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Critique du Film : Encarnação do Demônio
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Critique du Film : Encarnação do Demônio

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 23 mars 2009 à 0120

Le grand retour de José Mojica Marins

Suite à une procédure administrative, le célèbre criminel Zé do Caixão est libéré quarante ans après son incarcération.

Retournant dans son ancien quartier, l’homme - accompagné de son fidèle serviteur Bruno - va le découvrir bien changé. Cela ne l’empêchera cependant pas de reprendre sa quête : la recherche de la femme digne de porter son fils, la femme supérieure…

Cela faisait vingt ans. Vingt ans que ce satané dingue de José Mojica Marins n’était pas repassé derrière et devant la caméra. Deux décennies de vide absolu, et l’on finit même par se dire que Coffin Joe (Zé do Caixão en portugais) était bel et bien enterré (enfin noyé, car tel fut son sort dans le deuxième volet de ses aventures). Et voilà qu’il réapparaît, bien vieilli certes, mais possédant toujours ce regard de possédé et ce verbe facile.

Il n’a d’ailleurs pas trop changé, Coffin Joe, et il faut dire que dans le Sao Paulo des années 2000, il fait un peu tâche avec son vieux costume de croque-mort, sa grosse breloque autour du cou et ses ongles longs à rendre vert de jalousie Nosferatu. Pourtant, il a beau affiché ses 75 printemps, le profanateur de sépulture connaît toujours un grand succès avec les femmes. C’est peut-être cette manière théâtrale d’aligner ses tirades, ou ce regard hypnotique de vieux chef de clan corse, je ne sais pas. En tout cas, ça marche du feu de Dieu sur la gente féminine, et cela tombe bien car le cochon de fossoyeur continue de chercher l’épouse idéale, celle qui sera digne de porter le fils de Zé do Caixão.

Ainsi, dés sa sortie de taule, le sataniste amateur de belles fesses se retrouve avec une poignée de fidèles adorateurs fanatisés, encore plus sadiques que les Cénobites de Hellraiser (et plus sexy aussi). Ensemble, ils vont commencer à écumer Sao Paulo pour y kidnapper des belles femmes. Séquestrées dans une cave, celles-ci se voient alors violées et torturées, puis massacrées (et pas toujours dans cet ordre). De plus, comme les temps ont bien changé depuis les années 60, José Mojica Marins – qui bravait déjà les interdits en ces années yéyé – va ici très loin dans le démonstratif.

Car, on le sait, cet artiste est fou. Complètement fou. Et génial (enfin, ce qualificatif n’engage que moi). Peu connu du grand public, véritable pape du bis, cet homme nous a offert durant les années 60 des spectacles délirants, mêlant horreur, surréalisme, érotisme (parfois même pornographie) dans des œuvres totalement inclassables. Vous me direz, on disait la même chose de Jesus Franco, d’Alexandro Jodorowsky, de Luis Buñuel, de tous ces cinéastes considérant le cinéma comme un moyen d’expression expérimental et libre de toutes contraintes. Oui, c’est vrai, mais lui, plus de quarante ans après ses premiers « tableaux animés », il est encore là et, fait encore plus incroyable, il n’a pas changé.

Car Embodiment of Evil travaille sa matière première exactement de la même manière que dans A minuit, je possèderai ton âme, le chef d’œuvre du cinéaste (en estompant un peu le coté gothique). Cela amène un étrange mixage d’éléments kitch et modernes, qui rend ce métrage totalement intemporel. Au programme : principalement des scènes de violence entremêlées de séquences surréalistes - au cours d’une desquelles Coffin Joe va visiter « l’autre coté », y rencontrer Dieu, la Mort, et assister à une gigantesque partouze cannibale. D’ailleurs, si José Mojica Marins reste assez sage dans le domaine des démonstrations sexuelles, il ne se prive cependant pas de mettre en scène des séquences très dérangeantes, comme quand Zé do Caixão oblige une fille hypnotisée à dévorer sa propre chair ou quand il introduit un rat dans un vagin.

En même temps, le cinéaste, lucide, jette un regard critique sur le Brésil du 21ème siècle et nous présente une société pourrie jusqu’à la moelle. Dans ce film, la police, par ses pratiques meurtrières dans les favelas, ne vaut guère mieux que ce (pauvre) Coffin Joe hanté par ses anciennes victimes (qui réapparaissent en noir et blanc !). La jeunesse égarée respire des gaz d’échappement, quand à l’Eglise, elle est représentée par un moine fanatique masochiste complètement dément. Bref, dans cette jungle, Coffin Joe n’apparaît pas comme étant pire que les autres.

Le film est donc très violent avec des effets spéciaux – mélangeant maquillages et inserts CGI – très performants. Pluie de sang, écorchage vif, crucifixion, scarification, équarrissage, éventration… dans Embodiment of Evil, Coffin Joe, assisté de ses adeptes fanatiques, se déchaîne, mêlant le sexe à la souffrance dans un sordide cérémonial. Enfin graphiquement, on est heureux de constater que le métrage est très travaillé, et cela même si José Mojica Marins ne disposait pas d’un gros budget. Même constatation en ce qui concerne la photographie et la réalisation, toutes deux irréprochables.

La conclusion de

Je conclurais cet article en avançant que Embodiment of Evil est le seul véritable film bis sorti durant ces dix dernières années. Je m’en suis rendu compte en visionnant ce film. Cette œuvre très « spéciale », d’une grande violence et absolument sordide ne plaira certainement pas à tout le monde mais, personnellement, je trouve que voir un film de ce type dans une époque où le formatage est roi, et bien… cela fait sacrément du bien ! Merci Coffin Joe !

Que faut-il en retenir ?

  • Un œuvre unique, un artiste inimitable
  • Un mélange de kitch et de modernisme fascinant
  • Glauque et sordide… immonde.
  • Effets spéciaux très réussis

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