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Critique du téléfilm : L'odyssée [1997], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 3 janvier 2008 à 13h58

La grande traversée selon Homère

Suite à son célèbre fait d’armes (ou plutôt son coup de malice) qui a permis aux Hellènes, après dix ans de siège infructueux, de s’emparer de la ville de Troie, Ulysse, le cœur emplie de présomption, défie les dieux, prônant l’indépendance de la race humaine. Poséidon prend alors ombrage de cet acte irrespectueux et promet à Ulysse et ses compagnons des années de malheurs et de déboires. Une punition divine qui se traduit par un retour mouvementé des Hellènes vers les terres d’Ithaque, une errance douloureuse durant laquelle le héros grec va voir périr tous ses amis et faire d’extraordinaires rencontres…
Nausicaa aux bras blancs, Polyphème, Calypso, Charybde, Scylla, les Lotophages, Circé, tous ces dieux et demi-dieux qui habillent le poème épique d’Homère ont rarement été portés à l’écran. En effet, hormis l’assez moyen peplum de Mario Camerini sorti en 1864 – avec Kirk Douglas dans le rôle principal -, les spectateurs n’ont guère eu l’occasion d’admirer en « live » l’une des plus belles histoires jamais contées. C'est alors qu'en 1997, probablement conscient de ce fait, le producteur italo-américain Francis Ford Coppola prend l’initiative de mettre en chantier une luxueuse œuvre télévisuelle portant sur le mythe.


Ainsi, bénéficiant d’un budget confortable, le réalisateur russe Andrei Konchalovsky peut construire sans trop de contraintes le film qu’il désire - d’autant plus qu’il a grandement participé à l’écriture du scénario. Cinéaste alors connu pour ses performances dans le cinéma d’action (Runaway Train, Tango & Cash) et riche de son passé théâtral, Andrei Konchalovsky choisit avec astuce d’édulcorer l’aspect philosophique du poème homérique pour mettre en valeur les rebondissements épiques de cette quête, mais il prend tout de même bien garde à mettre en évidence que les errances d’Ulysse ne sont que les éléments d’un processus de rédemption et de prise de conscience. Un subtil mélange d’aventure et de réflexion sur soi-même qui aboutit à un long téléfilm de 3 heures.
Filmé sur et dans les environs de l’île de Malte, l’Odyssée présente de magnifiques décors, baignant dans une atmosphère méditerranéenne enchanteresse. Le cinéaste, au gré des rencontres d’Ulysse, personnalise son récit et nous emmène dans les lointaines terres de Phénicie, de Libye et d’Egypte à travers des défilés de costumes de grand luxe, portés par des comédiens talentueux. De plus, cerise sur le gâteau, l’histoire de la patience et de l’amour de Pénélope pour son mari n’est pas inférieure à la trame générale, tant du point de vue dramatique qu’émotionnel, avec parfois l’introduction de séquences d’une surprenant théâtralité classique (cela peut surprendre, comme lorsque la mère d’Ulysse se livre aux flots malgré les « tragédiennes » suppliques de Pénelope). On aboutie à un curieux mais volontaire mélange de deux styles, le classicisme russe avec ses tableaux vivants et la fresque hollywoodienne pleine d’héroïsme exacerbé.

Impressionnante est également la performance d’Armand Assante. Acteur peu connu mais très doué (il fut d’ailleurs le seul à se sortir grandi du traquenard 1492 de Ridley Scott), il impressionne de bout en bout. Il s’attarde surtout à doter le personnage d’Ulysse d’un profil psychologique complexe. Sous ses traits (furieusement marqués au fil et à mesure que s’écoulent les années), le héros n’est guère sympathique, souvent imbu de sa personne et sûr de son bon droit. Une humanisation qui rend le personnage d’une grande crédibilité, très loin de la naïve imagerie habituelle. A coté de lui évolue aussi un casting de grand luxe. Si Isabella Rosselini aurait sûrement été plus convaincante en Aphrodite qu’en Athena, tous les autres comédiens sont parfaitement à leur place et très à l’aise dans leurs rôles respectifs ; avec une mention spéciale à Vanessa Williams, tout simplement « divine » sous les traits d’une Callypso d’ébène.
Au niveau technique, l’Odyssée est l’un des premiers téléfilms de luxe (comme ceux qui seront produits ensuite par Hallmark USA) à utiliser le « tout numérique » pour les effets spéciaux. En 1997, on en est encore aux balbutiements de ces techniques et les effets bon marché de qualité n’existent pas encore. Malgré tout, les résultats sont tout à fait honorables (malgré quelques petits soucis de raccords) et dépassent même en qualité d’incrustation certaines productions plus récentes, comme par exemple le pitoyable Supernova que j’ai eu le malheur de revoir hier soir.

La conclusion de à propos du Téléfilm : L'odyssée [1997]

Nicolas L.
75

Si le téléfilm d’Andrei Konchalovsky ne suit pas à la lettre le poème épique d’Homère, on ne peut lui reprocher une absence de cohérence. A la fois classique et moderne, le script est habilement mise en valeur par une réalisation habile et sans effet superflu et porté par une interprétation de très haut de gamme, notamment celle de Armand Assante, qui est tout bonnement stupéfiant dans ce rôle difficile. Certains spectateurs le trouveront peut-être un peu longuet et manquant de fougue, mais il était difficile de faire autrement sans complètement effacer la dramaturgie poétique de l’œuvre…

Que faut-il en retenir ?

  • Somptueux décors et costumes
  • Elégant mixage de narration classique et moderne
  • Interprétation hors pair, avec un Armand Assante remarquable
  • Réalisation au service de l’œuvre

Que faut-il oublier ?

  • Effets spéciaux aujourd’hui un peu léger
  • Probablement un peu longuet pour certains

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