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Entretien avec Mathieu Saintout et Léonidas Vespérini

Publié il y a 9 ans par Nicolas L.

Naissance des éditions Thermopyles

Lors de la Gencon 2007, j’ai eu l’occasion de retrouver Leonidas Vespérini, avec lequel j’avais eu un long entretien l’année dernière. A l’époque, il nous avait présenté Mana Rouge et Ravage, deux magazines pour lesquels il occupe le poste de rédacteur en chef. Cette année, c’est en compagnie de Mathieu Saintout, directeur de publication de Bibliothèque Interdite, que je l’ai rencontré. Les deux hommes ont en effet décidé de s’associer dans le cadre de la création des Editions Thermopyles, une société destinée à réunir sous la même bannière les produits cités plus haut. Comme nous sommes très curieux à SFU, vous nous connaissez, nous avons décidé de leur poser quelques questions, histoire d’en savoir sur les raisons de cette union. Léonidas Vespérini et Mathieu Saintout nous ont donc nous parlé de leur nouveau bébé, et nous ont fait part de leur passion pour le milieu du jeu et les univers fantastiques.

: ENTRETIEN AVEC MATHIEU SAINTOUT
Bastable : bonjour Mathieu, peux-tu te présenter à nos internautes ?
Mathieu Saintout : Bien sûr ! Je suis Mathieu Saintout, directeur de la Bibliothèque Interdite, et aujourd’hui co-associé, avec Léonidas Vespérini, des éditions des Thermopyles. J’ai créé Bibliothèque Interdite il y a maintenant trois ans, et on y traduit les produits de la Black Library qui est la maison d'édition de la gamme Games Workshop, le spécialiste du jeu à figurines de fantasy et de science-fiction.
Bastable : et comment Mathieu Saintout a t’il atterri dans le milieu du jeu de rôle et de l’édition ?
Mathieu : comme presque tout le monde en fait. Tout d’abord, la rencontre du jeu dans le milieu universitaire puis en magasin. Ensuite je suis rentré au siège social de Games Workshop où j’ai occupé le poste de traducteur maquettiste. On s’occupait de toute la production, que cela soit les mensuels, les jeux, les magazines et les suppléments de règle. Puis, quand la société a déménagé, je suis resté sur Paris. J’ai alors travaillé dans le domaine de la comm et du comics, chez Semic notamment. Puis, grâce aux contacts établis durant cette période, j’ai enfin pu monter ma société.
Bastable : quels sont les produits proposés par Bibliothèque Interdite ?
Mathieu : nous avons acheté la licence de la Black Library. Donc, nous avons acquis tout le catalogue des romans Warhammer et Warhammer 40 000. Nous sélectionnons les romans que nous considérons comme les meilleurs, nous les traduisons et les éditons au rythme de deux tous les deux mois. Donc, en fonction des titres, nous avons une production de 12 à 15 romans par an. Puis nous avons également signé avec Games Workshop pour la licence Warhammer le jeu de rôle, qui appartient au même univers que les romans.
Bastable : y a t’il un lien entre le rythme de parution des suppléments du jeu de rôle et celui des romans ?
Mathieu : non, il n’y a pas de lien car en Angleterre ces deux aspects ne dépendent pas du même service. Donc, pour les deux types de produits, nous n’avons pas les mêmes sources d’information. De plus, le jeu de rôle a un rythme bien différent de la parution littéraire. Et enfin, en Angleterre, il y a une diminution de la parution des suppléments du jeu de rôle et nous allons donc diluer nos titres pour éviter le phénomène de rupture. Par contre, du coté des romans, il y a déjà plus de 200 titres disponibles. Nous en avons traduit 34, donc le calcul est vite fait. Quand on sait qu’ils éditent 3 ou 4 romans par mois, on se rend compte que l’on n’est pas prêt de les rattraper. Cela nous permet d’ailleurs de sélectionner les meilleurs titres, ceux qui sont les mieux écrits ou les plus aptes à satisfaire les fans du marché français.
Bastable : tu es donc personnellement responsable du choix des romans à traduire ?
Mathieu : tout à fait, je suis le principal décideur. Mais au-delà de ça, j’ai tout un soutien de lecteurs anglais qui me donnent conseils et avis. Qui vont peut-être me dire que tel ouvrage est un bon roman, même si je ne l’ai pas apprécié. Je le confie aalors à d’autres personnes qui vont le lire et peut-être me dire que, au regard de leur sensibilité littéraire, c’est une bonne histoire et que quelque chose d'intéressant peut être fait avec un autre traducteur. Il faut savoir que nous demandons aux traducteurs d’effectuer un effort d’adaptation, de prendre des libertés par rapport au texte, pour mieux correspondre au marché français. Par exemple, les anglais aiment beaucoup user de phrases très courtes, avec beaucoup de répétitions, et je préfère que nos romans se voient réécris pour bénéficier d’une véritable plume française. Pour cela, nous avons deux traducteurs auquel je trouve beaucoup de talents, qui sont Julien Drouet et Nathalie Huet. Quand nous pensons qu’un roman manque un peu de souffle, on va le confier à l’un de ces deux auteurs.
Bastable : au niveau des écrivains de la Black Library, sont-elles les mêmes personnes que celles qui écrivent du background pour le jeu de rôle ?
Mathieu : au début oui, maintenant ce n’est plus le cas. Ils font appel à des professionnels, comme Dan Abnett, par exemple, un spécialiste du comics qui a signé des séries comme Superman, Legion ou des X-men. Il écrit également des romans SF de Doctor Who et des romans historiques. Il est impliqué tout de même dans l’écriture du jeu de rôle Warhammer 40 000 qui sortira en 2008. Par contre, pour les autres, on peut dire qu'une moitié est composée d’écrivains issus du studio anglais et que l'autre est composée d’auteurs indépendants.
Bastable : de quoi se compose la gamme ? Uniquement de romans Warhammer ?
Mathieu : Non. Ils ont développé un autre label qui se nomme Black Plain et qui exploite par exemple les licences Judge Dredd et Slaine, ils exploitent aussi des licences de produits cinéma, comme Destination Finale ou l’Effet Papillon. Et ils viennent de créer un nouveau courant ou ils éditent leurs propres créations à tendance historico-fantastique sur fond de deuxième guerre mondiale. Dans cet univers, l’armée allemande s’est alliée avec des roumains qui envoient des vagues de vampires sur les troupes russes, c’est très étonnant. Ils viennent d’achever une trilogie et en entament une autre. Je suis très intéressé par ces produits, notamment Slaine, et notre prochaine étape sera la création d’un nouveau label consacré à la fantasy généraliste. J’essaye aussi de récupérer aux Etats-Unis The Death Dealer de Frazetta. C’est une série de quatre romans qui m’intéresse beaucoup.
Bastable : Bibliothèque Interdite ne s’arrête donc pas aux produits Black Library ?
Mathieu : La Bibliothèque Interdite va rester liée à l’univers Warhammer mais les Editions Interdites qui vont naître à coté seront généralistes. Bastable : Très bien. Alors, pour éclairer les profanes, qu’est-ce que Warhammer ?
Mathieu : Warhammer se déroule dans un univers de fantasy. C’est une sorte d’Europe légèrement transformée. La nation principale se nomme l’Empire, elle pourrait correspondre au Saint Empire Germanique de la renaissance. La Bretonnie rappelle la France médiévale, le Kislev la Russie tsariste. Tout ça est mélangé avec une sorte de sauce dark fin de siècle, composée de menaces de dieux sombres, de puissances de la Ruine et de menaces chaotiques. C’est sombre et violent avec des flagellants, des chasseurs de sorcières, des races mutantes, des nains et des elfes en voie d’extinction. Les forces du Chaos oeuvrent en douce pour la destruction de la race humaine. Warhammer a trente ans d’existence, c’est un univers très riche.
Bastable : à l’origine, c’est un jeu à figurines…
Mathieu : Oui, tout a fait. Cela n'a été pendant un bon moment uniquement que des figurines.
Bastable : puis, il y a Warhammer 40 000…
Mathieu : Warhammer 40 000 est son pendant futuriste. Là, on se retrouve quand l’humanité a quitté Terra, qui correspond à notre Terre, pour partir à la conquête de la galaxie. L’humanité s’est unifiée autour d’un empereur-dieu. A la frontière de l’univers humain rodent quantité de races extra-terrrestres comme les Eldars, des sortes d’elfes, des orks, ainsi que toute une horde d’humains adorateurs des dieux du Chaos. Cela reste dans une ambiance sombre et violente, notamment pour justifier le jeu de figurines qui reste un jeu d’affrontements d’armées.
Bastable : le White Dwarf (ndb : la magazine des produits Games Workshop), ne suffisait-il pas ?
Mathieu : le White Dwarf a commencé à expliquer le background, en montrant qu’il n’y avait pas que de la guerre. Les romans ont pris le relais et ont développé le background et l’univers.

Bastable : Est-ce que quelqu’un qui ne connaît ni le jeu de rôle ni le jeu à figurines peut lire les romans ?
Mathieu : Justement, oui. Nous avons d’ailleurs essayé de sélectionner les romans dans ce sens. Disons que la moitié des romans que nous éditons sont dédiés plus principalement aux fans, comme l'Hérésie d'Horus, qui est un monument de la saga, expliquant des faits se déroulant 1000 ans avant l’époque où se déroule le jeu de figurines. A coté de ça, nous avons sélectionné des romans plus neutres. Bien que collant fidèlement à l’univers, ils peuvent parfaitement être lus séparément. Personnellement, je conseille aux profanes la trilogie de l’inquisiteur Eisenhorn. C’est une superbe trilogie de Dan Abnett, qui développe grandement le background de Warhammer 40 000 avec des aspects sociologiques encore jamais visités.
En ce qui concerne la fantasy, c’est d’autant plus simple que c’est un univers plus facile d’accès que le space opera. Là encore, il y a quelques romans assez spécialisés et d’autres plus généralistes. Mais cela reste un univers nettement plus accessible pour les néophytes que Warhammer 40000, qui contient plus de clés et de codes.
Bastable ; un ado peut se lancer dans la lecture des romans Warhammer ?
Mathieu : oui, un ado peut parfaitement se lancer dans les romans Warhammer. Je conseille souvent des ouvrages uniques, comme les Cavaliers de la Mort ou les Gardiens de la Forêt. Bien écrits, ces romans répondent parfaitement aux codes habituels de la fantasy avec des quêtes, des chevaliers, etc. Puis, pour les lecteurs plus expérimentés, il y a des séries plus longues, plus fouillées, comme les Gotrek et Felix qui compte huit tomes. C’est assez accessible, disons à partir de 13 ou 14 ans. D’ailleurs, on a des retours de boutiques qui vendent le jeu de rôle qui disent qu’ils ont un jeune lectorat qui se crée. Un apport de sang neuf qui se lie autour d’une communauté.
Bastable : on peut donc parler de fan base.
Mathieu : il y a une base de fans que Games Workshop a créé en trente ans d’existence. Nous, on a réussi à se construire un lectorat qui ne connaissait pas cet univers et qui nous ont découvert à travers des sites web, des conseils de lecture… Bastable : et qui les a peut-être amenés à essayer les autres produits ?
Mathieu : eh bien, on l’espère sincèrement. Il y aussi les jeux vidéo comme Dawn of War. En fait, il y a de multiples passerelles…
Bastable : on du mal d’ailleurs a imaginé l’impact de Warhammer en France.
Mathieu : alors, Warhammer est étrangement presque aussi important en France qu’en Angleterre. Le jeu de rôle se vend d’ailleurs mieux en France que là-bas. Les tirages français des romans sont équivalents aux anglais, même si la masse pure de produits anglais est plus importante car ils distribuent aussi les Etats-Unis. Par contre, aux Etats-Unis, le phénomène est important. On a assisté à des ventes record. Notamment sur l’Hérésie d’Horus ou en quatre mois, ils ont réalisé 450 000 ventes pour la série. Le premier tome, l’Ascension d’Horus fut 53ième lors des ventes de livres, toutes catégories confondues, durant les fêtes de Noël. Ils ont même reçu un appel téléphonique du Times qui leur disait que c’était la première fois qu’un roman issu du core market faisait un tel chiffre. Il faut savoir que les cinquante premières places sont occupées par des produits du style Da Vinci Code ou Harry Potter… c’est dire l’impact du phénomène, même Donjons & Dragons n’a jamais réussi une telle performance.
Bastable : et en France ?
Mathieu : on a de très bonnes ventes. Les chiffres se situent aux alentours des 5000 ventes par roman, et ça se développe ! On est donc très content. On gagne régulièrement des nouveaux lecteurs qui découvrent de nouveaux titres et surtout tout le reste de la gamme. Tout cela nous aide pour avoir une bonne visibilité en FNAC et dans les grands magasins. Et même si le produit recherché est épuisé, on peut y découvrir le reste de la collection avec ces variantes. On est vraiment content de pouvoir montrer que l’univers de Warhammer est diversifié et riche.
Bastable : il y a aussi des comics, je crois
Mathieu : les premiers comics viennent d’être publiés aux Etats-Unis. Ils viennent d’achever une première série de quatre numéros et en annoncent trois nouvelles pour le deuxième semestre 2007 ; deux nouvelles séries pout Warhammer 40 000 et une pour Warhammer. On s’est penché sur le sujet, on surveille çà de près même si au jour d’aujourd’hui rien n’est fait.
Bastable : et au sujet de l’aspect communautaire. Est-ce que lecteur a accès à une base d’information, sur Internet, par exemple ?
Mathieu : Oui, tout à fait. Nous essayons de rester une société à taille humaine. C’est l’un de nos atouts qui fait Games Workshop nous fait confiance, plutôt que s’adresser à Hachette, par exemple. Fleuve Noir, par exemple, a la licence Donjons & Dragons, ils auraient très bien pu désirer la licence Warhammer, mais la volonté de Games Workshop et de la Black Library est de rester près du lecteur, et c’est également notre politique. A chacune des questions que l’on nous pose, nous essayons d’avoir une réactivité en donnant nos avis, nos conseils. On invite des auteurs anglais dans les conventions qui répondent aux questions des fans en présence d’un interprète. D’ailleurs, les deux fois que l’on a fait cette expérience, les auteurs eux-mêmes étaient ravis d’entrer en contact avec un public qu’ils ne connaissent pas. Le lecteur français a une sensibilité complètement différente de l’anglo-saxon.
Bastable : et bien, merci de ton amabilité Mathieu et bonne chance à la Bibliothèque Interdite et aux Editions Thermopyles.
Mathieu: au revoir, et merci!

: ENTRETIEN AVEC LEONIDAS VESPERINI <Retour à l'entretien avec Mathieu Saintout
Bastable : bonjour Léonidas, nous nous étions déjà rencontré à l’occasion du lancement du magazine Mana Rouge, nous te retrouvons sur SFU aujourd’hui mais pour tout autre chose… pour la création d’une maison d’édition
Léonidas Vespérini : bonjour Nicolas ! Oui, tout à fait. Cette nouvelle société se nomme Thermopyles. Tu devinera aisément pourquoi (rire). Plus sérieusement, on peut affirmer que pour nous, et pour moi, c’est une nouvelle étape. J’ai créé cette société en m’associant avec Mathieu Saintout, des éditions Bibliothèque Interdite, qui est spécialisée dans les romans et les jeux de rôle de la gamme Warhammer, ainsi que dans les romans Magic. On devine donc toutes les synergies qui peut y avoir avec des magazines comme Ravage – qui est très concerné par les jeux de figurines Warhammer et Warhammer 40 000 – et Mana Rouge, qui consacre beaucoup de place à Magic. Et comme je te le disais également, Bibliothèque Interdite édite aussi la gamme française des jeux de rôle Warhammer, qui marche très bien (ndb : Warhammer vient d’ailleurs d’obtenir le convoité Grog d’or 2007). Je tiens à dire aussi que nous avons également un troisième associé, Pierre-Olivier Barome*, qui est depuis longtemps secrétaire de rédaction de Mana Rouge. C’est donc une société qui est créée par des gens qui connaissent bien le milieu, et qui va se révéler un excellent outil pour redéployer des titres de qualité qui, à mon avis, pourraient être plus réactifs.
Bastable : Mana Rouge et Ravage passent donc de l’éditeur Histoire & Collections aux éditions Thermopyles, qu’est-ce que cela va entraîner principalement ? Un changement de la ligne éditoriale ?
Léonidas : la ligne éditorial ne risque pas de changer, du moins dans un premier temps, puisque toute l’équipe qui construisait les magazines sous l'égide de H&C est conservée. La maquettiste, les pigistes, les illustrateurs, tous sont nous ont suivi. Rien ne va donc être chamboulé, et même les hors séries vont continuer à paraître normalement. Au premier coup d’œil, il sera donc quasiment impossible au lecteur de se rendre compte du changement. Cependant, dans le fond, il est vrai qu’il y a quand même une petite différence car Thermopyles sera exclusivement consacré à ces deux titres, Mana Rouge et Ravage. C’est très important car cela veut dire que toutes les décisions qui vont être prises vont concerner ces deux magazines, alors que du temps d’Histoire & Collections, ils étaient deux titres perdus au milieu d’une quinzaine d’autres. Donc, l’attention portée et la réactivité n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. La conséquence immédiate est aussi l’ajout de bonus. Les deux derniers Mana Rouge ont bénéficiés de la présence de boosters de cartes et nous allons continuer à investir pour faire perdurer ces inserts issus de différents horizons, comme Magic, bien sûr, mais aussi Naruto, Dragon Ball, etc. Quand à Ravage, c’est pareil, on va multiplier les inserts. Dans le tout dernier numéro, nous y avons inséré des cartes en avant-première du nouveau jeu de figurines d’Asmodée, Hell Dorado, et nous allons continuer cette politique pour les numéros suivants. Les offres d’abonnements seront beaucoup plus riches et intéressantes et nous n’hésiterons pas à nous adapter, pour coller véritablement à l’actualité.
Bastable : mais on ne peut pas dire qu’il y a un look, un design Thermopyles. Ravage et Mana Rouge sont deux magazines bien différents.
Léonidas : c’est vrai qu’un rapprochement est une tendance souhaitée par certains. On a d’ailleurs commencé à effectuer quelques petites retouches. Vous pourriez constater dés ce dernier numéro de Ravage quelques petits changement dans la maquette, qui conserve toutefois son propre style. On va progressivement s’attacher à la rapprocher de celle de Mana Rouge qui est une maquette très vive, très colorée. Cependant, il faut savoir que le lectorat n’est pas le même. Celui de Ravage est plus âgé, plus demandeur de textes et d’analyses donc même si la maquette du magazine va continuer à paraître de moins en moins austère, elle gardera son style général. Mais c’est vrai, on vise quand même à moyen terme une meilleure cohésion graphique entre les deux titres.
Bastable : quelle va être votre politique vis-à-vis des jeux hybrides ? De plus en plus de jeux marient des concepts à la base bien différents ; le plateau, les figurines, les cartes…

Léonidas : On va continuer à bien marquer la distinction. Ravage se veut rester le magazine des jeux de figurines fantastiques. J’entends par là tous les jeux de figurines, qu’ils soient classiques ou prépeints. Si l’on y parle de jeux de plateau, ils auront obligatoirement un lien avec la figurine. Quand à Mana Rouge, il est et reste le magazine des jeux de cartes à collectionner, qui est un secteur bien spécifique. Tous les deux sont des magazines de niches, très spécialisés. Leur particularité, leur force, est de traiter de tous les jeux disponibles sur le marché. Même si les jeux phares occupent une grande part dans les magazines, nous nous fixons pour objectif d’être le plus large possible dans léventail de jeux présentés. Dans Mana Rouge, c’est vrai, nous parlons un peu des jeux de plateau dans une petite rubrique généraliste…
Bastable : est-il prévu d’autres parutions Thermopyles ? Par exemple, un magazine qui se consacrerait plus spécifiquement aux produits Warhammer, qui irait au-delà de ce que fait White Dwarf en présentant les romans, les jeux vidéo, etc ?
Léonidas : nous avons déjà dans Ravage une petite rubrique qui présente des produits Warhammer, et évidemment les romans publiés par Bibliothèque Interdite y ont une place importante. On y parle aussi de nombreux produits qui ne sont pas couverts par d’autres médias, comme le jeu vidéo ou le futur MMORPG. Pour le moment, on n’y consacre qu’une page, c’est peut-être à développer. Dans Mana Rouge, on voit déjà apparaître les produits Bibliothèque Interdite avec l’introduction d’extraits de romans Magic. Maintenant, pour ce qui est de créer de nouveaux titres, cela reste quelque chose à laquelle nous songeons mais pas dans l’immédiat. On préfère se concentrer sur nos produits déjà existants.
Bastable : de nouvelles révélations dans le jeu de figurines ? AT-43 par exemple, fait l’objet d’une forte attention de la part de Ravage…
Léonidas : AT-43 marche bien. C’est du prépeint de qualité qui colle parfaitement à un marché en plein développement. Les classiques sont toujours là et Games Workshop règne toujours en maître sur le marché des figurines à monter et/ou à peindre. Warhammer, Warhammer 40000 et le Seigneur des Anneaux restent les leaders du milieu, mais les outsiders comme Privateer Press avec Warmachine et Rackham avec Confrontation se portent au mieux. Et puis depuis peu, il y a Hell Dorado chez Asmodée, qui démarre bien.
Maintenant, il y a une nouvelle tendance, issue d’une évolution, et qui ouvre le marché à d’autres joueurs; c’est le prépeint. Les jeux de figurines prépeintes à collectionner sont en vogue, comme Star Wars, Dungeons & Dragons, HeroClix etc. Mais on voit également se multiplier les jeux de figurines prépeintes qui ne sont pas à collectionner, qui s’achètent comme des jeux classiques. C’est le cas de AT-43, un jeu assez récent. Ces derniers vont encore prendre de l’importance car ils s’adressent à une clientèle qui n’a plus le temps ou l’envie – ou même le talent – de consacrer des heures à des jeux de figurines classiques. On trouve même dans ce nouveau secteur des joueurs qui ne sont pas originaires du hobby Games Workshop et consort. C’est un véritable apport de sang neuf.
Bastable : surtout que les règles sont plus accessibles.
Léonidas : oui. Les règles sont plus grand public, les parties sont courtes et la mise en place rapide. C’est un univers qui est complètement différents du celui de la figurine classique qui ne s’adresse qu’aux passionnés. Et, de plus, les figurines prépeintes sont de plus en plus jolies.
Bastable : et donc coté du jeu de cartes à collectionner. Est-ce que le raz-de-marée annoncé World of Warcraft a eu lieu ?
Léonidas : Magic reste le leader. Surtout sur le marché spécialisé. Sur le marché grand public, les jeux à licence marchent très bien mais ils sont tributaires d’une clientèle plus versatile qui ne va pas s’impliquer durant des années. Il n y’a pas de grande révolution sur ce marché qui conserve ses valeurs sûres. Il y a de réguliers apports de nouveaux produits mais peu d’entre eux pérennisent. Il y en a cependant beaucoup plus qu’auparavant et Yu-Gi-Oh ! et Pokemon sont confortablement installés en tête de liste. Ils sont aujourd’hui concurrencés par World of Warcraft qui est poussé par une communauté forte et active. Le jeu a tout d’abord bénéficié de la masse des fans du jeu vidéo puis de nombreux joueurs de cartes, attirés par le buz WoW, ont essayé le jeu et l’ont adopté. Le jeu connaît aujourd’hui un très gros succès.
Bastable : dans ce milieu bien particulier, comment se comporte la France ?
Léonidas : la France est un très gros marché. Si l’on prend comme référence de base le nombre d’habitants, il y a beaucoup plus de joueurs français que de joueurs américains. Et de très loin. Au niveau du marché mondial, le marché américain est bien évidemment numéro un, le marché japonais est très fort et le marché français se situe bien puisqu’il est dans le top 5. En Europe, l’Allemagne et la France se partage la première place, en fonction des jeux.
Bastable : Mana Rouge organise de nombreux tournois. Personnellement, en tant que profane, je n’y comprends rien à tous ces labels. Peux-tu m’expliquer un peu tout ça, en commençant par le Trophée Mana Rouge ?
Léonidas : le Trophée Mana Rouge est un tournoi Magic organisé par le magazine. C’est toutefois un tournoi officiel, reconnu par la DCI, l’organisme qui gère les tournois Magic. C'est-à-dire que les participants au Trophée Mana Rouge gagnent des points DCI. Mais il a quelques particularités. Nous organisons tout et nous avons voulu que le tournoi soit ouvert à tous, avec des droits d’inscriptions peu élevés (ndb : en fait le tournoi est gratuit, une fois les droits d’entrée à la GenCon acquittés) et qu’il soit accessible. C'est-à-dire qu’il se joue avec des cartes récentes. Pour cette année, par exemple, c’est le bloc Spirale Temporelle, donc le dernier paru, qui a été choisi comme format. Le but est de faire jouer nos lecteurs et on s’attache à récompenser tous les participants. Quand au vainqueur du tournoi, il remporte un Black Lotus (ndb : l’une des cartes les plus prestigieuses du jeu, et la plus chère !).
Bastable : comment s’organisent les rondes ? Un joueur lambda peut-il affronter un pro ?
Léonidas : oui, oui, absolument. C’est d’ailleurs le but. Dans les premières rondes, tout est possible. Ensuite, comme la gestion se fait par un système de rondes Suisses, le tri se fait puisque les meilleurs seront amenés à rencontrer leurs équivalents. A l’issue des rondes est déterminé un top 8, qui cette année a eu lieu le lendemain, où les joueurs s’affrontent par élimination directe.
Bastable : le lecteur qui feuillette un Mana Rouge voit toute une sorte de label comme les Grands Prix, etc. Ce sont des tournois du même type ?
Léonidas : c’est le championnat organisé par Wizard of the Coast. C’est le circuit officiel sur lequel officient les joueurs professionnels.
Bastable : comme le golf, ou le tennis ?
Léonidas (rire) : oui, voilà. Sauf que les Grands Prix sont ouverts à tous. Il y en a un dans chaque pays et cette année, le Grand Prix de France se jouait à Strasbourg, après Toulouse l’année dernière. Il y a toujours beaucoup de monde. Par exemple, l’édition parisienne; qui s'est déroulée il y a quelques années, a réuni 1600 joueurs payants, un chiffre impressionnant. Puis, il y a les tournois Pro Tour, qui ne réunissent que les meilleurs joueurs et le Championnat du Monde qui fonctionne sur le même principe. Aussi, quand on sait qu'il y a aussi le système Arena qui met en place les petits tournois locaux, on comprend pourquoi Magic est aussi important dans le milieu des cartes à collectionner depuis 14 ans maintenant.
Bastable : et les joueurs français ?
Léonidas : les meilleurs joueurs français comptent parmi l’élite mondiale. La Pro Race, qui correspond un peu au classement ATP dans le monde du tennis, affiche au jour d’aujourd’hui deux français ex-aequo à la première place. Ce sont Guillaume Wafo-Tapa et Raphael Levy. Le troisième au classement est, je crois, un Japonais. Dans un registre plus général, on peut dire qu’en ce moment les Japonais sont les meilleurs, devant les Français et les Hollandais.
Bastable : et Mana Rouge soutient les français…
Léonidas : bien sûr, bien sûr. Nous avons même des champions dans nos rangs car Olivier Ruel, qui a terminé second de la Pro Race l’année dernière derrière un Japonais compte parmi nos rédacteurs.
Bastable : et toi ?
Léonidas (rire) : oulala ! Je n’ai vraiment pas le temps ! Comme tu peux le voir, j’ai à peine le temps de te parler. De temps en temps, des parties en amateur… c’est tout.
Bastable : et bien merci Léonidas, et bonne chance dans ton entreprise Thermopyles !
Léonidas : merci Nicolas, à bientôt !

* Rectification du 18 octobre 2007: faisant suite à sa demande, SFU signale que Pierre Olivier Baromé a quitté la société Thermopyles

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