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Critique du film : Survival of the Dead [2010], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 20 avril 2010 à 23h33

Quand Romero fait dans le zombie récréatif

Protégée par les eaux baignant la côte du Delaware, la population de la petite île de Plum pense être à l'abri de l'anarchie secouant le monde depuis que les morts se sont relevés. Cependant, malgré leur relatif isolement, ils finissent par être touchés, eux aussi, par les conséquences de l'épidémie. Des divergences d'opinion surgissent alors, des désaccords sur la conduite à tenir qui, amplifiés par d'anciennes rancoeurs, vont plonger la population de Plum Island dans une situation conflictuelle. C'est alors que débarque sur l'île un petit groupe de gardes nationaux en cavale...

Avec Diary of the Dead, George A. Romero s'était essayé au style "cinéma vérité" avec  plus ou moins de bonheur, pour nous offrir au final une œuvre moyenne mais pas inintéressante. Hors, si l'on ne peut blâmer cet énergique septuagénaire de s'essayer à un autre genre narratif, force est d'admettre que cette initiative avait quelque peu déstabilisé une fanbase prenant comme mesure étalon sa célèbre trilogie (La Nuit des morts-vivants, Zombie, Le Jour des morts-vivants). Beaucoup d'entres eux se sont offusqués de ne pas retrouver dans Diary of the Dead l'âme créatrice et le sens critique du réalisateur, l'accusant de surfer sur un phénomène de mode. Autant l'annoncer de suite: ces mécontents risquent d'être encore plus secoués par Survival of the Dead!

Dans ce film, on pourrait même dire que George A. Romero brise complètement son image de "zombiemaker" sérieux. Non pas par la nature du scénario ou par le choix artistique (comme il le fit dans Diary of the Dead) mais par la forme narrative. En effet, si l'on se penche sur la nature même du récit, on constata que George Romero reste dans le domaine qu'il exploite depuis ses débuts. Le cinéaste nous propose ici un véritable western (on pense surtout aux Rivaux de Painfull Gulch, un album de Lucky Luke!) - avec sa rivalité de propriétaires terriens et des zombies jouant le rôle des indiens - ce qui, au final, concorde parfaitement avec la mythologie construite par le réalisateur. On a donc droit à l'habituel affrontement entre deux factions et deux points de vue (que l'on retrouve dans tous les films de Romero) arbitré par un tiers qui sera chargé de trancher la situation (dans les deux sens du terme) afin de mettre un terme au conflit.

Dans Survival of the Dead, c'est la manière d'appréhender le problème des zombies qui entraine l'affrontement des deux groupes humains (comme dans Le Jour des morts-vivants). Si les uns sont pour une éradication totale de la menace via l'exécution pure et simple de tous les contaminés de l'île, les autres sont partisans d'une méthode moins radicale, en parquant les zombies afin de mieux les étudier, voire les domestiquer (la méthode n’en est pas pour autant plus humaine, et même quelque peu négrière). C’est l'arrivée sur l’île des déserteurs (il s'agit des gardes nationaux devenus brigands aperçus dans Diary of the Dead), trainant dans leur sillage un leader insulaire banni, qui va mettre le feu aux poudres.

L'on se trouve finalement face à des enjeux tout à fait "romerien" avec une intrigue laissant apparaitre quelques légères touches d’éléments sociaux, politiques et philosophiques. Au détour des séquences, à travers quelques plans superbes, on retrouve même la puissance dramatique du cinéaste, cette façon romanesque de mettre en scène l'horreur et le désespoir. On retiendra surtout la poignante scène des deux enfants zombies enchainés dans leur chambre ou la superbe séquence où une cavalière zombie chevauche un étalon lancé au galop. Parfois, donc, on retrouve bien la patte du maître et Survival of the Dead apparait, à ce moment, de manière évidente, comme un  film du réalisateur de Zombie. Parfois, mais pas toujours, car le réalisateur a glissé dans son métrage un élément inattendu (un intrus, crieront certains): l'humour.

Oh, certes, Survival of the Dead n'est pas Shaun of the Dead ou Bienvenue à Zombieland. On n'y trouve pas de buddy débile, pas de comique slapstick ni de grosses blagues potaches, mais il est évident que le ton est bien plus léger que dans les autres films de Romero, à la limite de l'irrévérence envers un genre que le cinéaste a lui-même bâti.  Le métrage est donc assaisonné d’un humour noir presque omniprésent, ponctué de quelques gags, qui encourage la mise en place d’une ambiance proche de celle du Retour des morts-vivants, le bijou de Dan O'Bannon. Un zombie qui se fait exploser la tête, le dessus de son crâne restant retombant sur le bas de son visage comme le couvercle d'une casserole; un zombie-allumette sur lequel le héros allume sa cigarette; l'explosion d'une grenade qui laisse sans protection des tireurs - au regard ahuri - réfugiés dans un hangar; un pêcheur qui se retrouve avec un zombie au bout de son hameçon, toutes ces séquences sont quelques exemples d’une inattendue atmosphère décontractée, apte à faire rire jaune certains fans.

De plus, cet apport humoristique, inhabituel chez Romero, voit son impact amplifié par des effets visuels CGI ultra-cheap, à la limite du ridicule. Pour citer un exemple, la séquence des têtes de zombie empalées a provoqué l'hilarité générale au lieu de terrifier ou de traumatiser. Un choix d'autant plus étrange que les effets de maquillage, très présents et explicites vers la fin du film, sont plutôt de bonne facture (Gregory Nicotero oblige) et abordés de manière très sérieuse. A coté de cela, si l’on approche le domaine purement technique, le film n’est pas mauvais. La réalisation est correcte, riche en variations de plans, et le rythme ne retombe jamais (le montage est excellent), ce qui nous fait oublier un peu le manque de force des dialogues et les personnages un peu trop stéréotypés.

Pour ce qui est de l’interprétation, si George A. Romero n’a jamais été un grand directeur d’acteur, il ne fait pas ici moins bien. On peut même affirmer que le niveau d’interprétation général est assez correct. Au dessus du lot se placent Kenneth Welsh, convaincant dans le rôle du leader partisan de l’extermination, suivi de près par son adversaire, interprété par Richard Fitzpatrick (qui, en vieillissant, ressemble de plus en plus à Jean-Marie LePen). Quelques détails viennent cependant gâcher la fête, comme Kathleen Munroe, convaincante en fille mal aimée mais quasiment grotesque dés qu’elle s’amuse à adopter une démarche de zombie, et Alan Van Sprang, qui cabotine de trop. Bref, en ce qui concerne le casting, le bilan est mitigé, comme pour la plupart des films de George Romero (Land of the dead étant une exception).

La conclusion de à propos du Film : Survival of the Dead [2010]

Nicolas L.
60

Au final, Survival of the Dead est nettement moins mauvais que l’on ne le crie sur les toits. Maintenant, est-il digne de figurer dans la filmographie de George Romero ? La question est légitime mais, personnellement, je pense que oui. Et tant pis si je passe pour un traitre. De toute manière, le réalisateur assume d’ailleurs pleinement son film, qui, intrinsèquement, est largement supérieur à bon nombre de zombies movies qui noient actuellement les linéaires des loueurs de DVD. Donc, pour finir, un conseil : ne lancez pas la pierre à Romero avant d’avoir vu Survival of the Dead.

Que faut-il en retenir ?

  • Une réalisation correcte
  • Quelques belles séquences
  • Un rythme bien soutenu
  • Les effets de maquillage
  • Un humour inattendu mais assez efficace

Que faut-il oublier ?

  • Les fans de Romero ne vont pas tous apprécier
  • Des effets CGI ultra cheap
  • Un niveau d’interprétation moyen

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