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Critique du Film : Colour from the Dark

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 9 décembre 2009 à 17:20

Le malheur est dans le puits

Après une légère infidélité qui se concrétisa il y a deux ans par la conception de NyMpha, un huis clos religieux horrifique bénéficiant de la présence de Tiffany Shepis dans le rôle principal, le cinéaste transalpin Ivan Zuccon revient à ses premiers amours: les (très libres) adaptations de nouvelles de Howard Phillips Lovecraft. Cette fois-ci, c'est l'excellent texte The Colour Out the Space (La Couleur tombée du ciel) qui a été récupérée et adaptée par le réalisateur de The Darkness Beyond.

Le script nous emmène dans l'Italie rurale de 1943, loin, donc, de l'état de Massachusetts, cette région chère à l'écrivain de Providence. Une bonne idée, qui justifie ainsi la sensation d'isolement dégagée par le film et qui permet à la production d'éviter ainsi d'exploser un budget très étroit dans la construction de décors et de costumes. Là, Ivan Zuccon nous invite à faire la connaissance d'une famille de condition modeste, vivant chichement des bienfaits de son petit potager. Le chef de famille, Pietro (malgré un problème de claudication), parvient à satisfaire les besoins de son entourage - sa femme Lucia et Alicia, sa belle-sœur handicapée - grâce à une forte dose de courage et d'abnégation. S'ils mènent une existence paisible, loin des tourments de la guerre, tous, même leurs proches voisins, s'inquiètent d'être sans nouvelle du frère de Pietro, parti pour le front.

Un matin, de corvée d'eau, Alicia, éprouvée par une nuit agitée d'horribles cauchemars, fait tomber le seau au fond du puits. En essayant de le récupérer au moyen d'une gaffe et en fouillant le fond du puits, Pietro libère quelque chose. Une chose qui illumine d'une lumière bleuté et électrisante l'eau du puits avant de disparaitre.

Quelques temps plus tard, Pietro ne boite plus, Alicia prononce quelques mots et le potager se met à donner des légumes d'une taille incroyable. La famille croit alors à un miracle et remercie le Seigneur...

Comme dans ses précédents films, Ivan Zuccon a décidé d'imprimer à sa narration un rythme très lent, marquée durant une grande partie du métrage par des échanges dialogués feutrés. En conséquence, ce choix d'imposer aux comédiens un phrasé "chuchoté" entretient sans grand frais cette atmosphère de secret voulue par la construction d'une atmosphère lovecraftienne. Le même effort de coller à l'ambiance de l'univers du créateur du mythe de Cthulhu est fourni dans la mise en place des éclairages, très élaborée. Ainsi, comme dans Beyond Darkness, grâce à ce soucis du travail bien fait, Ivan Zuccon parvient en grande partie (mais pas totalement, hélas) à dissimuler la pauvreté des décors avec une photographie jouant des moindres recoins de cette vieille bâtisse représentant la ferme de la famille de Pietro. Bref, on a devant nous le travail d'un technicien consciencieux au service d'un artiste passionné par son art.

S'il ne manque pas de faiblesses et oublie de répondre à bon nombre de questionnements essentiels (le principal portant sur le manque d'explication concernant l'entité et ses motivations), le script est nettement mieux structuré que les précédents scénarii exploités par Ivan Zuccon. Le cinéaste continue à brasser univers onirique et réaliste et à noyer sa narration d'une symbolique parfois un peu trop insistante, mais il le fait de manière moins brouillonne et plus justifiable. Ainsi, le film gagne en lisibilité et en émotion.

Au fur et à mesure que l'intrigue dévoile ses secrets, le film nous entraine dans le domaine de l'horreur graphique. Le bonheur laisse progressivement la place au désespoir, la beauté à la pourriture. Une transformation au processus marqué par une véritable horloge macabre: la lente décomposition du cadavre d'une juive abattue dans les bois par les allemands, non loin de la ferme. La première victime frappée par l'entité dévoreuse d'âme et de chair est Lucia (pourquoi?), qui se transforme lentement en goule agonisante. On pourrait à ce moment reprocher au cinéaste de céder à la facilité, de sombrer dans le zombie movie très gore à la Lucio Fulci. Personnellement, je n'irai pas jusque là. C'est certain, l'on sent dans le cinéma d'Ivan Zuccon l'influence du maestro mais, comme pour ses précédents films, Colour from the Dark évoque autant le drama psychédélique et pessimiste que la poésie macabre, ce qui donne une impression générale assez mémorable de par son aspect atypique. A noter que les effets spéciaux numériques et les maquillages sont de conception tout à fait convenable, au regard du budget avoué par la production (seulement 100,000 dollars).

Si les films d'Ivan Zuccon péchaient par l'amateurisme de leur interprétation, on ne peut en dire autant depuis Nympha. Désormais un peu mieux reconnu, le cinéaste arrive désormais à s'entourer de comédiens talentueux alors que ceux de la première heure ont acquis une expérience bienvenue. Ainsi, même si les rôles de second plan ne sont pas toujours excellemment maitrisés (Ivan Zuccon doit également progresser dans sa direction d'acteur, un autre point commun avec Lucio Fulci?), le travail fourni par le duo de comédiens principaux est remarquable.

Ainsi, Michael Segal - vieux compagnon de route du réalisateur - est vraiment très convaincant sous les traits de Pietro, malgré un tournage effectué totalement en langue anglaise. Très sobre, ce très sympathique acteur italien a énormément progressé et il offre ici une prestation tout à fait honorable en homme brisé voyant son environnement devenir un enfer. Puis, il y a Debbie Rochon. Passée du statut peu glorieux de scream queen à celui, nettement plus mérité, de comédienne accomplie et star de la série B, cette élégante quadragénaire, malgré un rôle que l'on devine éprouvant, est absolument formidable. Ivan Zuccon renouvelle encore une fois, après Tiffany Shepis dans NyMpha, sa belle initiative de construire un rôle féminin fort et difficile, ce qui a dû forcément séduire une actrice de la trempe de Debbie Rochon qui se voit là offrir l'un de ses plus beaux rôles.

Que faut-il en retenir ?

  • Une atmosphère lovecraftienne bien rendue
  • Une réalisation appliquée et une belle photographie
  • Peu d'argent mais beaucoup d'idées
  • Un style reconnaissable
  • Debbie Rochon, formidable

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario non dénué de défauts
  • Un rythme cotonneux qui peut déplaire
  • Un aspect cheap pas toujours complètement dissimulé
72

Colour from the Dark fait honneur au cinéma indépendant européen. Réalisé avec un budget très étroit, le film d'Ivan Zuccon est une œuvre conçue avec talent et application pour un résultat final sobre mais tout à fait honorable. L'atmosphère lovecraftienne est au rendez-vous et, dans le rôle principal, Debbie Rochon nous offre une performance remarquable. Seul le rythme, très lent, et le goût fortement prononcé d’Ivan Zuccon pour l’imagerie onirique pourra déplaire à une certaine catégorie de spectateurs plus axés sur le dynamisme.

Critique de publiée le 9 décembre 2009.

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