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Critique du roman : Cavalier rouge : Edo #2 [2012], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 14 mars 2012 à 00h26

Un autre cheval sortit: il était rouge feu

Quand je suis motivé, je viens trois à quatre fois par semaine. Au début, je morflais. C’était avant de me faire un nom dans le milieu. J’enchainais les combats, sous les beuglements des spectateurs. C’est pire que le Colisée romain ici. Les gars réclament un show, du spectacle. Du sang. Ils veulent pas un truc dans le genre du catch ricain, où les coups sont chorégraphiés comme Le lac des cygnes. Plus c’est gore, plus ça plaît. Un jour, j’ai arraché un œil à mon adversaire, avec la boucle de ma ceinture. Les mecs étaient hystériques. Je suis devenu leur chouchou après ça. Leur champion, comme ils disent. Tu parles d’une gloire. Pas de quoi se la péter…

Edo Halilovic est ce que l’on pourrait appeler une ordure. Fils d’émigrés bosniaques, cet adolescent violent, à la limite du tueur sociopathe, mène une vie de rapine et d’affrontements meurtriers. Individu plein de rancœur et de haine, délaissé par un père ivrogne et une mère absente, Edo ne présente qu’une seule faiblesse : l’amour qu’il ressent envers Anel, son jeune frère, un enfant un peu timoré qu’il surprotège.  Puis, un jour, Edo va se découvrir un don extraordinaire, celui de lire dans le cœur des gens et d’en faire ressortir les pires aspects. Une monstruosité qu’il pense parvenir à dompter, grâce à ses rencontres avec Noël Leidecker, le psychologue du lycée, l’introverti Rahaël Candelat et, surtout, la douce Noémie. Mais il est écrit qu’Edo ne sera jamais celui qu’il a, le temps d’un instant, espéré devenir…

Pour ce deuxième tome de la série Apocalypsis, la jeune auteure Eli Esseriam reste sur les mêmes principes qui ont fait les qualités – et les défauts – du précédent opus. On assiste cependant à un petit changement d’univers. Usant une nouvelle fois d’une narration en focalisation interne, Eli Esseriam nous transpose du monde super-protégé d’Alice Naulin à celui, nettement plus sauvage, de la rue. Le ton utilisé est donc plus dur, plus « viril », ce qui génère une bonne impression de renouvellement de cet environnement lycéen qui sert de décorum à ces deux premiers épisodes.  Pour ce qui est de l’intrigue, paradoxalement, si l’entame du roman est plus sévère que celle de Cavalier blanc: Alice, son déroulement suit presque un processus inverse, avec une lente humanisation du personnage principal qui, de fortement antipathique, finit par devenir attachant. Au final, on appréciera les intentions d’Eli Esseriam, qui sont de proposer à un public « jeune adulte » une œuvre éloignée des habituelles bluettes acidulées qui envahissent les rayonnages de la littérature jeunesse.

Pour autant, Cavalier rouge : Edo n’est pas totalement dénué de défauts. Au-delà du fait qu’il met encore une fois en vedette un personnage central peu aimable (une décision osée mais nullement condamnable), le choix de traitement peut sembler parfois étrange. En effet, si la romancière a choisi (à raison) d’user d’une prose « populaire » pour nous aider à nous familiariser avec l’univers d’Edo, elle use d’un vocabulaire parfois un peu trop évolué et prête à son personnage principal une culture peu en phase avec son monde et son éducation (comme plus haut, où il cite Le lac des cygnes).  On peut également trouver un peu facile la révélation d’une prédestination qui se fait via un rêve (cela a cependant l’avantage d’éviter le délicat élément théologique exploité dans le premier tome). 

Malgré ces petites remarques, Cavalier rouge : Edo se révèle de très agréable lecture, même pour un lectorat adulte. Le rythme est bon, le récit exploite habilement ses éléments réalistes, use de symboliques amusantes (la moto d’Edo est évidemment rouge) et les rapports entre les personnages évitent le cliché autant que possible (un exercice difficile quand l’on traite d’un environnement de bahut). Eli Esseriam soigne les personnages secondaires et parvient, malgré une faible pagination (235 pages) à donner du relief à Drita la tenancière, Noël le brave « ologue » et Béal, le véritable salopard de l’histoire. Elle ne manque pas aussi d’introduire, comme dans le premier roman, quelques éléments tirés de ses expériences personnelles et professionnelles. Elle dresse d’ailleurs un portrait très peu flatteur du milieu hospitalier,  qu’elle connait très bien. Enfin, signalons aussi que, comme Cavalier blanc : Alice, ce nouvel opus s’achève sur un chapitre très mouvementé, riche en action et en révélations… le moment où Eli Esseriam nous lance, en compagnie d’Edo,  sur une nouvelle piste : celle des Cavaliers de l’Apocalypse.

La conclusion de à propos du Roman : Cavalier rouge : Edo #2 [2012]

Nicolas L.
75

Avec Cavalier rouge : Edo, Eli Esseriam continue sur la bonne voie. Si l’entame du roman m’a un petit peu moins accroché que celle du tome précédent, j’ai vite été convaincu par le style de l’auteure, le personnage principal et la richesse de l’intrigue. Avec cette série Apocalypsis, Eli Esseriam propose une très intéressante alternative dans le domaine du lectorat jeunesse, qui pèche trop souvent par un manque d’originalité et de culot.

Que faut-il en retenir ?

  • Pour adultes et adolescents
  • Un personnage intéressant, une intrigue accrocheuse
  • Un style agréable
  • Une mythologie qui se met naturellement en place

Que faut-il oublier ?

  • Quelques petites incohérences
  • Un ou deux raccourcis un peu faciles

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