75.OOO pixels viennent d'être aspirés dans un trou noir !
Le futur sera peut-être différent mais sur cette planète nous vivons encore grâce à la publicité.
Astuce N°8 : Dans l'espace publicitaire, personne ne vous entend crier. Surtout si vous le bloquez.
On vous aime et nous vous souhaitons une bonne lecture. "Longue vie et prospérité !"
Critique du Film : Ça
Ça >

Critique du Film : Ça

Avis critique rédigé par Vincent L. le vendredi 22 septembre 2017 à 0900

Le clown tueur venu d'ailleurs...

Si les oeuvres de Stephen King ont toujours connu une certaine hype en terme d'adaptations cinématographiques et télévisuelles, 2017 restera l'une des années les plus fastes que l'on ait pu connaître, entre La Tour Sombre, Ça, Jessie, The Mist ou Mr. Mercedes. Mais si les producteurs ont toujours su garder un oeil sur les écrits du maître de l'horreur, nombre d'entre eux ne le font visiblement que dans une logique purement opportuniste, choisissant des formats dénués de toute logique artistique au regard des matériaux choisis (la saga La Tour Sombre est un film de quatre-vingt dix minutes, là où de la courte nouvelle The Mist devient une série de près de sept heures) et accouchant de produits sans âme à la qualité plus que discutable.

L'adaptation de Ça pouvait donc à priori faire craindre le pire. La longueur du roman (plus de mille pages), sa structure (de nombreux personnages, des aller-retour entre plusieurs époques) ainsi que sa violence intrinsèque rendait en effet la transposition cinématographique théoriquement compliquée (surtout dans le cadre d'un film de studio). Malgré cela, quelques indices tendaient tout de même à nous faire dire que les choses ne s'annonçaient pas si mal, entre un réalisateur talentueux à la barre (Andrés Muschietti, tout auréolé du succès de son sympathique Mama), un studio capable de miser sur des films d'horreur de qualité (par exemple Insidious ou The Conjuring) et un format logique au regard du matériau original (deux longs films).

Si l'on savait d'ores et déjà que le film ne pourrait pas avoir la puissance émotionnelle du roman de Stephen King (notamment parce que certains passages sont impossibles à retranscrire au cinéma), on espérait avant tout que cette adaptation soit un bon film de frousse. Il faut dire que le roman possédait tous les ingrédients nécessaires à cela, notamment via un antagoniste très cinégénique. Au final, ce n'est malheureusement pas le cas : Ça n'est pas un très bon film d'horreur. On pourrait pointer du doigt les partis pris scénaristiques (la première partie consiste uniquement en une succession de "un enfant vs le monstre de la scène") ou les facilités d'écriture (on ne comprend pas comment certains des héros survivent), mais en réalité, ce constat est d'avantage la conséquence de deux choix de mise en scène.

En premier lieu, Andrés Muschietti a pris le parti d'une gestion de la peur extrêmement peu subtile. Chaque apparition de la créature est ainsi composé de la même façon : le protagoniste est installé dans un environnement dangereux, la tension monte alors que le danger devient de plus en plus prégnant, puis la créature surgit rapidement et bruyamment vers le spectateur pour le faire sursauter. On est donc dans une logique de "train fantôme", une gestion de l'angoisse purement mécanique (ça va vite, ça fait du bruit, donc on sursaute) qui oublie de prendre aux tripes et de faire frissonner. Au delà de cette manière de faire bien trop bourrine pour faire peur, la redondance du processus rend les attaques de plus en plus prévisibles, donc de moins en moins efficientes.

D'autre part, le parti-pris esthétique choisi pour réprésenter la créature échoue à la rendre réellement terrifiante. Le téléfilm Ça (première adaptation du roman en 1990) est notamment devenu culte grace à l'interprétation de Tim Curry, qui jouait habilement sur le décalage entre son costume (coloré et joyeux) et son interprétation (sombre et perfide), un décalage qui devenait dérangeant, malaisant et, finalement, flippant. Ici, Ça a clairement l'apparence d'une créature maléfique. Il n'y a désormais plus aucun décalage, et le malaise ne se créé jamais. La créature de Ça s'apparente dès lors un boogeyman proche d'un Jason Voorhees, ce qui, en plus de créer quelques illogismes (notamment dans la scène d'ouverture), le rend somme toute banal.

Si, pour toutes ces raisons, Ça n'est pas un film d'horreur très réussi, il n'est cependant pas dénué de qualités. Et si les partis-pris artistiques d'Andrés Muschietti sont criticables, ils obeissent tout de même à une logique globale. On ne s'y attendait pas forcément, mais le cinéaste a réussi à capter dans son film une partie de ce qui faisait la puissance du roman de Stephen King. Le roman Ça, c'est avant tout une chronique profondément humaine habilement dissimulée sous les atours d'un récit de monstre, l'histoire de sept personnages abîmés par la vie dans deux périodes charnière de leur existence (l'enfance et la quarantaine). L'adaptation cinématographique a cette qualité de respecter cela et de proposer, derrière le train fantôme un peu gadget, de véritables drames filmés à hauteur humaine.

C'est à ce niveau que Ça parvient à devenir vraiment oppressant : dans ce quotidien glauque dans lequel évolue les enfants (la direction artistique du film est somptueuse), au milieu des adultes (au mieux absents, au pire franchement sordides) et des criminels en devenir (Henry Bowers, beaucoup plus stressant à chacun de ses apparition que ne peut l'être le célèbre clown). Les personnages sont globalement bien écrits, leurs comportements et leurs réactions sont logiques, et chacun porte une thématique intéressante qui donne au long-métrage une dynamique passionnante. Finalement, c'est dans cette dimension à la Stand by Me que le film comporte, et de loin, ses meilleurs moments.

Il faut enfin préciser que le film est servi par un casting de grande qualité. Tous les comédiens du fims sont excellents, chaque membre du Club des Ratés étant juste parfait (mention spéciale pour Sophia Lillis, qui campe formidablement le personnage de Beverley, et Finn Wolfhard, qui interprète un Richie absolument parfait). Ces neufs jeunes acteurs portent l'intégralité du film sur leurs épaules (les adultes sont très très en retrait). Dans le rôle de la créature, Bill Skasgard manque de subtilité et échoue à devenir réellement flippant. A sa décharge, avouons que le problème ne vient pas tant de sa prestation (il joue finalement plutôt bien dans son répertoire de monstre) que du parti-pris choisi dans la direction d'acteur.

La conclusion de

Beaucoup trop bourrin dans ses effets chocs, Ça n'est malheureusement pas le grand film de peur que l'on pouvait espérer. En lieu et place, nous avons le droit à un train fantôme, certes honnêtement ficelé, mais manquant cruellement d'originalité et de subtilité. Cette (grosse) réserve mise à part, le film parvient malgré tout à tirer son épingle du jeu dans toute sa dimension humaine, le quotidien de ces personnages, parfois sordide, faisant nettement plus froid dans le dos que leur antagoniste raté. Avec ce second film, Andrés Muschietti s'impose comme un excellent conteur, lequel a visiblement parfaitement compris l'intérêt intrinsèque du roman de Stephen King. C'est déjà pas mal...

Que faut-il en retenir ?

  • Des comédiens excellents,
  • Une mise en scène qui privilégie l'aspect humain,
  • De bons personnages, servis avec de bon dialogues,
  • Une direction artistique très soignée.

Que faut-il oublier ?

  • Un antagoniste raté,
  • Des effets de trouille qui manquent de subtilité,
  • Des facilités d'écriture parfois trop visibles.

Acheter Ça en un clic

Nous vous proposons de comparer les prix et les versions de Ça sur Amazon, site de vente en ligne dans lequel vous pouvez avoir confiance.

Retrouvez les annonces de nos dernières critiques sur les réseaux sociaux

Sur Facebook | Sur Twitter | Sur Google+