Critique Never Alone [2014]
Avis critique rédigé par Bastien L. le samedi 9 mai 2026 à 09h00
Le renard et l'enfant
Critique de la version PS4
Les jeux vidéos sont souvent des entrées vers des univers merveilleux, des imaginaires incroyables mais aussi des cultures bien réelles qui nous sont rendues accessibles comme avec Never Alone.
Ce jeu américain fait clairement partie de ceux qui souhaitent nous ouvrir les yeux et les esprits sur une autre culture sans pour autant être un serious game ou du ludo-éducatif. Derrière ce projet il y a toutefois un éditeur, E-Line Media, qui affiche clairement l'ambition de rendre nos jeux plus utiles afin de nous ouvrir au monde. Et parmi leurs projets il y a Never Alone qui a été fait en collaboration avec une association défendant les populations natives d'Alaska. Notamment le peuple Iñupiat dont la légende Kunuuksaayuka selon le conteur Robert Nasruk Cleveland est ici adaptée. Pour ce faire, le réalisateur Sean Vesce va monter un éphémère studio sur place intégrant des Iñupiat nommé Upper One Games. Ce projet indépendant réussira à faire parler de lui jusqu'à sa sortie en dématérialisé sur PC, PS4 et Xbox One en novembre 2014 (des portages sur WiiU, PS3, mobiles et Switch suivront). L’accueil fut globalement favorable avec de réelles réserves néanmoins. Le jeu connaîtra un DLC, Foxtales, en 2015. Il faut ensuite attendre février 2022 pour que E-Line Media annonce une suite développée en interne toujours pas sortie à ce jour.

Le récit met en scène la fillette Nuna dont le village est en partie détruit par un blizzard sans fin mettant tout le monde en péril. Partie enquêtée sur ce phénomène, elle est séparée des siens et est bientôt poursuivie par un ours affamé avant d'être sauvée in extremis par un renard polaire. Ce dernier décide de l'accompagner dans sa quête. Elle va devoir braver beaucoup de dangers et rencontrera quelques alliés dont des esprits ou un étrange individu lui donnant des bolas magiques capables de débloquer des chemins. Un instrument qui attirera l'attention sur elle d'un homme appelé le prédateur qui va donc la poursuivre dans la neige, les glaces flottantes et d'autres lieux à découvrir. Notre héroïne fera tout pour découvrir l'origine du blizzard et sauver les siens.
Never Alone est un jeu assez court (environ 3 heures) qui s'apprécie comme un conte car il est raconté comme tel. Notamment via un narrateur qui s'exprime avec la langue locale (le jeu est entièrement sous-titré en français) afin de donner plus d'ampleur aux aventures de Nuna. Un récit plein de péripéties et d'êtres merveilleux qui évidemment se base sur le folklore et les croyances Iñupiat ou plus généralement Inuits comme on dit plus généralement par facilité. Ce conte initiatique, parfois cruel et souvent enchanteur, nous plonge dans cette culture sans jamais être didactique avec un aspect universel racontant beaucoup sur le lien entre les êtres humains et leur environnement. Effectivement, Nuna va découvrir que tout ce qui l'entoure peut être un danger que cela soit le vent, les glaces, la mer, les animaux... Mais aussi que cet environnement peut être autant source de survie que d'émerveillement pour ne pas dire de magie. Un récit qui présente parfaitement les cultures de ces contrées glacées où les animaux comme la glace aident à la survie tandis que les esprits du jeu peuvent être vus comme l'expérience des anciens transmis aux plus jeunes comme solidarité d'une communauté mais aussi pour perpétuer cette survie.

Never Alone a été développé sur le célèbre moteur Unity dans ce qu'on appelle de la 2,5 D (un gameplay 2D dans un environnement 3D) qui sont certes assez classiques dans ses graphismes. Néanmoins, la direction artistique est vraiment très intéressante car déjà plutôt originale. Jouer dans cette ambiance arctique s'inspirant des folklores locaux est dépaysant et les développeurs ont vraiment fait un effort pour offrir des décors différents mais terriblement cohérents dans cet espace géographique si particulier. Les différents esprits et autres créatures ont un réel cachet et évoquent de réels phénomènes naturels comme les aurores boréales pour ne citer qu'un exemple. On apprécie aussi la qualité des animations notamment pour les deux héros. Après il faut avouer qu'on a vraiment affaire à un petit jeu dont la modestie des moyens se voit clairement techniquement avec malheureusement de nombreux bugs. Néanmoins, si cette plongée dans la culture Iñupiat vous a plu, sachez qu'il y a plus de 20 courtes vidéos vous expliquant le mode de vie et la culture de ce peuple. C'est instructif comme un bon documentaire de vulgarisation.
Comme il a été dit, Never Alone n'est pas un jeu ludo-éducatif mais un titre mélangeant plates-formes et réflexion. Notre héroïne et le renard vont devoir traverser de nombreux niveaux principalement en sautant et en dégageant des passages parfois poursuivis par des ennemis. Un gameplay assez simple qui bénéficie néanmoins de quelques ajouts car le renard peut grimper aux murs, faire des wall-jumps comme se faufiler dans des passages étroits. Quant à Nuna, elle peut pousser des caisses comme utiliser ses bolas pour détruire des murs de glace ou invoquer des esprits. Il va donc falloir bien réfléchir aux capacités de chaque personnage afin de progresser dans un titre ou l'aspect puzzle est léger et qui nous propose un multijoueur en local (sinon on peut changer de personnage si on est seul). Never Alone est par ailleurs un de ces jeux parfaits pour initier les plus jeunes à notre passion des jeux vidéo.

Malgré toutes ces possibilités, Never Alone ne brille pas pour son gameplay. Il s'avère assez classique pour ne pas dire décevant. Les phases de plates-formes sont agréables mais on est à des lieux de ce que le genre est capable de proposer en termes de sensation comme de level-design. Il y a bien quelques bonnes idées comme la gestion du vent ou des plates-formes que le second joueur doit bouger mais rien de bien révolutionnaire. Toutefois il y a un événement du jeu qui entraîne une transformation de gameplay mais on vous laisse découvrir la surprise. Cela permet de bien relancer l'intérêt. Le principal problème vient néanmoins des bolas dont l'utilisation souvent cruciale (notamment lors des poursuites) est contre-intuitive au possible. Il y aussi de nombreux bugs montrant que le titre manque de finitions entre des personnages qui se bloquent dans les airs ou des scripts qui peinent à se déclencher nous obligeant de relancer le dernier point de sauvegarde heureusement nombreux. Si jouer au titre est plaisant, il faut avouer qu'il est réellement imparfait à ce niveau.
On vous le conseille si vous aimez Nanouk l'Esquimeau, Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre, God Of War...
La conclusion de Bastien L. à propos du Jeu Vidéo : Never Alone [2014]
Never Alones est un jeu attachant grâce à son originalité et la manière dont il a parfaitement su mélanger jeu vidéo et démarche à visée culturelle. Une œuvre qui s'apprécie comme un conte fantastique dans les étendues froides de l'arctique aux côtés de deux héros mignons comme tout. Dommage que le gameplay soit si classique et que le manque de finition se fasse autant ressentir.
On a aimé
- Dépaysant et intructif
- Des personnages mignons comme tout
- Une jolie aventure à partager
On a moins bien aimé
- Assez court
- Techniquement assez basique
- Gameplay souvent simpliste