Précédé de quelques bons échos venus du festival de Sundance, Moon était certainement l'un des films les plus attendus de cette neuvième édition du Nifff. Et la déception n'a pas été de mise tant le film a su avec intelligence se doter d'un scénario solide et d'une ambiance de science-fiction qui n'est pas sans rappeler quelques classiques du domaine.
Trois ans sont passés depuis que Sam Bell vit seul dans la station Selene, dont le travail consiste à extraire de l'Helium 3, substance qui permet de répondre aux problèmes énergétiques terrestres. Séparé de sa femme et de son fils, il aime à occuper ses temps libres en imaginant ses retrouvailles avec sa famille… des retrouvailles qui devraient se produire prochainement. En attendant, celui-ci a pour seul colocataire un robot du nom de GERTY, une machine soi-disant présente pour veiller à qu’il puisse assurer sans problème ses missions, sans risquer sa vie en tombant dans la folie de la solitude.
Un accident va cependant arriver et la vie de Sam va s'en trouver chamboulée.

Ce film nous le devons à un certain Duncan Jones, un inconnu jusqu'ici qui a cependant la particularité d'être le fils de David Bowie. Mais pas de fausse jalousie, à la sortie du film il est impossible d’avancer que c'est encore le fils d'une star qui s'essaie au métier artistique, car ce passionné de science-fiction fait preuve - et cela dès ce premier film - d'un véritable talent de conteur, mais aussi d'artiste. Déjà réalisateur d'un court métrage de science-fiction en 2002 (Whistle), Duncan Jones se sert des références du genre pour déstabiliser son public. Ainsi, alors qu'à titre d'exemple, on pourrait penser que GERTY était un équivalent au Hal de 2001, l'odyssée de l'espace (tant la ressemblance est frappante sur un certain nombre d'aspects), il en sera rien, le réalisateur s'amusant justement à se servir de cette référence pour surprendre et créer une tout autre « psychologie robotique ». Un robot qui de plus se trouve gâté du timbre de voix à la fois calme et terrifiant de Kevin Spacey.
Si l’on se base aussi sur le principe qu'un film de science-fiction exige souvent l’apport d’un confortable budget, on ne peut qu'être impressionné par ce résultat, jamais pauvre en vues extérieures, malgré un budget se situant autour de 5 millions de dollars, soit très très loin des productions américaines actuelles. Le réalisateur a trouvé la réponse dans la nostalgie, en reprenant les techniques de maquette utilisées durant les années 70-80 et aussi en engageant un vétéran comme Bill Pearson, qui a contribué à la conception des modèles miniatures de films tels qu’Alien et Outlander. Le travail sur la photographie de Peter Talbot (Batman Begins) étant, de plus, de grande qualité, autant dire que l'on savoure ses beaux instants qui nous rappellent à quel point les maquettes n'ont rien à envier aux effets numériques.

Duncan Jones soigne son ambiance, et essaie de recréer (avec réussite) celle qu'il avait tant aimée dans ces années là. Dans Moon on retrouve un peu d’Alien, de Silent Running, de Outlander, de 2001, l'odyssée de l'espace, tout cela d'une manière assumée, mais dans un contexte au scénario original et vraiment bien ficelé qui en un temps où tout le monde essaie de reprendre de vieilles idées pour des visuels soi-disant plus novateurs, Duncan Jones fait l'inverse en s'armant d'une histoire neuve dans des techniques qui ont fait leurs preuves. Ça marche, et seuls ceux qui ne supportent plus qu'un plan ne change pas toutes les 3 secondes trouveront à s'ennuyer.
Mais la réussite de Moon ne se situe pas que dans l'histoire, les effets, la réalisation ou encore dans la photographie, mais aussi dans la prestation incroyable d'un Sam Rockwell qui y trouve ici son meilleur rôle. Expliquer pourquoi serait enlever des surprises du film, mais étant à l'écran seul pendant plus de 90% du temps cela peut déjà donner une idée du défi qu'il avait à tenir pour ne pas créer l'ennuie. Dernier personnage important, mais jamais visible, il s'agit bien de la musique de Clint Mansell (The Fountain, Requiem for a Dream) qui, une fois encore, contribue à instaurer un plus indéniable à un ensemble déjà bien fourni en qualité.