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Critique du Film : The Fountain

Avis critique rédigé par Vincent L. le jeudi 20 mai 2010 à 19:21

Une claque...

Engendré dans la douleur, The fountain est l'un de ces projets maudits tel qu'en connaît parfois le septième art. Menacé d'abandon à de nombreuses reprises, ayant mis plus de sept ans pour se concrétiser, le film a tout simplement faillit ne jamais voir le jour. Tué dans l'oeuf le jour où Brad Pitt décida de partir pour aller chausser les sandales d'Achille, le long-métrage vit son budget être diminué d'une quarantaine de million de dollars, forçant son scénariste/réalisateur à en repenser totalement le concept. Loin des batailles dantesque et de la profusion d'effets spéciaux initialement imaginées par Darren Aronofsky, The fountain allait donc devenir un film plus petit et plus intimiste ; un nivellement par le bas qui lui laissera des cicatrices bien visibles, lui confèrerant définitivement un petit côté cheap, à l'extrême limite du kitch, tant il est visible à l'écran que le buget s'avérait malgré tout trop juste pour concrétiser toutes les ambitions de son créateur.

Mais au final, il apparaît que ces petites imperfections font la force du film et n'entament aucunement ses qualités formelles, lui conférant au contraire une relative modestie s'harmonisant bien mieux avec son propos qu'une grosse déferlante d'effets spéciaux. The fountain n'apparaît donc jamais comme un film malade, de ses long-métrage dont on se demande constamment ce qu'ils auraient pu être s'ils avaient été fait selon la volonté première de leur réalisateur ; bien au contraire, en diminuant l'impact formel et l'importance temporelle des parties passée et future, Darren Aronofsky n'en rend la partie présente - et centrale - que plus forte, lui offrant la puissance émotionnelle nécessaire pour que le film puisse fonctionner. En effet, The fountain est avant toute autre chose un drame bien terre à terre, racontant une histoire universelle - donc totalement bateau - au moyen de métaphores sf/fantastique destinées à renforcer la poésie et le tragique de l'histoire racontée.

A la base, l'histoire de The Fountain n'est foncièrement pas si différente de celle de n'importe quel téléfilm lambda meublant les après-midi télévisés. Il l'aime, mais elle est mourante, et il ne peut se résigner à la laisser partir ; alors, plutôt que de passer ses derniers moments avec elle, il va tout tenter pour faire en sorte que l'inévitable n'arrive pas. La force du long-métrage ne se situe ainsi pas dans le fond, finalement très convenu, mais plutôt dans la forme. A l'aide d'une construction temporelle faisant s'entrecroiser trois histoires et trois récits, Darren Aronofsky va confronter le réel (le présent avec Tom et Izzi) avec deux autres histoires métaphoriques, l'un concrétisant l'état d'esprit de la femme (le passé avec Tomas et Isabelle), l'autre étant un miroir de l'impossible quête de l'homme (le futur avec Tommy et son épouse défunte). Ainsi, plutôt que de nous asséner maladroitement de lourdes lapalissades, Aronofsky prend au contraire le parti de nous les servir sous forme d'histoires poétiques.

D'aucun pourront donc trouver très prétentieux d'adopter une construction si complexe pour une histoire finalement simpliste. Néanmoins, le cheminement qui va mener au travail de deuil du personnage prend ici une forme véritablement inédite, se passant de dialogues lourdeaux pour simplement épouser la beauté et la force des images ; le parcours n'est donc jamais balisé, et aucun personnage n'intervient jamais pour dire ce qu'il faut penser, voire ce qu'il faut comprendre, laissant l'émotion à la simple appréciation des spectateurs. Paradoxalement, c'est dans cette construction que le film va également trouver son principal point faible, en ce qu'Aronofsky s'est tout de même largement laisser aller à une certaine complaisance dans la complexité gratuite. Si les parties passées et présentes sont relativement claires et aisées à comprendre, il n'en va pas de même de celle du futur, dont le décryptage, parfois obscur, nuit quelque peu à la simplicité de l'histoire et à la puissance émotionnelle du film.

Là-dessus, Darren Aronofsky greffe les thématiques récurrentes symptomatiques de son cinéma et qui trouvent, dans chaque film, un traitement fondamentalement différent. Cette fois, le dyptique passion/mort prend la forme des diverses incarnation de Rachel Weisz, laquelle va tout simplement servir de catalyseur aux obsessions des personnages de Hugh Jackman. Dans chacune de ses quêtes désespérées pour trouver un rémède à la mort (trouver l'arbre de vie, sauver sa femme condamnée par la maladie et ressuciter sa défunte épouse), ce dernier va devoir se confronter, de manière plus ou moins violente, à d'inévitables échecs. De la même manière que leurs passions ont toujours amené les personnages d'Aronofsky vers une fatale déchéance (physique et/ou mentale), les obsessions du héros aboutiront toutes à l'inéluctabilité de la mort, qu'il s'agisse de la sienne ou de celle de l'être aimé. Une fatalité qui trouve sa principale force dramatique dans la redondance dans chaque segment temporel.

Derrière la caméra, Darren Aronofsky livre une mise en scène inspirée et intelligente, prenant le risque de bousculer les habitudes des spectateurs en livrant un film basé sur une narration totalement hors-norme dans ce genre hyper-balisé qu'est le drame. Prenant le contre-pied des canons habituels - les images sont très froides, les personnages demeurent difficilement saisissables, les violons sont présents mais ne retentissent jamais aux moments convenus - il crée un long-métrage cherchant plus à stimuler l'intelligence du spectateur qu'à aboutir à une émotion facile, mécanique ou téléguidée. Là-dessus, il se permet de plus quelques coquetteries visuelles donnant à sa réalisation une indéniable originalité, notamment en ancrant chaque période dans un symbole géométrique bien particuler (triangle pour le passé, carré pour le présent et rond pour le futur) ou en faisant revenir quelques plans de caméra très particuliers dans les trois époques (plan haut/bas avec le cheval, la voiture et l'arbre).

Techniquement, le film est impressionnant de maîtrise et d'inventivité. C'est un leitmotiv dans les longs-métrages d'Aronofsky, mais l'esthétique prend toujours une place majeure, et The fountain constitue une sorte d'aboutissement dans cette volonté de rendu hyper-léché destiné à sublimer les images (dont Requiem for a dream était déjà un précurseur très abouti). La photographie de Matthew Libatique, en teinte de noir et or, y trouve ainsi de superbes nuances, chaque époque disposant de sa propre identité visuelle. La musique de Clint Mansell, quant à elle, atteint une apogée avec une partition ambitieuse mélant les interprétations d'une formation de cordes classique avec les sonorités modernes d'un groupe pop-rock. Si les effets spéciaux ne crèvent pas l'écran, ils sont utilisés avec suffisamment de parcimonie pour s'avérer la plupart du temps satisfaisant. Quelques plans du futurs, et l'ensemble de la partie passée (avec ses deux conquistadors et ses dix mayas), souffrent malgré tout d'un vrai côté fauché.

Devant la caméra, Hugh Jackman livre une prestation convaincante, utilisant son charisme et son talent pour insuffler à chacun de ses personnages une certaine force (physique ou intellectuelle), mais également une véritable fragilité morale dont les brèches se dessinent au cours de l'avancée du long-métrage. Son interprétation se trouve de plus être en parfait contrepoint de celle de Rachel Weisz, dont les incarnations, fragiles physiquement, s'avèrent dotées d'une plus grande force psychologique. Visuellement et physiquement, les deux acteurs se tranforment à chaque époque, du conquistador bourru du passé à la version zen du futur pour Jackman, et de la beauté très froide au charme très naturel pour Weisz. Les seconds rôles sont également parfaitement campés par des acteurs expérimentés ; d'Ellen Burstyn à Cliff Curtis, en passant par le cameo désormais habituel chez Aronofsky de Mark Margolis, chacun apporte au film une composition solide.

90

Portant tous les stigmates du cinéma d'Aronofsky, The Fountain est un film que d'aucun pourront légitimement juger prétentieux, et qui rebutera une partie des spectateurs aussi facilement qu'il réussira à totalement fasciner tous les autres. La prise de risque et l'audace de la mise en scène font ainsi preuve d'une réelle inventivité et d'une créativité de plus en plus rare dans les productions actuelles, lesquelles, associées à une histoire universelle intelligemment traitée, imposent au final le film comme une oeuvre majeure de cette décennie.

Critique de publiée le 20 mai 2010.

Que faut-il en retenir ?

  • Une réalisation riche et inventive,
  • Techniquement très abouti,
  • Un duo d'acteurs inspirés,
  • Une histoire intelligemment traitée,
  • Beaucoup de poésie et d'émotions,
  • Une bande-originale extraordinaire.

Que faut-il oublier ?

  • Aurait gagné en lisibilité avec une structure plus simple.

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