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Critique du Film : Gothic
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Critique du Film : Gothic

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 10 juillet 2006 à 0856

Une nuit au bord du lac

Enivrés par l’abus d’élixir au laudanum, quatre poètes, isolés dans un manoir suisse, s’amusent à se faire peur…
Au-delà d’un Peter Greeneway ou d’un Terry Gilliam, s’il fallait désigner un cinéaste atypique oeuvrant au sein du septième art britannique, il s’agirait sans nul doute de Ken Russell. Pourtant, en y regardant bien, on peux constater que ce réalisateur innovateur et original n’a jamais été reconnu comme tel, ni par ses pairs (il n’a jamais reçu aucune distinction sauf une misère une année à Cannes , si je me souviens bien), ni par les critiques qui l’ont toujours considérés comme un auteur mineur.
Pourquoi ce dédain ? Parce que, avant toute chose, Ken Russell dérange et son esprit fantasque le rend difficilement classable – donc peu ‘’marketable’’, comme l’on dit de nos jours. Provocant (exposer, au début des années 70, des nonnes possédées chevauchant un phallus géant, il fallait oser !), outrecuidant, ingérable, pervers, irrévérencieux, dépensier… Les qualificatifs péjoratifs à son sujet sont nombreux, et pourtant, pourtant, Ken Russell, a marqué le cinéma de genre britannique et mondial de son emprunte (rappelons-nous sa filmographie : Love, Les Diables, Aria, Malher, Le Repaire du Ver Blanc, Tommy, Au-delà du Réel…). Hélas, parfois, le talent ne résout pas tout, et aujourd’hui, il est en quelque sorte un auteur abandonné de tous (son dernier film, The Fall of the Louse of Usher, a été réalisé avec des moyens amateurs, à son propre domicile !). Son seul grand succès populaire restera Tommy, une comédie musicale psychédélique qui ne doit sa pérennité qu’à la bande son du groupe de rock The Who.
Mais moi, j’aime Ken Russell ! Car Ken Russell aime le fantastique. Non pas sous la forme d’un thème ou d’une finalité, mais comme un medium pictural, un alibi à la démesure. Et, à diverses doses souvent bien calibrées, il l’utilise dans la plupart de ses films. Dans Love, l’aspect fantastique est introduit par ces choquantes incursions bestiales au cœur de violentes séquences érotiques ; dans Les Diables, c’est uniquement l’illustration de témoignages (ou de délires) de témoins peu fiables; dans Au delà du réel, ce n’est qu’un medium fantasmagorique autorisant le phénomène de régression du héros, et dans Gothic, le film qui nous intéresse plus particulièrement dans cette chronique, c’est la matérialisation des fantasmes de quelques poètes drogués.
L’idée originale de Gothic est géniale. Et l’initiative de saisir l’instantané d’une nuit de fantasmagorie dans les murs baroques de la Villa Diodati de Lord Byron vient directement de l’esprit d’un artiste inspiré par les Muses. Réfugiés, une nuit d’orage, dans cette immense demeure isolée, les hôtes de Lord Byron vont connaître une bien étrange expérience, et les spectateurs aussi, s’ils souhaitent pénétrer dans le labyrinthe sensuel de ce huis clôt. Les sensations s’accumulent sans répit au moyen d’une narration originale. En effet, Ken Russell choisit d’ordonner une diction théâtrale avec des textes déclamés en prose. Une initiative intéressante qui amène une dose fantasmagorique supplémentaire dans une trame narrative qui en est déjà fortement pourvue. Les personnages principaux sont au nombre de cinq. Lord Byron est le maître du château et de cérémonie. Il est accompagné de son biographe et ami, le docteur Polidori. Puis vient le couple Shelley (le poète Percy Shelley et sa femme, Mary Shelley – l’auteur du Prométhée moderne, à savoir Frankenstein) et la concubine de Byron, Claire Clermont.
Gavés de drogues, ces cinq personnages vont basculer dans le délire fantasmagorique sous le regard stoïque des serviteurs, et y entraîner le spectateur. Chacun des personnages, dans une sarabande hallucinatoire, va laisser se produire la matérialisation des ses peurs, des ses fantasmes, de ses désirs profonds et de ses déviances. Sadomasochisme, impuissance, homosexualité, amour libre, alcoolisme, zoophilie, adultère, inceste, Ken Russell, on s’en doute bien dés les premières images, veut troubler plus qu’il ne veut faire peur, veut intriguer plus qu’il ne veut donner la leçon, mais il veut surtout s’amuser. Au moyen d’un chassé croisé sentimental, romantique et violent entre les personnages, empli de références littéraires et culturelles, le réalisateur peut mettre en scène son goût pour l’humour noir, le baroque et l’absurde, et il n’hésite pas à aller très loin dans l’imagerie sombre et gothique.
Néanmoins, je suis forcer d’admettre que cette débauche de sensations diverses et variées, véritables montagnes russes poétiques et érotiques, cache finalement un fond plutôt léger. Une fois la surprise passée et la mince enveloppe d’esthétisme baroque mise en pièce par une lecture plus critique, on s’aperçoit finalement que le film tient plus de l’exercice de style que du conte gothique espéré. La trame se révèle au final très superficielle, visant plus volontiers l’esbroufe que la réflexion, avec une succession de tableaux vivants sans réelles substance dramatique. D’autant plus dommage que le choix des personnages et des comédiens choisis pour les interpréter auraient largement pu permettre plus de matière à développement.
Des comédiens d’ailleurs en état de grâce. Gabriel Byrne, génial en Lord Byron, dandy boiteux, hédoniste, épicurien, révolutionnaire, et à l’aura quasi mystique, joue avec délice le manipulateur séducteur, le poète gourou. Julian Sands, si jeune et déjà excellent, fait ressortir de manière extraordinaire le caractère déchiré du grand poète révolutionnaire Percy Bysshe Shelley, qui a inspiré des auteurs majeurs comme Yeats ou Browning . Mary Shelley est incarnée par Nastasha Richardson, la beauté laiteuse de la jeune actrice servant parfaitement l’innocence de la future philosophe qui, parait-il, conçu le concept de Frankenstein cette nuit là. Un bon point également à Myriam Cyr, qui est très convaincante dans le rôle de la libertine Claire Bermont. Si tous ces acteurs sont excellents, la prestation la plus remarquable est cependant celle de Timothy Spall dans le très difficile rôle de Polidori (médecin, biographe de Byron et auteur de Vampire, bien sûr). Une prestation à la limite de la démence, de la douleur et de la peine, d’une grande efficacité, et une véritable performance dramatique.

La conclusion de

Au final, que dire de ce Gothic ? Certains vont détester, trouver l’œuvre vaine et pompeuse et gratuitement provocatrice. Ils auront sûrement raison. D’autres, comme moi, vont préférer y voir un coloré conte baroque, délirant et esthétiquement recherché. Un deuxième parti que je rallie volontiers, tant mon attachement pour l’auteur est grand et tant l’interprétation de qualité mérite le respect

Que faut-il en retenir ?

  • Une idée originale géniale
  • Une mise en scène fantasmagorique à al fois perverse et élégante
  • Un esprit gothique fort
  • Une interprétation de grande qualité

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario alibi
  • Un style de narration qui peut agacer

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