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Critique du roman : Extraits des archives du district [2010], par Nicolas W.

Avis critique rédigé par Nicolas W. le mercredi 7 juillet 2010 à 00h24

La Taupe se rebelle !

"J'ai décidé, pour me distraire, de rapporter quelques impressions générales de ma vie. Non seulement je me sens soudain seul, mais un ou deux événements se sont produits récemment qui me perturbent. Ils m'ont aussi fait réfléchir aux choses ordinaires. Je suppose que vivre seul n'est pas bon pour moi, tout comme vieillir. Les rares distractions que j'avais ne me satisfont plus. Je vois les gens différemment. A une époque de ma vie où je devrais gagner en sérénité, je suis de plus en plus agité."

Dans un monde qui pourrait très bien être le nôtre, un quinquagénaire  surnommé "La Taupe" par ses amis décide de tenir un journal. Il nous narre ses petits tracas quotidiens lors de ses escapades à la banque ou au supermarché, ainsi que les mauvais traitements d'une brute appelée Godrek au bas de son immeuble. Peu à peu, on apprend que notre narrateur fait partie d'un club d'enterrement dans une société où tout semble façonné selon ce genre d'associations. Une administration étouffante et inquiétante paraît régir la vie de tout un chacun. Pourtant, La Taupe va vite comprendre qu'il a du mal à supporter cette insidieuse dictature et surtout qu'il n'est pas le seul...

Grâce aux éditions Attila, Extraits des archives du district connaît aujourd'hui les honneurs d'une publication en France. Ce roman de l'écrivain américain Kenneth Bernard s'inscrit dans la veine de dystopies telles que 1984 ou le film Brazil de Terry Gilliam. Ecrit en 1992, relativement court avec ses 241 pages, il aborde sous un angle singulier la vie dans une société oppressante en mettant en scène un homme d'un certain âge. Mais est-ce suffisant pour le démarquer des œuvres existantes ?

Présenté sous la forme d'un journal divisé en relativement courts chapitres, le roman se scinde clairement en deux parties. La première moitié de l'ouvrage rassemble les témoignages du vieil homme sur divers aspects de la société dans laquelle il vit : le sport, le supermarché, son voisinage, la banque ou encore la kermesse. Kenneth Bernard mêle ici avec brio l'humour avec un sentiment paranoïaque. La Taupe présente des raisonnements sur des sujets triviaux mais laisse poindre quelques éléments inquiétants : qui est ce voisin violent qui agresse les résidents ? Pourquoi impose-t-on des règles contraignantes à la banque ? Pourquoi interdire les kermesses et les représentations de saltimbanques dans les rues ? Autant de questions dont les réponses restent floues. En s'accumulant, chaque infime grain de sable vient démanger l'esprit du lecteur pour finalement l'emprisonner dans une atmosphère de paranoïa sourde qui n'explose que dans la seconde moitié du roman. Jouant avec les extrêmes, Bernard allie à ces éléments angoissants un humour lié non seulement à la trivialité des sujets de dissertations du narrateur mais surtout lié à ses révoltes absurdes. Passer dans le mauvais sens d'une file d'attente ou encore venir à la banque puis repartir sans faire aucune opération, voici le genre de petites rébellions auxquelles se livre La Taupe.

Dans la seconde moitié, le fil conducteur devient plus clair après l'introduction de nombre d'éléments qui inscrivent cette société dans le cadre d'une dictature administrative. L'idée géniale - et absurde - de Kenneth Bernard réside dans les clubs d'enterrements. Ces institutions de la vie quotidienne préparent les gens à partir de l'âge de cinquante-cinq ans à leur propre mort. Pourtant, on sent rapidement qu'il ne s'agit guère plus que d'un moyen de contrôle aussi perfide que répugnant. L'auteur s'enfonce alors dans des considérations sur la fin de vie ainsi que la capacité de révolte du narrateur et par là-même des personnes âgées. Prenant à contre-pied l'avis général, il tisse des figures d'un âge avancé et qui n'attendent qu'une chose : un changement dans leur vie routinière. La Taupe fait figure d'archétype dans cette démonstration. La force du roman réside à la fois dans l'atmosphère paranoïaque qui s'accentue au fil des pages mais aussi par cette société vue par les yeux d'un vieillard.

Autre point fort du roman, son non-dit. Là où certains révèlent trop peu et où d'autres ne gardent aucune part de mystère, Bernard joue sur l'équilibre de ces deux extrêmes pour laisser le lecteur dans le doute tout en lui rappelant par petites touches que certaines choses dérangeantes se trament au-delà du récit principal. Il adapte la même idée à ces résistants au système puisque tous ceux que rencontrera le narrateur ne resteront bien souvent que de nébuleuses figures révolutionnaires, aussi vite disparues qu'elles ont chamboulé la vie du quinquagénaire. A de nombreux points d'ailleurs, Extraits des archives du district rappelle le bon souvenir du fameux film Brazil. Une administration folle et un univers aseptisé mais non dénué d'humour, un personnage anonyme qui se révolte et croise quelques sympathisants, les points communs sont nombreux. Il reste pourtant cette touche assez unique et indéfinissable, ainsi que les traits d'imagination de l'auteur, qui démarquent les deux œuvres.

Seul bémol, la fin. Là où le lecteur attend une légion de réponses, Bernard ne fait que répondre par d'autres questions. Ce défaut reste relatif puisqu'il n'est ni plus ni moins que le parfait prolongement du reste du roman. Il faut donc mettre en garde le lecteur qui, lui, voudra qu'on lui éclaircisse l'esprit. Toutefois, l'entreprise s'achève avec brio et laisse un sentiment étrange qui ne cesse de nous faire revenir à cette singulière société. Si l'on est bien attentif, on pourra sûrement même voir en ces pages une certaine forme de poésie mélancolique à propos de la fin de vie. Une vieillesse narrée avec sensibilité et qui n'est pas sans renvoyer à nos propres parents. A cet égard, Kenneth Bernard avait déjà tout bon.

"Comme j'ai atteint l'âge, j'ai rejoint un club d'enterrement. Ca n'est pas aussi lugubre que cela peut paraître. L'accent est mis sur la vie, les bons moments. Bien sûr, le club d'enterrement (qui supplante tous les autres clubs, sections, affiliations, etc.) a pour but premier d'assurer à chacun un enterrement décent. Mais comme il est impossible d'assister, pour ainsi dire, à ses propres funérailles, celles des autres peuvent être considérées avec une certaine nonchalance. La familiarité engendre, sinon le mépris, du moins l'indifférence."

Remerciements à Amandine V. pour la relecture

La conclusion de à propos du Roman : Extraits des archives du district [2010]

Nicolas W.
85

Digne descendant d'Orwell ou de Gilliam, Kenneth Bernard livre une œuvre aussi intriguante que réussie. Entre humour et tragédie, oppression et liberté, Extraits des archives du district en profite pour nous faire plonger dans le dernier âge de la vie avec justesse et sensibilité. Une véritable bonne surprise à l'arrivée pour le lecteur.

Que faut-il en retenir ?

  • La forme du récit
  • L'atmosphère oppressante
  • Le narrateur
  • Les clubs d'enterrements
  • Quelques touches de poésie

Que faut-il oublier ?

  • Une fin nébuleuse

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