Critique L'île des souvenirs [2026]

Avis critique rédigé par Bastien L. le jeudi 22 octobre 2026 à 09h00

Tayo Na

Critique de la version française

L'animation américaine s'est grandement internationalisée avec des équipes multiculturelles dont l'influence se fait clairement ressentir comme le prouve L'île des souvenirs.

Avant d'être un film sur l'amitié, L'île des souvenirs est surtout un film de potes. Il est l’œuvre des deux réalisateurs Joel Crawford et Januel Mercado qui travaillent ensemble chez DreamWorks depuis Kung Fu Panda 2 (2011) et qui ont réalisé ensemble le très bon Chat Potté 2 en 2022. Les deux compères, accompagnés du même producteur Mark Swift, ont écrit cette histoire se déroulant dans les Philippines des années 1990 en référence aux origines de Mercado. Le film va ainsi proposer de nombreuses créateurs du folklore philippin et pleinement ancré son histoire, donc ses héroïnes, dans ce pays. L'idée va plus loin car si la majorité de la production de ce film en images de synthèse s'est faîte au sein de DreamWorks Animation, les passages en 2D ont été confié au studio philippin Snipple Animation habitué aux sous-traitances de cartoons américains. Doté d'un confortable budget de 80 millions de dollars, le film sort sur les écrans d'abord américain en septembre 2026 puis jusqu'à un mois après dans le reste du monde. L'accueil critique fut globalement favorable mais les résultats domestiques assez décevant ne récoltant que 60 millions au moment où ces lignes sont écrites.

Le film se déroule donc aux Philippines dans les années 1990 alors qu'on assiste à la rencontre deux écolières devenant les meilleures amies du monde. D'abord Jo étant assez turbulente et surtout passionnée par le monde imaginaire de Nakali présenté réel par sa grand-mère qui lui raconte souvent son séjour passé. La seconde, Raissa, est une génie scientifique qui s'avère bien plus discrète faisant aussi la fierté de son aimante famille. Les deux amies vivent 1001 aventures ensemble et restent inséparables en grandissant. Du moins jusqu'à que Raissa annonce qu'elle part étudier en Californie tandis que Jo ne semble vivre que de petits boulots après le décès de sa grand-mère. Malgré quelques réticences, Raissa suit son amie pour une dernière nuit de folie qui semble tourner court après une dispute. Néanmoins cela déclenche l'ouverture d'un portail qui leur permet enfin de découvrir Nakali, l'île des souvenirs. Elle s'y réveillent le lendemain avec quelques surprises, notamment esthétiques, et surtout une perte de mémoire de ce qu'elles ont fait depuis qu'elles sont arrivées. Seul Raww, un étrange chien-garou, peut les aider à retourner chez elles. Mais elles vont devoir retrouver la mémoire mais aussi échapper à la meurtrière créature, Manang, qui les poursuit car Raissa porte ses ailes...

Le scénario de L'île des souvenirs est assez inégal offrant de bonnes surprises comme des éléments trop classiques voire décevants. Le film fait furieusement penser à une sorte de mélange entre Le Monde de Narnia et Very Bad Trip (gros film de potes) plongé dans les Philippines et son folklore. Le problème étant le début réellement poussif qui semble cocher toutes les cases des scènes vues et revues entre l'exposé du personnage trop impliqué ou encore les archétypes que sont les héroïnes avec Jo l'artiste incomprise et turbulente face à Raissa la timide génie répondant aux ambitions de sa famille. Jusqu'à la dispute qui les envoie dans un monde imaginaire qui pourrait symboliser la dernière partie de leur enfance avant de réellement se plonger dans des études sérieuses. Le film déroule ainsi sa thématique principale centrée sur l'amitié qui est un rempart contre la solitude et dont les souvenirs qui en découlent sont des moments si précieux qu'ils nous définissent. Un message positif qui fonctionne pour un jeune public qui est clairement pris au sérieux. Le film nous dépeint de nombreux personnages isolés sur qui cette situation pèse pouvant entraîner des mauvais choix (la colère, la vanité, l’enfantillage ou encore la vie par procuration). Malgré ses défauts et clichés, L'île des souvenirs est pleinement l’œuvre de ses auteurs qui semblent avoir pu aller au bout de leurs idées.

Le film fonctionne aussi par son univers original autour du folklore philippin et le monde de Nakali qui dispose de ses peuples comme de ses lieux phares mais aussi des personnages plus uniques comme Raww et Manang. Une sorte de méchante vampire à l'aspect inquiétant et ayant la faculté de séparer son corps en deux. On vous laisse découvrir le reste des créatures que propose ce métrage très coloré aux influences asiatiques certaines et qui souhaite nous faire vivre un divertissement total. De l'action (les courses-poursuites avec Manang), de l'aventure (récupérer la mémoire des héroïnes), de l'humour (sous toutes ses formes), un réel dépaysement comme de l'émotion (autour de l'amitié parfois contrariée)... Un spectacle total qui peut néanmoins fatiguer à la longue avec la profusion d'effets comme de musiques des années 80-90 qui tentent toujours d'activer notre attention... Le film a du mal à pleinement se poser et veut toujours en faire trop. On apprécie néanmoins sa direction artistique très colorée qui reste dans la lignée du Chat Potté 2 avec un aspect dessin animé très présent ici influencé par l'Asie. On pense souvent à des animé quand il s'agit de surjouer les réactions des personnages ou dans certains affrontements comme répliques adoptant clairement un esprit shonen jusqu'au cliché du pouvoir de l'amitié...

Avec le budget et l'expertise des équipes de DreamWorks Animation, on s'attend évidemment à de la qualité et on l'obtient devant un film d'animation très rythmé. Comme depuis une dizaine d'années, de nombreux films ne cherchent plus le photo-réalisme et tentent une approche plus cartoon et surtout inspirés de l'animation traditionnelle ou des comics comme des mangas. L'île des souvenirs s'inscrit dans cette tendance que les deux réalisateurs avaient adopté sur Le Chat Potté 2. Joel Crawford et Januel Mercado proposent des choix de mise en scène assez judicieux que cela soit une esthétique MTV autour des délires des deux héroïnes se faisant souvent en musique ou l'animation quelque peu saccadée de Manang. Ils nous offrent aussi des scènes d'action très plaisantes menées tambour battant avec des passages impressionnants. Sans oublier une bonne maîtrise de la comédie que cela soit dans le rythme des dialogues ou les trouvailles visuelles. Néanmoins, cette volonté d'offrir plusieurs styles d'animation et la cadence infernale du montage participe à ce sentiment de trop plein pour ne pas dire de pot-pourri par moments. Et puis, encore une fois, la réalisation paraît souvent trop clichée. Pour ce qui est du casting français, rien à redire tant il est de qualité pour tous les personnages. Citons pour l'anecdote la participation du plus philippin des chanteurs français : Billy Crawford...

On vous le conseille si vous aimez Raya et le dernier dragon, Le Chat Potté 2 : la dernière quête, Very Bad Trip...

La conclusion de à propos du Film d'animation : L'île des souvenirs [2026]

Auteur Bastien L.
67

L'Île des souvenirs offre un divertissement familial total qui veut autant nous émerveiller que nous faire rire, nous faire frissonner ou nous offrir de belles émotions autour de la thématique de l'amitié. Cela fonctionne globalement même si le métrage en fait parfois bien trop et a eu du mal à correctement digérer ses influences et sa générosité jusqu'à une certaine indigestion. Malgré ses qualités artistiques, son univers original et sa galerie de personnages attachants, l'ensemble s'avère aussi bien trop classique comme cliché sur différents points.

On a aimé

  • Un univers original
  • La galerie de personnages
  • Un divertissement total

On a moins bien aimé

  • Trop classique
  • Trop cliché
  • Un aspect pot-pourri

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