Au cœur d’une Europe parallèle et plutôt sombre, le peuple des Royaumes-Unis a amené au pouvoir un gouvernement totalitaire, raciste et homophobe. Il est dirigé d’une poigne de fer par le chancelier Setler, et ses officiers du gouvernement régissent tous les rouages essentiels du pays, qu’ils soient économiques ou informatifs.
Seulement, un jour, un individu se lève contre ce système haineux et injuste, il se fait désigner sur le nom de V…
Mis en chantier par les frères
Wachowski et mis en boîte par leur protégé
James McTeigue,
V pour Vendetta est l’adaptation cinématographique de la nouvelle graphique du même nom. Véritable brûlot anti-tatchérien des années 80, résolument anti-conformisme, il gardait toutefois un contenu propre à la majorité des comics ; une absence de subtilité et une naïveté philosophique assez rustre. Il atteignait cependant allégrement ses objectifs ; une dénonciation politique et une volonté assez réjouissante d’interpeller de manière crue le lecteur.
Maintenant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’univers de ce comics est assez familier aux frangins et
V pour Vendetta met en vedette un héros qui n’est finalement pas si éloigné de l’ami
Néo qu’on pourrait le penser. Le
Messie laisse ici la place à
l’Executeur, mais sous ces deux profils aussi épais qu’un fil de lin, on y trouve bien sur le thème de
l’Elu de la Destinée. Sous son aspect le plus brut, bien entendu. Ainsi V, incarné par
Hugo Weaving, se présente non pas comme un ange de la vengeance au but égocentrique – comme pourrait le laisser entendre le terme de Vendetta cité dans le titre – mais comme l’instrument forcé du changement et le déclencheur inconscient de toute évolution cyclique qui marque le chemin de croix historique de l’humanité.
V revendique le libre-arbitre et la liberté d’expression. Il en est cependant tout le contraire, et ne possède aucune identité, plongeant ses racines dans un évènement historique et symbolique de la Guerre Civile Anglaise ayant marqué d’une pierre blanche l’histoire de l’Angleterre. Choix étrange que ce dramatique acte shakespearien qui a laissé l’avenir du peuple dans les mains du puritanisme et de l’intolérance prônée par le parti de
Cromwell. Il faut croire que, malgré les tonnes de livres qui occupent les étagères de son manoir cossu, V n’a lu que ce qui l’intéressait : l’iconographie révolutionnaire dans ce qu’elle a de plus réactionnaire.
Toute révolution ne peut aboutir que par la violence du peuple. Soit. Les historiens, bien sur, donneront sûrement raison à cette phrase qui peut sembler une évidence si l’on se penche un tant soit peu sur nos livres d’histoire. Cependant, si on ne peut nier que V est en réalité bien plus, et bien moins, qu’un inspirateur insurrectionnel, il est certains que nombreux seront gênés par son absence d’idéologie. V ne propose rien, il n’existe que pour faire Tabula Rasa, à la manière d’un châtiment divin. Primaire et frustrant. Même si on nous laisse entendre que les guides sont tout désignés – la séquence réunissant sur un quai la fougueuse
Evey et le sage
Finch est évocatrice sur le sujet.
Plus intéressant est la critique du monde de l’information. Et notamment cette critique politiquement incorrecte envers le culte de l’image. A ce niveau, les frères
Wachowski sont nettement plus à l’aise. Il est vrai qu’ils connaissent réellement le sujet, réalisateurs producteurs plongés dans l’univers de
George W. Bush.
Adolf Hitler de pacotille, ultra stéréotypé comme la plupart des protagonistes de ce film, le Chancelier
Sutler n’est un personnage intéressant que par le fait qu’il n’est, durant tout le film, qu’une gigantesque image menaçant et vociférante sur un écran. Doté de cette véritable armure mystique, l’omnipotent despote se retrouve finalement réduit à l’état de larve pleurnicharde lorsqu’il s’en retrouve dévêtu.
Bien sur, il est hors de question pour les
Wachowski de porter atteinte à l’intégrité de cette magnifique invention qu’est la télévision. Pur artefact magique et messianique, elle n’est finalement que l’instrument de la projection psychologique et idéaliste de ses détenteurs pervertis. V le prouve d’ailleurs en l’utilisant à son profil, au cours d’une intrusion mouvementée dans le cerveau de ce corps véritablement malade qu’est le système en place : un studio de télévision. Microbe puissamment actif, il va alors envoyé des informations perturbantes à tous les autres composantes ‘’socio-organiques’’ (la famille bourgeoise, les ouvriers dans le bars, les retraités). Philosophie de comptoir ? Peut-être, comme le Bouddhisme à deux balles de
Matrix, mais elle au moins le mérité d’exister.
Au niveau de la réalisation,
James McTeigue fait montre d’une grande impersonnalité mais cela n’est guère gênant tant le jeu d’acteur rattrape la fadeur narrative.
Natalie Portman, en soeurette de
Sinead O’Connor, est très attachante et donne du corps à son personnage. Elle est peut-être la meilleure surprise de ce film. Cependant, les autres comédiens, malgré le manque de relief de leur personnage, s’en tirent plutôt à leur avantage. On a cependant de leur peine pour le talentueux
John Hurt, coincé dans ce rôle horrible ou il doit se contenter d’éructer aux cours de toutes ses apparitions.