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Critique du roman : World War Z [2009], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 19 mars 2010 à 18h08

Quand mon ennemi s'appelait Zack

Le monde est devenu tout blanc. J’avais les oreilles qui bourdonnaient. Je me suis figé… des mains s’agrippaient à moi, me saisissaient aux bras. J’ai frappé au hasard, je me suis débattu, j’ai senti mes couilles se couvrir d’un liquide chaud. J’ai hurlé, mais je n’entendais même plus ma propre voix. Encore d’autres mains, plus fortes cette fois. Quelqu’un essayait de me soulever. Et je hurlais, et je me débattais, et j’insultais la terre entière, je pleurais…

Voilà douze années que s’est achevée la plus terrible des guerres. Un conflit universel qui a menacé d’extinction la race humaine. Cette fois-ci, l’ennemi ne fut pas les forces militaires d’un pays voisin, les commandos suicides de fanatiques religieux, pas plus que des hordes d’aliens descendus de leurs astronefs. Non, ce fut bien pire. Ce fut une invasion de morts !

Sortis de leurs tombes, les zombies ont commencé à attaquer les promeneurs isolés, puis les villes, mordant leurs victimes et les contaminants à leur tour. En fait, il a  fallu du temps pour que les gens et les pouvoirs publics prennent au sérieux toutes les rumeurs se faisant l’écho d’attaques de morts-vivants (vous y croiriez, vous, avec toutes les conneries qui tournent actuellement sur l’Internet et dans les émissions de télévisions ?). Quand ce fut fait, il était déjà bien trop tard. Les zombies étaient partout.

Finalement, la Vie et la Mort l’ont emporté sur la Non-Vie. Les zombies ont aujourd’hui rejoint leurs tombes. Mais la guerre fut longue et la face du monde en est désormais changée.  Des nations ont disparu, d’autres les ont remplacées. Cuba, comble de l’ironie, est maintenant la nation la plus riche du monde et la Russie est devenu un Saint Empire. D’autres pays, jadis prospères, comme les Etats-Unis, l’Europe et la Chine ont du mal à relancer leur économie tant leur population est devenue faible. Le monde est en pleine reconstruction.

On a pris une femme, une fois. Elle marchait toute seule en tirant une de ces valises à roulettes qu’on voit souvent dans les aéroports. Elle avait l’air inoffensive, comme ça, seule sous la pluie. C’est sans doute pour ça que maman a poussé papa à s’arrêter. Elle s’appelait Pattie et venait de Winnipeg…/… Elle s’est mise à pleurer en nous remerciant. Moi, j’étais fière de mes parents, du moins jusqu’à ce qu’elle éternue et qu’elle sorte un mouchoir de sa poche…

L’auteur de World War Z a été chargé par l’office de la CPTNU (Commission Post-Traumatique des Nations Unies) de recueillir des témoignages de guerre dans le but de constituer un dossier. Nous sommes plus de dix années après la fin du conflit et il est temps de récupérer un maximum de données utiles. Reconverti globe-trotter, il a donc parcouru ce nouveau monde, interrogeant vétérans et survivants désormais reconvertis dans différents secteurs de la vie civile ou militaire - quand ils ne sont pas invalides ou internés dans des hôpitaux  psychiatriques.  Mais le fruit de son travail, jugé trop humain, pas assez « mathématique », fut rejeté. L’auteur l’a donc mis à la disposition du public.

Ecrit d’une plume facile et directe, World War Z regroupe un grand nombre de témoignages (des textes de longueur et d’intérêt variables) réunis dans huit grands chapitres chronologiques (Premiers symptômes, La faute, La Grande Panique, Retournement de situation, Première ligne, Autour du monde et ailleurs, Guerre totale, Adieux). Les personnes interrogées sont d’origines sociales et de nationalités diverses et leurs souvenirs sont constitués de récits allant du drame intimiste (destruction des repères sociaux, perte de l’être cher, exode de masse et camps de réfugiés) aux récits de bataille (les défaites du début de la guerre, puis, enfin, les premières victoires).  Chaque témoin redonne ainsi vie ce conflit, en y glissant ses émotions et ses ressentiments.  Sa colère, parfois.

Afin de construire ce roman, Max Brooks (fils de Mel Brooks et d’Anne Bancroft) s’est évidement inspiré de ces mémoriaux regroupant les témoignages des vétérans de la deuxième guerre mondiale. Il y a ensuite glissé un thème de science-fiction horrifique : les invasions de morts-vivants, issus de l’univers du cinéaste George A. Romero. Ainsi, il est amusant de constater que le pamphlet cinématographique sur les problèmes raciaux qu’est en fait La nuit des morts-vivants se voit, quarante ans plus tard, être à l’origine d’une sorte d’essai détourné (puisque le point de vue n’est pas celui de l’auteur mais de témoins fictifs) portant sur le désagrégement de ce colosse aux pieds d’argile qu’est notre civilisation.

Le premier G que j’ai aperçu était plutôt petit. Un gamin, probablement, difficile à dire. Son visage était déchiqueté, la peau, le nez, les yeux, les lèvres, même ses cheveux et ses oreilles… pas complètement arrachés, mais en lambeaux qui pendaient de-ci de-là, ou bien vaguement accrochés au crâne…/… Il a claqué plusieurs fois des dents pendant que je m’approchais. J’ignore comment il a pu savoir que j’étais là, peut-être que son odorat fonctionnait encore un minimum, ou son ouïe, qui sait ?


Pour réussir son œuvre, il était nécessaire que l’ensemble dégage sincérité et réalisme. En effet, World War Z ne présente aucun héros, aucune structure romanesque pouvant encourager le lecteur à continuer, page après page, l’exploration d’un monde en guerre contre un ennemi bien peu charismatique. De plus, étant donné que ce livre est un recueil de témoignage écrit douze années après la fin des hostilités, l’on est également conscient d’un dénouement heureux (pour les humains, tout du moins), un fait pouvant quelque peu désamorcé tout suspense. Il fallait donc impérativement que cela sonne « vrai ».

Max Brooks a réussi ce défi via la mise en place d’une énorme quantité de données techniques et géopolitiques et en explorant de nombreuses voies construites sur le principe de conditionnel - répondant à la question « Et si ?.. ». Chaque personnage a donc une histoire différente à raconter, en fonction de son positionnement géographique et de sa situation au début des hostilités. Certains textes, où l’auteur va très loin dans le drame, sont terriblement graves dans le registre post-apo (comme l’exode massive dans le nord canadien), d’autres sont plus héroïques, ou même aventureux.  Tous ces récits ont comme point commun une grande richesse dans le détail, celui qui rend les choses crédibles (une réflexion pertinente, la mise en forme d’une entité politique ou militaire, l’introduction de termes techniques et géopolitiques ou, plus simplement, des témoins au comportement très marqué).  L’ironie est souvent présente, Max Brooks n’hésitant pas à mettre en avant la vénalité de l’esprit humain, responsable en partie de l’expansion de l’épidémie (comme les passeurs chinois, terrible facteur de contagion). Le romancier lorgne même parfois du coté de l’acidité humoristique de son père quand il interroge certains responsables politiques et militaires chargés de certaines opérations menées en temps de guerre.

Evidemment, tous ces textes ne présentent pas le même intérêt. On peut argumenter, certes, que c’est le cas pour tous les vrais recueils de témoignage, mais il n’empêche que la deuxième partie du livre, plus romanesque, est moins réussie, un peu trop légère dans son argumentation. Cela devient même parfois un peu politiquement douteux avec cette « reconquista » où Max Brooks fait preuve d’un américanisme un brin trop exacerbé. Le récit présente également quelques lacunes et incohérences dans le traitement des zombies. On s'étonne ainsi que le crâne de Zack résiste aux pressions des grandes profondeurs mais pas à un coup de pelle sur la tête.  L’auteur cède également à la facilité en restant très vague sur le processus de désinfection et la mise en route de l’industrie de guerre.

La conclusion de à propos du Roman : World War Z [2009]

Nicolas L.
80

Malgré quelques défauts dans sa deuxième moitié, World War Z est une réussite. Max Brooks parvient à nous délivrer ici un roman atypique, très réaliste, via une démarche originale : celui du recueil de témoignages. Le personnage principal du roman n’est donc pas un individu, mais le monde, tout simplement. Un monde en crise qui se dévoile sous nos yeux à travers des entretiens fictifs chronologiquement classifiés, bourrés de détails et d’idées géniales.

Que faut-il en retenir ?

  • Une approche très originale du roman de zombies
  • Un roman terriblement accrocheur, et même souvent passionnant
  • Mélange savamment dosé d’horreur, de drame, d’ironie et d’héroïsme

Que faut-il oublier ?

  • Une deuxième moitié un peu moins réussie
  • L’auteur cède parfois à la facilité

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