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Critique du Film : Europa Report
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Critique du Film : Europa Report

Avis critique rédigé par Jonathan C. le lundi 20 janvier 2014 à 0110

Un ticket pour l'espace

Une odyssée spatiale en found-footage ? Voilà qui est excitant. En effet, Europa Report adapte ingénieusement à la sauce found-footage le genre de l'expédition spatiale (à savoir des survivals dans l'espace comme Les Naufragés de l'espace, Apollo 13, Solaris, Moon, Sunshine, Mission to Mars, Event Horizon, Planète Rouge ou récemment Gravity et The Last Days on Mars) ou même sous-marine (Sphère, Abyss…), dont on retrouve ici les codes et certains passages obligés (les problèmes techniques, la sortie risquée dans l'espace pour réparer le vaisseau, l'astronaute à la dérive laissé pour mort, les moments de complicité entre les astronautes, l'astronaute malade, la visite de la planète inconnue, la découverte extraterrestre…) mais filmés d'une façon assez inédite, même si le médiocre Apollo 18 avait déjà tenté le mélange, sans succès et plus orienté épouvante/horreur que pure science-fiction (il était vendu comme un "Paranormal Activity sur la lune"). Europa Report reste cependant conscient de ses références, voir par exemple l'utilisation furtive du Danube Bleu en guise de clin d'oeil à 2001, l'odyssée de l'espace.

Partant d'un postulat réel exploitant la Sixième Lune de Jupiter qu'on appelle Europa (et dont il était déjà question chez Arthur C. Clarke et dans le film de Stanley Kubrick) et s'inspirant d'un documentaire (notamment d'images rapportées de missions spatiales), Europa Report relate la mission d'un équipage international de six astronautes envoyés sur Europa pour y chercher d’éventuelles traces de vie. Mais le voyage sera évidemment fortement perturbé par des défaillances techniques et, surtout, par un atterrissage catastrophique qui perd tout contact avec la Terre, laissant les astronautes seuls sur cette planète inconnue.

Si la structure narrative est assez maladroite et hasardeuse (une première partie inutilement bordélique, des témoignages face caméra pas nécessaires, l'intense séquence de l'accident spatial casée n'importe comment…) là où le récit aurait gagné à se dérouler de façon plus linéaire, Europa Report propose une immersion aussi saisissante que réaliste dans l'espace, immersion renforcée par une bande-son soignée (ambiance sonore absorbante et musique tantôt berçante tantôt crispante du compositeur de Walking Dead) et par une esthétique found-footage ici aussi justifiée que bien exploitée (les plans en caméra subjective fonctionnent parfaitement) et surtout discrète voire minimaliste. Étonnamment pour un petit budget, cette aventure spatiale est très crédible et donc très prenante, bien que l’on puisse légitimement et comme d’habitude pester contre les choix et réactions de certains protagonistes (mais ferait-on aussi bien à leur place dans l'urgence et le stress de la situation ?). La force de cet Europa Report, c'est de proposer un espace auquel on peut croire, à coups de détails scientifiques réels.

Réalisateur du film de serial-killer exotique Investigations avec John Leguizamo et Alfred Molina, et du thriller romantique Rabia, deux films que soutenait déjà Guillermo Del Toro, l’équatorien Sebastián Cordero créé ici des effets saisissants avec trois fois rien, si ce n'est l'apport précieux de deux collaborateurs expérimentés qui font la différence et qui avaient déjà travaillé sur ses précédents films : Eugenio Caballero, production designer sur Le Labyrinthe de Pan, The Impossible, Les Runaways ou Resident Evil : Extinction, et Enrique Chediak, chef opérateur chevronné de 127 heures, 28 semaines plus tard, The Faculty, Repo Men, Paradise Lost, Red 2 ou Intruders, donc un expert dans la science et la manipulation des images. Affichant quelques superbes plans spatiaux en dépit d'un budget réduit, Europa Report est ainsi d'une tenue visuelle largement au dessus de la plupart des found-footage (y compris d'un The Bay), à quelques exceptions près dans le registre de la science-fiction (Chronicle et Cloverfield). La forme semi-documentaire, par ailleurs très maitrisée et toujours d'une parfaite lisibilité en dépit des nombreuses caméras utilisées (on en oublie même qu'il s’agit d'un found-footage), n'empêche pas d'être émerveillé par l'aspect conquête de l'espace, l'exploration scientifique et la découverte extraterrestre, même si le suspense prédomine sur le reste.

Europa Report est un vrai survival spatial en huis-clos, chaque astronaute de cet équipage international périssant un à un dans une atmosphère de panique de plus en plus prégnante, fiévreuse et oppressante. Ces pertes mettent en avant le thème du sacrifice au nom de la science et de la découverte. Les astronautes restent sommairement caractérisés (mais cependant attachants par cette simplicité) car ce sont ici les faits qui comptent, ce qui est plutôt logique dans ce contexte puisque l'être humain doit s'effacer pour la découverte scientifique, dont il n'est qu'un rouage technique. Malgré les codes bien présents qui rendent le récit assez prévisible, la réalisation maintient une sacrée tension mêlée à un parfum de mystère angoissant, l’impression de claustrophobie fait son effet (avec le doute et la folie créées par le sentiment d'isolement) et certaines séquences sont de très efficaces poussées d'adrénaline (la sortie pour réparer le vaisseau, la première expédition sur la planète inconnue, la tentative de redécollage, le final stressant à souhait…). La séquence de l'astronaute partant à la dérive dans l'espace est certes moins impressionnant que dans un Gravity ou même un Mission to Mars, mais elle n'en reste pas moins émotionnellement très forte (surtout grâce à l'acteur) et réellement étouffante (grâce au point de vue adopté et à l'idée du plan-séquence).

Un peu comme dans Sunshine, l'équipe est ici composé d'un casting international de qualité : le suédois Michael Nyqvist (le détective des Millénium, le méchant de Mission : Impossible 4), la roumaine Anamaria Marinca (la révélation de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, remarquée ensuite dans La Comtesse de Julie Delpy), le sino-américain Daniel Wu (Gen X Cops, Naked Weapon, Le Tour du monde en 80 jours, New Police Story, Protégé), le sud-africain Sharlto Copley (le héros de District 9, le bad guy de Elysium et Oldboy version Spike Lee, et Murdock dans L’Agence tous risques), l'américain Christian Camargo (Guns 1748, K-19 : Le Piège des profondeurs, Démineurs, Benjamin Gates et le livre des secrets, Twilight : Révélation et Dexter) et la très jolie polonaise Karolina Wydra (une top model remarquée dans Soyez sympas rembobinez, Crazy Stupid Love, True Blood et Dr. House, et surtout la pub Nespresso avec George Clooney), tandis que Dan Fogler (un type rigolo vu dans Fanboys, Charlie les filles lui disent merci, Balles de feu, Une Soirée d'enfer et Hôtel Woodstock) et Embeth Davidtz (inoubliable dans Evil Dead III : l'armée des ténèbres, vue ensuite dans La Liste de Schindler, Matilda, Le Témoin du mal, The Hole, 13 fantômes, L'Homme bicentenaire, le Millénium de David Fincher, The Amazing Spider-Man et Californication) fournissent quelques explications sur Terre.

Alternant péripéties, sacrifices, quotidien, découvertes, interviews et flash info, Europa Report avance à un rythme nerveux et intrigue quant à la probabilité d'une existence extraterrestre sur la planète visitée. Emballante et bien foutue, cette modeste odyssée spatiale à petit budget et en found-footage, dans l’ombre du monstre Gravity et débarquant après la salve des blockbusters SF de 2013, captive l’attention et se trouve sa propre personnalité en exploitant des codes pourtant bien connus dans le genre. Dommage que Europa Report ne soit pas sorti au cinéma de par chez nous (il sort directement en DVD le 24 Janvier 2014 chez Metropolitan), l’expérience sur grand écran méritait le détour et devrait être moins impressionnante chez vous.

La conclusion de

Avec Europa Report, Sebastián Cordero, poulain de Guillermo Del Toro, adapte intelligemment les codes du film d’exploration spatiale au style du found-footage, pour un mélange bien plus réussi et efficace qu’un Apollo 18. C’est un peu comme si Apollo 13 et Abyss étaient mixés à la sauce found-footage. Il en ressort une esthétique réaliste (et soignée), une reconstitution crédible de l'espace (on s'y croirait) ainsi qu’une tension constante accrue par des situations stressantes (dans la logique « effet boule de neige » typique du genre), et ce en dépit d’un petit budget ingénieusement exploité. Entre conquête spatiale fantasmatique, survival anxiogène, sacrifices pour la science et découverte extraterrestre fascinante, Europa Report passe de l’émerveillement à l’angoisse, dégageant même une certaine émotion dans quelques intenses séquences mais aussi dans la simplicité du quotidien des astronautes. Le suspense fonctionne à plein régime et le film intrigue de bout en bout, quand même bien le récit se repose sur une structure fragile (des séquences pas toujours bien placées), sur quelques invraisemblances, et sur les stéréotypes et passages obligés du huis-clos spatial/sous-marin qui rendent ainsi l’ensemble assez prévisible (mais non moins captivant). Une modeste réussite et agréable surprise qui vient se nicher dans l’ombre de Gravity.

Que faut-il en retenir ?

  • Une esthétique found-footage pour une fois soignée et justifiée, un casting international de qualité, une atmosphère spatiale prenante et crédible, des situations stressantes

Que faut-il oublier ?

  • Dans les faits : que du classique et prévisible, une structure narrative maladroite

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