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Critique du livre : Les Pionniers de la Fantasy [2010], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 14 décembre 2010 à 17h22

De William Morris à J.R.R. Tolkien

Auteur de cet ouvrage, Lyon Sprague De Camp (1907-2000) est considéré par une partie de ses détracteurs comme étant plus un habile opportuniste qu'un écrivain talentueux. Il rejoint ainsi la liste de ces personnalités (où l'on peut y trouver aussi Lin Carter et August Derleth) qui sont accusés d'avoir construit leur réputation à partir d'œuvres ne leur appartenant pas de fait - pour le cas de Sprague de Camp, il s'agit des nouvelles de Robert E. Howard. Si cette accusation n'est pas complètement irréfutable, elle doit être certainement modérée, notamment quand on l'accuse d'avoir fait preuve de malhonnêteté. En fait, il semble évident que le but principal de ce "disciple" ait été de pérenniser l'œuvre d'un auteur qu'il admirait profondément et même si on peut aujourd'hui lui en vouloir d'avoir un peu trop digressé sur les nouvelles d'Howard, il est certain qu'il a contribué à la survie de ces magnifiques histoires. L'homme a d'ailleurs souffert, durant une partie de sa vie, de cette réputation répandue par quelques "puristes" ne trouvant dans ses nouvelles (et celles de Lin Carter et Björn Nyberg) que de mauvais textes apocryphes. On le remarque nettement à la lecture de la biographie d'Howard, au ton parfois mélancolique, présente dans cet ouvrage.

Dans Les pionniers de la fantasy, la démarche de Lyon Sprague de Camp est de nous présenter ceux qu'ils considèrent comme les fondateurs de ce genre aujourd'hui si populaire. Evidemment, son choix est très subjectif et même s'il est évident qu'il sait de quoi il parle, on peut s'étonner de constater qu'il cite à peine des auteurs majeurs comme J. B. CabellClive S. Lewis (aujourd'hui très en vogue avec l'adaptation cinématographique des Chroniques de Narnia) ou Abraham Merritt et qu'il survole rapidement, à travers une rapide biographie, un nouvelliste reconnu comme Fritz Leiber - Le Cycle des épées étant aujourd'hui considéré comme un grand classique de la sword & sorcery. A ce sujet, il est bon de signaler que Lyon Sprague de Camp préfère le terme heroic fantasy, plus généraliste, et qu'il inclus dans ce dénominatif des sous-genres comme la sword & sorcery, la faërie et même, dans certains cas (ses critères sélectifs restent bien flous), la science fantasy - il ne consacre cependant pas un chapitre à Edgar Rice Burroughs, se contentant de le citer dans la liste des influences et dans son essai où il consacre quelques lignes à Tarzan et à John Carter (Le Cycle de Mars).

On ne trouve pas plus trace de Michael Moorcock (auteur intéressant qui taille en pièces le concept de surhomme avec Elric le Nécromancien), ni de Jack Vance, et encore moins de Marion Zimmer Bradley ou d'Ursula K. Le Guin. Cela peut étonner tant ces auteurs sont cités aujourd'hui comme des références dans le domaine de la fantasy mais cela peut s'expliquer facilement. En fait, Les pionniers de la fantasy date de 1976 et Lyon Sprague de Camp s'attarde à nous y présenter les auteurs qui ont façonné sa propre assise littéraire. Sprague de Camp ayant débuté sa carrière dans les années 30, le mot "pionnier" prend alors là toute sa mesure - il n'emploie pas le mot "maître", ce n'est pas sans raison. Sprague de Camp parle donc assez peu de ses contemporains (et souvent amis), du moins ceux qui ont commencé à écrire après les années 50. Il ne parle d'ailleurs pas de sa personne.

C'est Lin Carter qui le fait pour lui. Dans une introduction de 22 pages (tout de même!), Lin Carter nous dresse un portrait sans concession de celui qui fut son mentor et ami. Il n'hésite d'ailleurs pas à exprimer son désaccord concernant les choix effectués par Sprague de Camp pour la construction de cet ouvrage (apparemment, Lin Carter, en homme de gout, est un fan de Cabell). Cette présentation est très enrichissante car la vie de Sprague de Camp est riche en rencontres extraordinaires et l'homme a participé activement à l'histoire des magazines pulps.

Cette introduction de Lin Carter est suivie par un essai partisan (comme tous les essais, me direz-vous) portant sur les concepts exploités par l'heroic fantasy, notamment ceux de surhomme et de "bon sauvage". Avec un ton parfois dur, parfois cynique, l'essayiste s'attaque ici aux "vertus" du primitivisme romantique (Rousseau en prend pour son grade) cultivé par bon nombre de ces écrivains à l'origine de la fantasy qu'il accuse parfois de faire preuve d'utopisme immature et d'idéalisme réactionnaire. L'argumentaire développé par Sprague de Camp est bien entendu discutable, surtout que le regard apparait comme un peu daté et qu'aujourd'hui, nombre de critiques modernes lui adresseraient sans doute les mêmes reproches. Ce chapitre de 32 pages est néanmoins très intéressant, de part sa nature documentaire (avec une intéressante chronologie) et par sa manière de lancer des débats.

Suivent alors neuf biographies (plus une rapide présentation dans un chapitre final de Catherine L. Moore, Henry Kuttner, Norwell W. Page et Fritz Leiber): le poète William Morris, féru de culture nordique, traducteur de sagas, il souvent considéré comme le père de l'heroic fantasy; le britannique Lord Dunsany, qui, avec notamment La Fille du Roi des Elfes, est l'un des inspirateurs de TolkienHoward Phillips Lovecraft, plus pour sa contribution à Weird Tales que pour ses écrits fantasy; E.R. Eddison, auteur oublié de The Worm Ouroboros, pièce maitresse du genre; Robert E. Howard, le célèbre créateur de Conan (mais pas que.); Fletcher Pratt, l'un des amis et collaborateurs de Sprague de Camp; le grand poète Clark Ashton Smith, qui a écrit quelques excellentes nouvelles fantasy dans Weird Tales; J.R.R. Tolkien, auteur de Bilbo Le Hobbit et le Seigneur des AnneauxT.H. White, a qui nous devons notre actuelle vision du mythe arthurien (la tétralogie de La Quête du Roi Arthur, dont le premier tome fut adapté par Disney). Bref que du beau monde, il est incontestable que toutes ces personnalités ont leurs places dans cet ouvrage (même si pour Pratt, l'aspect affectif a dû influencer Sprague de Camp).

Toutes ces biographies sont accompagnées de bibliographies éclairées - comprenez par là que Sprague de Camp les accompagne de commentaires engagés, et argumentés. Bien développées et riches en dates et en détails, elles ne présentent pas toutes cependant le même niveau d'intérêt. Ainsi, pour ce qui concerne Robert E. Howard et J.R.R. Tolkien, même s'il est toujours intéressant de multiplier ses références, force est de dire qu'il a été fait mieux depuis - le travail effectué par Patrice Louinet sur Howard et son œuvre est par exemple de lecture bien plus enrichissante. En fait, Les pionniers de la fantasy se révèle donc plus intéressant quand Lyon Sprague de Camp se penche sur des auteurs moins populaires (Fletcher Pratt) ou finalement peu étudiés (Lovecraft). Le livre, dans ces moments, se révèle passionnant et instructif, fourmille de conseils de lecture et, quand l'auteur a eu la chance de connaitre l'écrivain de son vivant, nous offre même quelques amusantes anecdotes. On apprend également énormément de choses sur la légendaire revue Weird Tales, ses relations (parfois difficiles) avec les auteurs, et l'orientation de ses lignes éditoriales.

La conclusion de à propos du Livre : Les Pionniers de la Fantasy [2010]

Nicolas L.
73

A travers neuf portraits détaillés de grands écrivains, Sprague de Camp nous offre avec ce livre un intéressant regard sur l'histoire de la fantasy. Si l'on peut trouver datés certains de ses éléments (l'ouvrage fut édité en 1976 - soit bien avant le "boom" Dungeons & Dragons et la trilogie de Jackson - et certains textes le composant sont même plus anciens) et si Sprague de Camp ne prétend à aucune exhaustivité, le contenu se révèle toutefois à la fois très instructif et d'agréable lecture. Certainement pas un indispensable, mais un livre qui ne manquera pas d'intéresser tous les amoureux du genre.

Que faut-il en retenir ?

  • De lecture agréable
  • La découverte d'auteurs injustement oubliés
  • Un parcours chronologique intéressant
  • Une réelle valeur documentaire

Que faut-il oublier ?

  • L'inévitable élément subjectif
  • Quelques auteurs importants "oubliés"
  • Un livre datant de 1976

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