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Critique de la anthologie : Victimes et bourreaux [2011], par Manu B.

Avis critique rédigé par Manu B. le lundi 6 juin 2011 à 23h47

Anthologie des Imaginales - volume 3

"Sous mes fesses, une paillasse grouillante de vermine. La pierre dure, rugueuse, râpe mes côtes et mon épaule. Enserrant mes poignets, écorchant ma peau au moindre geste, des menottes de fer, épaisses et rouillées. Je suis seule, dans cette cellule vaguement éclairée par la lueur jaunâtre d'une torche, de l'autre côté de la porte..."

Pour la troisième année consécutive, sous la direction de Stéphanie Nicot, l'anthologie du festival des Imaginales d'Epinal est publié aux éd. Mnémos. Au programme cette année, auteurs confirmés et auteurs montants pour un thème pour le moins violent physiquement ou psychiquement: Victimes et bourreaux.
Charlotte Bousquet (La Stratégie de l'araignée), Michel Robert (Qjörll l'Assassin), Justine Niogret (Porter dans mes veines l'artefact et l'antidote), Maïa Mazaurette (Que justice soit faite !), Pierre Bordage (Qui sera le bourreau ?), Nathalie Dau (Ton visage et mon coeur), Jeanne-A Debats (Frères d'armes), Jean-Philippe Jaworski (Désolation), Sam Nell (Le Deuxième oeil), Lionel Davoust (Au-delà des murs), Paul Beorn (Le Démon de Mémoire) et Xavier Mauméjean (Mazbaleh).

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la référence aux victimes et bourreaux dans un cadre de fantasy ne réduit pas ce thème à la torture qu'on imagine héritée du Moyen-âge, des films Hostel ou Saw transposés dans l'imaginaire féerique. Ça l'est, mais pas seulement. A l'idée de bourreau et de victime vient se coller le concept de souffrance et à ce petit jeu, le bourreau n'est pas forcément celui auquel on pense. Les douze auteurs au sommaire apportent chacun leur vision de la victimisation, de la torture, qu'elle soit physique ou morale, et enfin de la souffrance qui en découle. Des textes parfois pénibles, sombres et pleins d'humanité, loin d'être de la fantasy de Bisounours. Tout ce qu'on aime !

C'est Charlotte Bousquet qui ouvre le bal (comme une prémonition puisqu'elle a reçu le prix des Imaginales pour son roman Cytheriae, quelques jours seulement après la parution de cette anthologie) avec une nouvelle en plein dans la cible du thème directeur. C'est l'histoire de Dionisia, jugée pour sorcellerie à cause de ses dons de prescience dans les geôles orientales. Or, elle a précédemment sauvé Tessa, la soeur de Savino, un homme influent, avant de tomber dans les griffes d'un bourreau particulièrement vicieux. Sera-t-elle secourue à temps? L'ambiguïté des deux protagonistes principaux donne son piment au texte.
Michel Robert mise sur l'action. Son texte raconte les péripéties d'un groupe de mercenaires mené par le sergent Griff McNabb, en fin d'une mission qui ne sera accomplie que lorsqu'ils auront acheminé à destination leur prisonnier Qjörl, un assassin notoire. Or, les territoires qu'il leur reste à traverser sont peuplés des terribles Pachees. L'ambiance et le schéma ont un quelque chose de Predator (on a ici aussi un éclaireur, des chiens de guerres redoutables et un ennemi insaisissable). Seul le dénouement donnera la véritable identité de la victime.
Dans un texte qui se démarque sensiblement de l'univers de Chien du heaume (et Mordre le bouclier), Justine Niogret nous emmène dans les coulisses d'un cirque où la situation de la jeune femme est dramatique. Son numéro en duo avec une créature végétale (et animale à la fois?) n'a pu être mis au point qu'au prix de coups et de brimades. Il y a de jolis passages contemplatifs.

Les deux nouvelles suivantes s'inspirent de l'inquisition. Celle de Maïa Mazaurette narre le récit du père Antoine, alors que la baronnie subie une crise grave: la peste est aux portes du château. Tout l'art de la torture psychologique.
Celle de Pierre Bordage est dans l'esprit de la chasse aux sorcières. C'est l'histoire du procès de Stadimir l'empaleur. Tout un programme !

On change de genre avec Nathalie Dau, plutôt dans le conte médiéval. C'est l'habituelle mais néanmoins jolie histoire entre une femme et son mari, à travers le filtre de la jalousie, un sentiment qui use et ronge les sentiments les plus purs. Ce texte fait penser à certaines nouvelles de James Graham Ballard (ses statues qui chantent), la poésie en plus.
Jeanne-A Debats propose un univers très original, une sorte d'école de contrôle de l'âme d'inspiration prestigieuse: Le Sorcier de Terremer. A l'école de Sabëlfell, les enfants sont formés pour maîtriser le Talent, afin de combattre l'ennemi. Les groupes sont formés de Poings et d'une Làme. Il faut une parfaite symbiose entre chaque élément. L'arrivée d'un jeune prodige déséquilibre l'harmonie de manière dramatique. Un superbe dénouement.

Jean-Philippe Jaworski a exploré les univers plein de créatures Tolkiennesques dans les jeux de rôle. Dans sa nouvelle, il imagine l'expédition d'un groupe hétéroclite composé de nobles nains et de lètes, des gnômes. Ils poursuivent leur mission dans la vallée interdite malgré la menace du dragon qui hante les lieux. Il y a aura une vérité à ne pas découvrir au bout chemin.
Direction les hauts sommets du Pays des Cimes avec Sam Nell, où la spiritualité peut revêtir des atours de souffrance. Tao Lang Li, dont la gangrène ronge le sein, rejoint Kunlun le palais de Lamai-Vara pour suivre la Voie de l'Eveil et guérir. Il croise le chemin d'un jeune cyclope venu pour endurer les supplices dans l'espoir de transcender lui aussi son corps. C'est dans ce texte que la souffrance est décrite dans sa plus grande crudité. On n'attendait pas l'auteur dans ce registre, mais ça fonctionne bien.

Lionel Davoust retourne en terre connue. Laenus est un guerrier qui a participé à la campagne de Hieral, une province séparatiste de l'empire. Le problème, c'est qu'il a tout oublié ou presque de l'assaut final du monastère de la capitale où un drame effroyable s'est produit. Il est en réhabilitation dans un hôpital. En utliisant les flashbacks à la Iain M. Banks, il reconstitue par puzzle ce qui s'est produit. On comprend l'histoire au travers du prisme subjectif du narrateur. Un très bon texte.
Virage à 90° pour le texte de Paul Beorn, qui se situe plutôt dans une fantasy plus traditionnelle. La Sylve Edeline est en mission. Elle doit accompagner Dame Maronne à Quiercy pour exécuter un Sâdi, un démon. C'est le texte le plus rafraîchissant de l'anthologie.
C'est bien entendu l'érudition de Xavier Mauméjean qui clôt le recueil avec une nouvelle biblique. Il revisite le Livre de Job (Ancien Testament) avec la manière. La quintessence de la souffrance n'est-elle pas divine ?

La conclusion de à propos de la Anthologie : Victimes et bourreaux [2011]

Manu B.
80

Victimes et bourreaux est une jolie anthologie. Il faut dire que le thème se prête bien aux textes originaux et à la sensibilité toute personnelle de chacun des auteurs.

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