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Critique du Film : Splice

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 15 octobre 2010 à 19:21

Un enfant à tout prix

Dans un laboratoire de recherches génétiques, à partir de manipulations d'ADN inter-espèces, un couple de savants parvient à donner naissance aux premières créatures viables créées artificiellement. Une avancée scientifique énorme, d'autant plus que l'organisme de ces "animaux" sexués produisent une protéine ayant de grandes capacités curatives. Encouragés par ce succès, Elsa Kast et Clive Nicoli voudraient mener plus avant leurs expériences, en commençant à travailler sur l'ADN humain. Leur employeur leur refuse purement et simplement ce droit. Au-delà des problèmes éthiques que de tels travaux pourraient générer, l'entreprise connait actuellement des difficultés financières et insiste pour que le couple se concentre sur le processus d'extraction de leurs protéines. Tout à leur enthousiasme, Elsa et Clive décident de braver en secret cet interdit...

S'étant vu attribuer, un peu malgré lui, le statut de réalisateur de génie, le réalisateur de Cube s'est rapidement retrouvé dans une situation délicate. Comme Richard Kelly (autre jeune réalisateur porté aux nues dés son premier film, Donnie Darko), Vincenzo Natali, modeste cinéaste canadien de 28 ans s'est retrouvé dans l'obligation de ne pas décevoir, voire de surprendre encore et toujours. Sans considérer Cypher et Nothing comme de mauvais films, force est de constater que cette mission, Vincenzo Natali ne l'a pas complètement accomplie. Son nouveau film, Splice, était donc attendu au tournant, d'autant plus que le sujet annoncé et le casting étaient des éléments très attractifs. Mais, tout d'abord, une petite parenthèse...

En 1976, sortait sur les écrans Embryo. Dans ce métrage réalisé par Ralph Nelson, Rock Hudson interprète un scientifique ayant réussi à accélérer le processus de croissance d'un fœtus. Le spécimen, une jeune enfant particulièrement aimable et attachante, est nommé Victoria et il va prendre une place majeure dans la vie du savant. Malheureusement, la créature souffre de progéria (un vieillissement accéléré) et surtout de son isolement. Petit à petit, l'aimable jeune fille (interprétée par la magnifique Barbara Carrera), qui exerce progressivement sur le docteur Paul Holliston une attraction physique en plus de sentimentale, va développer une psychose, qui finira par s'avérer meurtrière. Le tout finira dans un bain de sang et la morale restera sauve.

Vous allez me demandez : « mais pourquoi nous parle-t-il de ce vieux film oublié ? » Et bien tout simplement parce qu'Embryo et Splice - même si le deuxième se situe dans le domaine génétique et non plus biologique - sont très riches en similitudes, à la fois par la nature des débats qu'ils sont en mesure de lancer, mais aussi par le nombre de détails scénaristiques.
Ainsi, comme Paul Hutchinson, le couple de scientifiques n'a pas d'enfants. Comme Victoria, Dren souffre d'un vieillissement accéléré, est physiquement attiré par son créateur, développe un fort désir de vivre et finit par sombrer dans la démence meurtrière. La ressemblance entre les deux films est très troublante car, en plus, ils présentent les mêmes faiblesses et dérives. Splice et Embryo, comme dans toutes les œuvres mettant en scène des hommes ambitionnant de devenir les égaux de Dieu (Frankenstein, L'Ile du docteur Moreau, La Mouche, etc.), le récit expose des personnages alternant phases d'euphorie et de doute, moments propices à des débordements émotionnels de mauvais gout. Avec Splice, on évolue donc en terrain reconnu, une exploration philosophique qui en reste très souvent au niveau du vulgaire et superficiel débat de comptoir et qui amène parfois des conclusions à la valeur morale douteuse. Heureusement, sans toutefois totalement échapper au piège, Natali s'en sort plutôt pas mal sur les terrains thématiques explorés.

En décidant qu'Elsa et Clive allaient mettre au monde (car, après tout, il s'agit de leur enfant), une créature à demi-humaine (donc, par effet de symétrie, à demi-monstrueuse) pour la rendre finalement sexuellement attirante, Vincenzo Natali a volontairement introduit dans son métrage une atmosphère glauque, malsaine, emprunte de perversité (quelque part, on ne situe pas très loin de la démarche de Crash). Le cinéaste ne se gène d'ailleurs pas pour entretenir le coté freak de cette créature en exposant longuement et fréquemment ses membres inférieurs. Ainsi, au fil du métrage, en même temps que l'amusant petit singe savant se transforme en une demi-femme au magnifique visage, le rire sincère du spectateur se transforme en un rictus gêné. En quand il sent que l'audience est dans un état de malaise suffisamment pesant, le cinéaste enfonce le clou avec une séquence de sexe intense et charnelle, en insistant encore plus sur les "malformations" de Dren. De plus, le fait de faire surprendre les amants par la "mère" (comme si le père commettait l'inceste avec son enfant handicapé) ajoute encore plus au malaise. Donc, au final, si l'on s'en tient à l'aspect "subversif" de Splice, Vincenzo Natali, durant une bonne heure, réussit son entreprise... avant de céder à la tentation du monster movie dans la dernière demi-heure.

En effet, comme s'il voulait désamorcer toute sa dramatique, comme s'il avait peur s'assumer se démarche jusqu'au bout, le réalisateur transforme le dernier tiers de son thriller psychologique en un monster movie spectaculaire qui lorgne vers la Mutante. La créature, en explosion hormonale, veut s'accoupler et gagne autant en désir sexuel qu'en agressivité. Fuite dans les bois, attaques sauvages et sanglantes, agression sexuelle sont alors au menu de ce brusque changement de ton qui amène l'intrigue sur la voie de la banalité, d'autant plus triste que l'ensemble n'est guère terrifiant. Et comme si cela ne suffisait pas, Vincenzo Natali joue les bons élèves en caressant la morale dans le sens du poil, les pécheurs étant sévèrement punis (l'un de sa perversité, l'autre de sa cupidité, le dernier de sa curiosité). Et ne parlons pas du dénouement, extrêmement prévisible. Un peu plus tôt, la séquence du fiasco de la conférence, avec les deux bestioles (Ginger et Fred) qui s'entretuaient dans des geysers d'hémoglobine, flirtait carrément avec le Grand Guignol et contribuait également à détruire le climat tordu, presque « Cronenbergien », lentement mis en place par le réalisateur.

Si la réalisation de Splice n'est pas particulièrement remarquable (il y a cependant quelques très beaux plans), le film possède un agréable cachet visuel et, surtout, présente de superbes effets spéciaux. Ainsi, Dren modélisée sur les actrices Abigail Chu puis Delphine Chanéac bénéficie à la fois d'un design superbe et d'une animation sans reproche qui en fait un être d'un grand magnétisme. C'est d'ailleurs grâce à ces qualités que Splice conserve un intérêt au cours de la dernière demi-heure, Dren se transforme alors en une magnifique et impressionnante créature ailée. Elle n'est alors plus un simple cobaye de laboratoire mais un être supérieur ayant atteint un nouveau stade de l'évolution - un très habile mélange de maquillages et d'images numériques que l'on doit aux studios K.N.B. Effects Group et C.O.R.E. Digital Pictures.

Sarah Polley et Adrien Brody se sont vus confier les rôles d'Elsa Kast et Clive Nicoli (dans les seconds rôles, on reconnait David Hewlett, dans la peau d'un directeur de projet). Ce ne sont pas des comédiens que j'apprécie particulièrement mais je dois reconnaitre qu'ici ils s'en sortent très bien. La tache était cependant très difficile tant le film de Natali - du moins durant sa première heure - emprunte de nombreuses pistes (les risques de la manipulation génétique, la difficulté d'élever un enfant handicapé, l'inceste, etc.) et touche parfois le domaine de la psychanalyse. Les deux comédiens restent sobres et naturels, ils sont souvent émouvants et leur performance est en tout point remarquable.

65

Film très inégal, à l’ambiance plombée par une dernière demi-heure qui rentre un peu trop dans le rang, Splice n’en est pas moins une œuvre très intéressante qui nous invite à la réflexion sans pour autant en devenir chiante ou donneuse de leçon. Apparemment, Vincenzo Natali continue son exploration des univers cinématographique et ici, en flirtant avec celui de David Cronenberg, il apporte sa modeste pierre à l’édifice grâce à un script intelligent, des acteurs convaincants et de superbes effets spéciaux. Dommage qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout de sa démarche ce qui, au final, génère la sensation d’avoir survolé nombre de sujets intéressants.

Critique de publiée le 15 octobre 2010.

Que faut-il en retenir ?

  • Un scénario intéressant
  • Un climat malsain efficace
  • Une intrigue aux multiples lectures
  • Un casting convaincant
  • Dren, une créature très réussie

Que faut-il oublier ?

  • La dernière demi-heure
  • Un manque d’approfondissement
  • Quelques hésitations dans le traitement

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