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Critique du roman : Radio libre Albemuth [1997], par Manu B.

Avis critique rédigé par Manu B. le dimanche 22 janvier 2006 à 06h14

Prelude à la trilogie divine

"Mon ami Nicholas Brady, qui était persuadé d'avoir contribué le monde, naquit à Chicago en 1928 mais gagna la Californie immédiatement après. Il passa la majeure partie de sa vie aux abords de la Baie, en particulier à Berkeley..."
Le tournant. Il est étonnant que ce roman ait été écrit puis mis de côté par son auteur et son éditeur, car ce roman fait figure de prélude à la trilogie divine, cette oeuvre qui a dérouté bon nombre de lecteurs. Heureusement pour nous qu'il a été édité, même si c'est de manière posthume puisqu'il amène quelques éclaircissements sur le roman suivant: SIVA. La trilogie divine fait figure d'OVNI dans toute l'oeuvre de Dick et fait partie de ce qu'on a appelé sa période mystique.
Radio libre Albemuth est un roman troublant quand, à l'éclaircissement de la vie de cet auteur, on retrouve autant d'éléments autobiographiques. Dick a lui-même travaillé dans sa jeunesse dans un magasin de disques à Berkeley, où il a passé sa plus tendre enfance et où il pouvait cultiver une passion pour la musique classique. Il épouse en 1950 Kleo, qui adhère à beaucoup de causes, et les jeunes mariés s'installent à Berkeley même, une ville qui a une grosse tendance communiste qu'embrasse Kleo, mais pas Philip, qui ne s'y intéresse pas. C'est à partir de cette époque que Dick va avoir des déboires avec le FBI, dont l'épisode 25 ans après d'une lettre soit disant codée qu'il envoie également au FBI pour analyse. 1974, le 20 février est le jour où il aura sa révélation: le pendentif, un poisson doré, qui va le plonger plus en avant dans son délire mystique. Il se sentira dès lors investi de la mission d'être possédé par l'un de ces gardiens chrétiens du premier siècle. Valisystem était dans son esprit...
La schizophrénie. Ce roman n'est pas halluciné. Pas encore. C'est l'introduction dans l'univers qui va suivre dans ses prochains romans. Dick commence à faire un petit bilan de sa vie, en mettant en place "son ami Nicholas Bredy", qui n'est autre que lui-même. Un autre lui-même que Dick tourne un peu en dérision en mettant en scène "Phil Dick" qui se moque doucement de Nicholas. Dick en profite pour régler ses comptes avec la réputation de camé qu'on lui avait collé: "Mes véritables problèmes en rapport avec la drogue surgirent lorsque Harlan Ellison, dans son anthologie 'dangereuses visions', affirma dans l'introduction à l'une de mes nouvelles qu'elle avait été 'écrite sous l'influence du LSD'". Dick n'a en effet que peu essayé de drogue, carburant plutôt aux amphétamines depuis très tôt pour écrire, une tendance aux médicaments que sa mère lui avait inculquée, une hypochondriaque notoire. Dick le camé? Pas vraiment. C'est avec un détachement que ce roman donne la parole à Nicholas Bredy, puis à Phil Dick, permettant à l'écrivain de s'amuser de sa réputation d'auteur, puis d'homme dans la vie de tous les jours.
Richard Nixon. Bilan. Le mystique. Ce roman est totalement lisible, en comparaison avec la trilogie divine. Il met en scène une société digne de 1984, avec un Ferris F. Fremont, qualifié comme le grand Satan (FFF=666) de l'Amérique, arrivé au pouvoir à la force de ses griffes et de ses dents aiguisées. C'est une société où les APA (Amis du peuple Américain) exercent une sorte de contrôle de la conscience, qui n'est pas sans rappeler les contrôleurs de la pensée déjà présents dans la vérité avant dernière. Radio libre Albemuth en en quelque sorte la continuité de Coulez mes larmes dit le policier, où un tel régime était déjà mis en scène. Fremont est le diabolique, auquel s'oppose une entité venue d'on ne sait où (Albemuth?) qui d'une certaine manière, fait penser au dieu venu du centaure, où l'auteur, déjà, s'interrogeait sur la religion et l'Eglise, sur la colonie de Mars. Le troisième chapitre de Nicholas Bredy est d'ailleurs hallucinant et dénote une grande recherche théologique, où les références bibliques sont nombreuses, et très intéressants. Un passage que j'ai beaucoup aimé.
Ce roman, considéré comme mineur, est un roman atypique mais que j'ai particulièrement apprécié pour le côté théologique et autobiographique.

La conclusion de à propos du Roman : Radio libre Albemuth [1997]

Manu B.
80

Radio libre Albemuth est un livre en marge de toute son oeuvre, témoignant le début de ce qu'on appelle "période mystique", suite à l'événement survenu en 1974 mais cette période témoigne également de la vie de Dick dans les dernières années de sa vie: ses regrets, sa vie écoulée et aussi de la perspective de la mort. A lire pour un peu mieux comprendre le personnage de Dick.

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