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Critique du film : La comtesse [2010], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 16 décembre 2010 à 17h28

Julie et le sang des vierges

Si la légende entourant le personnage historique d'Erzébet Bathory (ou Elisabeth Bathory) reste aujourd'hui encore peu connu du grand public, son importance ne peut être négligée de par sa contribution à la construction du mythe du vampire moderne. Sous le surnom de La comtesse sanglante, Erzébet Bathory s'est en effet construit, au fil du temps, une image de femme cruelle et maléfique, cherchant à conserver sa jeunesse en se baignant dans le sang de jeunes vierges sacrifiées. Difficile de nos jours de séparer le grain de l'ivraie, de discerner le vrai du faux sur l'histoire dramatique de cette femme. La seule certitude est que, accusée d'avoir torturé et assassiné des dizaines de jeunes filles, elle a été condamnée en 1610 à l'assignation à résidence, à vie, dans son château de Cachtice. Ses complices furent exécutés. Le reste n'est que légende, le procès verbal établi lors du jugement ne faisant mention ni de "bains de sang" ni de pratiques homosexuelles, des rumeurs évidemment entretenues par le courant sexiste de l'époque, qui fit de cette femme volontaire un symbole de la vanité et de la superficialité féminine.

Jusqu'à ce film réalisé par Julie Delpy, le cinéma avait toujours exploité le mythe en obéissant à cette approche sensationnelle. Le film le plus connu est probablement Comtesse Dracula, une production Hammer réalisée par Peter Sasdy en 1971). Citons aussi Walerian Borowczyk, qui a porté sur le mythe un regard « particulier » dans l’un de ses segments des Contes Immoraux (avec Paloma Picasso dans le rôle de la comtesse). Plus réfléchie, la comédienne et réalisatrice française installée aux Etats-Unis a préféré orienter son choix vers une démarche plus réaliste, plus originale et plus intimiste. Interprétant elle-même le personnage de la comtesse Bathory, elle nous propose avec La Comtesse un drame psychologique basé sur le reflet de soi et l'influence de l'esprit sur le regard… et nous invite à l’introspection.

Après une très habile introduction (excellente mise en forme d'ellipses narratives), le scénario nous invite à accompagner la destinée d'une veuve encore séduisante, mais dont les plus belles années sont désormais derrière elle. Eprise d'un homme nettement plus jeune qu'elle, la comtesse finit par sombrer dans la folie quand il l'abandonne pour une autre. Aveuglé par son désespoir, elle en vient à penser que cet échec est dû à son âge et que si elle parvient à retrouver un teint de jeune fille, elle finira par reconquérir son amour. Poussée par l'autosuggestion, le regard qu'elle porte sur elle-même se trouve alors pervertie par la force de sa douleur; ses reflets dans les miroirs, les regards qu’elle porte sur ses mains, ne sont plus que des fantasmes. Ame perdue, elle va trouver dans le sang des vierges un efficace et terrifiant placebo.

 

Dans La comtesse, Bathory est démente, certes, mais à aucun moment l'on ne parvient à la détester. L'efficacité du métrage ne repose que sur l'entretien de ce sentiment dérangeant. Heureusement, Julie Delpy se montre tellement subtile dans le traitement du personnage et mesurée dans son jeu (le personnage se fissure au fil du récit) qu'elle arrive sans peine à nous entrainer non pas sur la voie (déjà délicate) de la compassion, mais dans une autre, encore plus déstabilisante pour le spectateur: l'acceptation. Ainsi, même lorsque cette criminelle inflige les pires supplices à de jeunes femmes innocentes (Julie Delpy joue d'ailleurs avec nous en allant assez loin dans le démonstratif et en faisant durer la souffrance de l'une des victimes, qui devient lentement une enveloppe vide), elle est sauvée du rejet par la forte émotion que suscite en nous la vision de cette femme désespérée et si terriblement triste. Une catharsis qui va d'ailleurs jusqu'au terme de son processus puisque cette femme, qui a osé nous entrainer dans son cauchemar immoral, finit par être terriblement punie par les institutions en place (le destin). Aristote peut-être satisfait.

En plus de nous proposer une intrigue intelligente, La comtesse est un film en costumes tout ce qu'il y a de convenable. Pas ou prou de fautes de goûts, de jolies décors, de belles toilettes, une mise en scène soignée quoique parfois un peu trop austère. Ainsi, malgré un budget assez limité (moins de 10 millions de dollars) qui fait que le film ne nous offre jamais de la grandiloquence (les bals ne sont guère fournis en figurants), le résultat à l'écran est tout ce qu'il y a de crédible. Evidemment, les amateurs de belles fresques historiques resteront un peu sur leur faim.

Alors, que peut-on reprocher à La comtesse? D'être une sorte vitrine narcissique pour cette artiste assurément très talentueuse? Peut-être, et alors, du moment que cela nous apporte quelque chose, ce qui est ici le cas. Cherchons plutôt ailleurs. Plus sérieusement, on peut regretter qu’à trop se focaliser sur son personnage, la réalisatrice ait trop négligé ses rapports avec son environnement affectif. Par exemple, sa liaison troublante avec la « sorcière » Anna, un personnage influant grandement sur la psychologie de la comtesse, aurait mérité un traitement plus approfondi que ce léger survol sans réel intérêt. On se retrouve finalement avec une intrigue linéaire, bien traitée, certes, mais forcément égocentrique et exigüe. Ensuite, certains peuvent trouver la démarche artistique de Julie Delpy un peu trop esthétisante, traitant de manière basique le fond historique et la réalité de l’époque à travers une diégèse simpliste et uchronique, avec pour seul objectif d’attribuer à un monstre des traits romantiques. Enfin, on peut également reprocher à La Comtesse un casting un peu en peine (à part Julie Delpy, seul William Hurt parvient vraiment à tirer son épingle du jeu) avec notamment un Daniel Brühl bien terne.

La conclusion de à propos du Film : La comtesse [2010]

Nicolas L.
73

Drame intimiste aux fragrances de thriller, La comtesse met en vedette une Julie Delpy extraordinaire dans son interprétation. Le personnage nous prend les tripes et nous entraine à ressentir des sentiments dérangeants. Cependant, tout en s’accordant à dire que le film conserve durant toute sa durée un bon niveau d’intérêt, il pèche par la linéarité de son récit, son manque de richesse documentaire et son regard assez étroit sur la société du 17ème siècle.

Que faut-il en retenir ?

  • Une Julie Delpy stupéfiante
  • Une approche du mythe originale
  • Une belle sobriété
  • Une réalisation sobre mais appliquée

Que faut-il oublier ?

  • Une histoire linéaire
  • Autour de Delpy ; un peu le désert
  • Un regard simpliste sur la société du 17ème siècle

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