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Critique du Film : Djinns

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 29 décembre 2010 à 18:03

Sables mystiques

Durant la guerre d'Algérie, un détachement de militaires français, après avoir été victime d'une tempête de sable, harcelé par les fellaghas, croit trouver un refuge dans un village non répertorié sur les cartes. Mais c'est compter sans le désert et ses mystères...

La folie et le déséquilibre psychologique, conséquences directes de l'explosion des valeurs morales et éthiques survenant en situation de guerre. Voilà un thème qui a très souvent été exploité au cinéma, tant pour son aspect spectaculaire que comme invitation à la réflexion humaniste. Le film de guerre se pose à ce moment là comme une métaphore de cette sauvagerie qui sommeille en chacun de nous, n'attendant juste qu'un moment propice - la perte des repères sociologiques et la disparition des règles - pour surgir et nous transformer en bêtes sauvages. Souvent, pour accentuer l'impact de cet exposé sur le public, les réalisateurs introduisent dans leurs récits des éléments horrifiques et perturbants, voire subversifs (Apocalypse Now, Vorace) et vont même parfois jusqu'à y glisser des composantes surnaturels, afin de transformer leur film en une "fenêtre" donnant sur l’antichambre de l'enfer.

En choisissant l'option extrême de la possession par une entité violente, Sandra et Hugues Martin rejoignent ainsi par leur démarche des cinéastes comme Michael J. Bassett (La tranchée et sa première guerre mondiale), Rob Green (The Bunker et sa seconde guerre mondiale), Alex Turner (Dead Birds et sa guerre de sécession), encore Alex Turner (Dunes de Sang et sa guerre d'Afghanistan) ou Su-chang Kong (R-Point et sa guerre du Vietnam) pour n'en citer que quelques uns. En effet, encore ici, on retrouve une poignée de bidasses piégés dans un trou perdu (le village fait office d’huis-clos), devenant fous, oubliant toute hiérarchie et s'entretuant sauvagement pour des motifs futiles. Reste à déterminer si le couple de cinéaste a réussi à doter leur création d'une véritable personnalité, apte à en faire un film, sinon renouvelant le genre, du moins amenant quelques éléments nouveaux.

Hélas, pour ce qui est du scénario, force est de reconnaitre que, non, Djinns ne présente rien d'innovant. Il est donc prévisible et absolument pas terrifiant. L'on a même droit au sempiternels clichés propres aux films de guerre dans la composition de cette escouade; l'officier intello sans aucune connaissance du terrain (donc méprisé), le sous-officier baroudeur et abruti (donc craint), le bleu balancé sans préparation en plein barouf (donc sympa), le bouc-émissaire et laissé pour compte, juif de surcroit (donc gracié). Et même si la signature française du traitement tend à évoquer principalement les films de Pierre Schoendoerffer (en fait, surtout 317ème section), Djinns, puisant sa matière dans un univers mille fois exploré, n'arrive pas à se démarquer de la masse des films américains sur le sujet, tant par ses personnages stéréotypés que par les situations (dialogues moult fois entendus, comportements en situation de combat prévisibles...) qui en sont les directes conséquences. Seule particularité de ce script convenu: un MacGuffin comme composante de l'intrigue. Il s'agit d'une valise diplomatique au contenu mystérieux. Convoitée par les djinns et leurs marionnettes humaines, jalousement gardée par les militaires, elle sera l'enjeu de bon nombre d'affrontements acharnés. Mais cet aspect ne suffit pas à rendre l'histoire plus intéressante, d'autant plus qu'il va entrainer l'officier français à adopter un comportement peu logique (et que finalement, le récit aurait pu s'en passer sans que cela ne change grand chose).

L'aspect fantastique ne sort pas non plus du lot, avec cette cité perdue dans les sables, sa gardienne mystique et ces créatures rampantes qui s'emparent sans coup férir de l'esprit des humains. Sérieux, tout ça manque vraiment d'originalité! Heureusement, et c'est à ce moment que l'on touche du doigt le coté intéressant du film (car il y en a bien un!), le spectacle de ces pauvres abrutis pétant tous les plombs se déroule au moyen d'une réalisation judicieuse, qui fait un excellent profit des caractéristiques exotiques de l'environnement. Car si le scénario de Djinns est faible, on ne peut en dire autant de son aspect technique, qui s'avère d'excellente facture, et même parfois remarquable. Sandra et Hugues Martin ont en effet judicieusement mis à contribution les modestes moyens (deux petits millions d'euros) mis à leur disposition et le film, esthétiquement parlant, est bluffant. Les splendides paysages marocains sont ainsi bien mis en valeur par une superbe photographie et il est évident que la postproduction a été effectuée avec le plus grand soin. Djinns présente ainsi bon nombre de séquences au réalisme frappant, comme une tempête de sable vraiment impressionnante. L'aspect violent de certaines séquences est également bien retranscris à l'écran, les combats sont très réalistes, acharnés et impitoyables, mais ne tombent pas dans le piège du plan gratuit qui aurait envoyé le métrage dans une autre catégorie, moins axée grand public.

Reste un autre aspect, et qui, malheureusement, est également très perfectible: l'interprétation. En effet, si les protagonistes du film sont des clichés, on ne peut pas vraiment dire que les comédiens font tout pour nous le faire oublier. Pire, ils se vautrent dans le poncif. Jeu sans aucun naturel, concours de grimaces pour adopter une allure "racaille", roulement de mécaniques... Bref, on a l'impression de se retrouver projeté dans un anachronique univers badass. Le pire de tous est probablement Thierry Frémont, qui en fait des tonnes dans le registre "dur à cuire" en multipliant les froncement de sourcils et les poses "j'm'en vais te péter la gueule, enculé de terroriste!" alors qu'il n'en dégage absolument pas le charisme (même sa voix manque de force virile), jusqu'à en devenir ridicule, voire agaçant. En fait, la seule fois où il est impressionnant, c'est quand il reste sobre, en répondant calmement à son supérieur, le regard noir: "ne me menacez pas, lieutenant, ne me menacez pas..." Quand à Grégoire Leprince-Ringuet, qui interprète le personnage principal, c'est exactement le cas inverse; aussi inexpressif qu'une huitre. Une catastrophe. A croire que la France a trouvé son Keanu Reeves. Par contre, le casting d'origine maghrébine s'en tire assez bien et s'il fallait honorer le meilleur acteur du film, je discernerai le prix de la meilleure interprétation à Saïd Taghmaoui, qui incarne avec aise l'officier du FLN.

55

Métaphore sur le mal et les névroses qui vivent au fond de chacun de nous et qui, dans certaines circonstances, peuvent violemment ressurgir, Djinns voit son coté fantastique s'effacer devant les aspects introspectifs du film de guerre psychologique. Œuvre bancale, composés de nombreux éléments à peine survolés, payant cash un scénario manquant d'originalité et une interprétation générale perfectible, le film compense par une réalisation, sinon irréprochable, du moins inespérée au regard de son budget. Au final, en nous offrant ce film fantastique se démarquant complètement des actuelles productions de genre française, Hughes et Sandra Martin nous démontrent à la fois un certain culot couplé à un sacré savoir-faire. Personnellement, Djinns m'a donné envie de suivre les futurs travaux de ce couple de réalisateurs, surtout si on leur donne les moyens de leurs ambitions.

Critique de publiée le 29 décembre 2010.

Que faut-il en retenir ?

  • Une excellente réalisation
  • De beaux décors
  • Un aspect violent bien dosé

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario convenu, un thème usité
  • Des personnages stéréotypés
  • Une interprétation perfectible

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