de chairs et de sons, à la vitalité hors norme, animaux fantastiques qui ne cessent de se métamorphoser. Mais impossible d’en capturer vivant : s’ils sont vus, ils se figent, deviennent un morceau de céramique, une véritable œuvre d’art, mais inerte. On ne peut apprivoiser les furtifs que par le son. Ces furtifs s’allient au vivant, ils sont le vivant, personne ne les voit, mais on les ressent. La capacité de l’auteur à rendre les sons visibles est impressionnante. Dans toutes les œuvres de Damasio, celle-ci est la plus haute incarnation du vivant, ce qui, et il le dit lui-même, il n’avait pas réussi à faire précédemment. Dans La Zone du dehors, il cherchait un extérieur au monde aliénant. Dans La Horde du Contrevent, par sa narration polyphonique, il avait développé le lien avec la nature, les autres et soi-même mais il lui manquait quelque chose. Il l’a trouvé avec Les Furtifs. Il lui manquait le mouvement. Il voulait lier son œuvre au mouvement, celui vif des idées, la pensée vivante. Dans son nouveau roman, la langue métabolise ce mouvement, en particulier dans le personnage de Tishka.

Les Furtifs est un roman qui entremêle avec brio le précepte, l’affect et le concept. Sa fin ouverte est forte et réussie. La furtivité comme envers de la trace pose des questions sur le devenir de notre société. La joie et l’amour inonde le texte qui est une véritable ode à la vie. Un spectacle vivant se liant aux arts numériques est en préparation en lien avec le roman. La bande son offerte avec l’achat du grand format, Entrer dans la couleur, est une lecture sonorisée de Damasio de quelques extraits clés du roman. Il est accompagné de Mood, une jeune femme à la voix envoutante. La musique de Yan Péchin sublime cette lecture mais si vous n’avez pas lu le roman, vous allez vous gâcher certains passages émouvants de l’œuvre.  

Alain Damasio présentant son nouveau roman dans la librairie bordelaise La Zone du Dehors

Conseils de lecture :

Choisissez un moment de calme pour savourer le son des mots,

N’écoutez pas la bande son avant d’avoir lu l’ouvrage, elle est une lecture en musique de passages de l’œuvre et non un fond sonore d’accompagnement,

Prenez le temps de lire chapitre par chapitre, le découpage des chapitres est réfléchi et correspond au rythme d’écriture de l’auteur : ils forment une unité de composition et de récit, un biotope avec son type d’histoire.

La conclusion de à propos du Roman : Les Furtifs [2019]

Nathalie Z.
99

Dans une société saturée de visuels, Alain Damasio nous offre un roman sonore, une ode au vivant, une histoire d’amour et une dystopie politique teinté d’optimisme. L’auteur réussit à entremêler plusieurs strates et à nous faire ressentir le mouvement des furtifs grâce à une langue vivante : chaque personnage a sa syntaxe, son phonème dominant, sa façon de s’exprimer. Ce roman est une expérience littéraire, un engagement politique et un moment de joie. Ne passez pas à côté !

On a aimé

  • Une expérience littéraire sonore impressionante
  • Une dystopie politique teintée de joie et d'optimisme
  • Une vision du présent exacerbée, un futur possible
  • Une ode au vivant

On a moins bien aimé

  • Une lecture exigeante difficile pour les plus jeunes (plus accessible que la Horde)

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