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Critique du Roman : Plaisirs Coupables
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Critique du Roman : Plaisirs Coupables

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 13 août 2010 à 0001

Moi, Anita Blake, réanimatrice et tueuse de vampires…

Il est difficile de porter un flingue à Saint Louis en plein été. A l'épaule ou à la hanche, le problème reste le même. Si on met une veste pour le dissimuler, on fond littéralement de chaleur. Si on le range dans son sac, on se fait tuer, parce que aucune femme n'est capable de retrouver un truc dans son sac en moins de douze minutes. Une loi universelle...

Sacrée bit-lit! Avec ses histoires à l'eau de rose pour jeunes adolescentes en explosion hormonale ou ses récits gentiment érotisés destinés à faire fantasmer la ménagère quadra en manque de sensations, ce genre ne cesse de faire parler de lui et de se développer. Jusqu'à devenir un véritable phénomène culturel. Pourtant la recette du succès est très simple: remplacer le séduisant voyou et le beau milliardaire des romans de Barbara Cartland et Daniele Steel par des vampires aux profils de chippendale et de model pour pub de parfum, tout en conservant la structure romantique de ces vieux ouvrages jugés ringards par les nouvelles générations. Pas question, en effet, de basculer dans l'horreur pure. Une grande partie du lectorat visé ne le supporterait pas, et l'admettrait encore moins. L’essentiel est de jouer borderline. L'amatrice de bit-lit est très rarement une "mordue" de fantastique, et encore moins d'horreur. Pour les séduire sans les choquer, il est donc important de rester dans l’allégorie gentiment canaille, d'éviter le démonstratif, le réalisme et le vulgaire. Et quoi de plus classe, de plus symbolique, de plus érotique, que le vampire! Après tout, Bram Stoker et J. Shéridan Le Fanu, en leur temps, coincés par le puritanisme victorien, n'ont exploité les personnages de Dracula et Carmilla pour ne parler que de sexe. Et uniquement de sexe. Aujourd'hui, avec le recul, c'est une évidence: le principe ne pouvait que fonctionner. Il fallait toutefois y penser.

On ne peut en enlever le mérite à Stephenie Meyer. Elle a ouvert une voie artistique, la société de consommation s’y est engouffrée. On ne compte plus aujourd'hui le nombre d'œuvres littéraires populaires et de séries télé exploitant ce filon mis à jour par Twilight et sa déclinaison cinématographique. Nombre de ces œuvres, fruits de l'opportunisme et de démarches vénales, sont bien sûr d'un niveau qualitatif exécrable, ne justifiant pas que l'on s'attarde dessus, mais les lectrices, attirées par cette verroterie "néoromantique gothique" comme des insectes par la lumière artificielle, tombent régulièrement dans les pièges tendus par des éditeurs experts en communication. Le phénomène est devenu tellement gratifiant que ces éditeurs, qui connaissent bien leur métier, tentent de vendre tout et n'importe quoi sous l'étiquette bit-lit. L'essentiel est que cela soit l'œuvre d'une femme et qu'il y ait dedans des suceurs... de sang.
Comme les aventures d'Anita Blake.

Le rythme de la musique, jusque là assez lent, s’accéléra. Le danseur accompagne le tempo, ondulant de plus belle. La veste tomba sur la scène. Le jeune homme fixa le public une longue minute, se laissant admirer à loisir. La pliure de ses bras portait la marque de nombreuses cicatrices, ces tissus blanchâtres formant autant de scarifications en relief.
Je me forçais à déglutir. Sans savoir ce qui allait suivre, j’aurais parié que ça ne me plairait pas…


Si d'aventure - abusée par l'immonde cosmétique fleur bleue de la collection Milady Bit-lit et un titre plein de sous-entendus - une fan de bit-lit se laissait tenter par la lecture de Plaisirs Coupables, elle serait probablement très surprise. Mais attention, pas forcément déçue. Car par son style, son personnage principal et son ambiance, les aventures d'Anita Blake ne relèvent pas plus de la mode bit-lit que les romans d'Anne Rice. Par contre, il est évident que la série a bénéficié du phénomène. N'oublions pas que c'est suite au succès de Twilight que Milady a créé cette collection, permettant de relancer une franchise française qui, faute de succès, avait été abandonnée par Pocket puis Fleuve Noir au bout de neuf tomes. Oui, car il faut savoir que Plaisirs Coupables date de 1993, soit douze ans avant la sortie de Fascination et seize après Entretien avec un vampire. Constat intéressant (surtout que le premier tome présente le même stéréotype d'enfant-vampire que dans le chef d'œuvre d'Anne Rice… et qu’il y a beaucoup de vampires français !) mais surement pas primordial. Plus frappant est de remarquer que lorsqu’Anita Blake fait ses premiers pas dans les rues de Saint Louis, une jeune chasseuse de vampires répondant au nom de Buffy venait de pointer son pieu sur les écrans. Et il est impossible de ne pas trouver des analogies entre l'œuvre de Laurell K. Hamilton et le film de Fran Rubel Kuzui et Joss Whedon (qui deviendra une célébrissime série télé quelques années plus tard).

D'ailleurs, si l'on pousse un peu plus loin le comparatif, on peut se demander qui a influencé l’autre car, plus qu’à Buffy, Anita Blake ressemble étrangement au personnage de Faith (introduit dans la série en 1998). Brune, sportive et énergique, Anita Blake ne minaude pas, ne passe pas des heures à se maquiller devant la glace, est naturelle et ne fond pas comme une débile à chaque fois qu'un beau gosse expose ses biceps ou ses pectoraux. Anita Blake est une tueuse dans un univers pulp peuplé de créatures fantastiques comme des vampires, des zombies, des goules, des loups-garous et même des rats-garous! Des monstres faisant partie du quotidiens des gens car acceptés et reconnus par les gouvernements! On peut même y visiter des églises dédiées au culte du vampirisme. C'est dire la popularité de ces créatures. Donc, on évolue plus dans un environnement de comic book, avec une héroïne au profil d'exterminatrice, mais pas invulnérable, et qui se doit d'avoir un mandat fédéral pour éliminer des criminels aux dents longues. Et surtout pas une bimbo! En effet, si l'érotisme pointe parfois le bout de son nez (ou de sa truffe) au gré des chapitres, si Laurell K. Hamilton effleure les thèmes du fétichisme et du sadomasochiste (univers dark gothique oblige !), Anita Blake n'utilise pas sa plastique (quelle avoue avoir assez commune) pour arriver à ses fins. D'ailleurs, elle ne risque pas de se foutre à poil pour séduire car elle est couverte de cicatrices, et assez souvent décorée d'hématomes divers. On évolue donc très loin des univers mièvres et romantiques propre au genre bit-lit. Non, le monde d'Anita Blake n'est ni romantique ni "erotico-neuneu" (passée l'assez inquiétante ouverture qui se déroule dans un club de strip-tease masculin, qui m'a laissée craindre le pire, la narration va emprunter la voie du récit d'action pour ne plus la quitter), il est pulp et, par conséquent, apte à satisfaire les lectorats féminin… et masculin.

L'intrigue n'est pas inintéressante, sans être super accrocheuse. On y découvre Anita Blake, ses collaborateurs, quelques ennemis, mais aucun personnage n'est réellement approfondi. Laurell K. Hamilton reste en surface et, au final, on ne sait pas grand chose d'Anita Blake. On est même parfois surpris par son ignorance en matière de vampires et monstres divers. Il est vrai que l'activité première de la jeune femme n'est pas la chasse mais la réanimation de cadavres. Salariée d'une entreprise spécialisée (dont on n’apprend pas grand chose non plus) spécialisée dans la magie vaudou, Anita Blake se voit chargée de ranimer les morts pour le compte d'intérêts privés et les besoins de la police. Quoi de plus pratique quand se pose un problème d'héritage que de demander des précisions à la personne qui a  rédigé le testament? Ou d'identifier le responsable d'un meurtre en sollicitant l'aide du principal intéressé, à savoir la victime? Au final, Laurell K. Hamilton se contente donc de survoler situations et personnages pour tenter d’amener un flux tendu à son récit. Un peu embêtant dans la mesure où l'on ne s'attache donc à aucun protagoniste (hormis Anita, bien entendu), et que l'on se moque un peu de leurs malheurs. Mais bon, à la décharge de la romancière, ce premier opus est une sorte de mission de reconnaissance dans un univers au fort potentiel, il était difficile de trop développer sans risquer la digression. On en apprendra probablement plus au fil des tomes.

Bert mesure un mètre quatre-vingt-dix. Il a les épaules larges et la silhouette d’un ancien joueur de football universitaire qui se ramollit du bide. Ses cheveux blancs sont coupés très court autour de ses petites oreilles. Son bronzage contraste avec ses yeux pâles, gris délavés comme des vitres sales. Des yeux qui ne brillent presque jamais. Et quand ils le font – comme en ce moment – c’est toujours mauvais signe…

Plus embêtant est le manque de style affiché par Hamilton. Non pas par l'écriture (ce qui pourrait être la conséquence d'une traduction de mauvaise qualité) mais par la structure même de la narration et la tenue de son intrigue. Un exemple ? La romancière se montre en effet très rustre dans la description des personnages. A chaque fois qu'elle en introduit un nouveau, elle le décrit vulgairement de pied en cap en y consacrant un paragraphe, utilisant toujours la même méthode (on croirait lire un scénario). On peut remarquer à cette occasion que Laurell K. Hamilton a une obsession pour les coupes de cheveux. Elle ne peut s'empêcher de décrire la coiffure de chaque personnage apparaissant dans le récit, quand bien même cela n'a aucune importance. Deuxième problème, le manque de rythme dans la description des scènes d'action. Sans être totalement ratées, les moments forts où Anita Blake affronte les monstres manquent de nervosité et de violence, donnant à l'ensemble un aspect "gentillet" qui peut décevoir les véritables amateurs de thrillers horrifiques. Enfin, pour en terminer avec les points négatifs: l'intrigue. Plaisirs Coupables est une enquête. Anita Blake se lance à la recherche d'un serial killer spécialisé dans le meurtre de vampires. Hors, lorsqu’aux deux tiers, on a deviné (bien avant l'héroïne, donc) l'identité du responsable, il y a tout lieu d'être perplexe. Même si la certitude n'arrive que dans les dernières pages (et ce n'est même pas Blake qui découvre le coupable, c'est lui-même qui se dévoile), il est évident que l’histoire, son mystère éventé, perd un peu en intérêt.

La conclusion de

Premier épisode des aventures d’Anita Blake (et troisième œuvre de la carrière de Laurell K. Hamilton), Plaisirs Coupables est un roman pulp de dark fantasy urbaine mettant en scène une exterminatrice de monstres. Si le niveau d’écriture est loin d’être remarquable et que l’intrigue ne brille pas par sa finesse, l’ensemble reste agréable à lire et Anita Blake est un personnage sympathique, se situant très loin des clichés de la littérature bit-lit. En effet, sachez, chers lectrices, que si vous cherchez à retrouver l’univers romantique et l’érotisme fleur bleue de Twilight, vous le trouverez pas dans les batailleuses aventures d’Anita Blake (du moins dans les premiers romans, car ça dérape un peu par la suite). Par contre, si vous appréciez aussi de voir une courageuse jeune femme, un pieu dans la main et un flingue dans l’autre, se jeter dans la boue pour y affronter un vampire ou une goule, il y a des chances que cette histoire puisse vous divertir.

Que faut-il en retenir ?

  • Univers pulp à fort potentiel
  • Ambiance dark gothique assez sympathique
  • Anita Blake, un personnage hors norme
  • Pour tout public
  • Un bestiaire bien fourni

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario un peu maladroit
  • Une plume manquant de style
  • Des séquences de combat manquant de vigueur

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