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Critique du film : Intruders [2012], par Jonathan C.

Avis critique rédigé par Jonathan C. le jeudi 29 décembre 2011 à 19h11

Intruders

affiche espagnole Intruders

En Angleterre, une adolescente est harcelée chaque nuit par une étrange silhouette, un individu sans visage qui tenterait de prendre possession d’elle. A Madrid, un garçon de 7 ans subit les mêmes visions nocturnes. Bientôt, leurs parents deviennent eux aussi témoins de ces apparitions…
Une énième histoire de fantôme ? Une énième histoire de boogeyman ? Encore un home invasion comme le cinéma espagnol en produit de plus en plus (cf. Kidnappés et Malveillance en 2011, ces films qui voient des intrus envahir le foyer quotidien et intime) ? Un peu des trois, et finalement aucun des trois, Intruders propose plutôt une intéressante variation sur le thème des peurs enfantines, incarnées dans un mystérieux intrus qui tient aussi bien du fantôme que du boogeyman, mais aussi des démons intérieurs et de ces monstres sans visages que les enfants craignent de voir surgir de sous leur lit, du placard de leur chambre ou d’un coin sombre au fond de la pièce. Véritable légende urbaine, le boogeyman au cinéma représente à la base un cauchemar, une incarnation vivante des terreurs nocturnes, et ce sont parfois ces dernières qu’il faut affronter pour vaincre le croquemitaine (la tagline de l’affiche français en dit déjà trop : « Votre peur va les réveiller »). En reprenant cette thématique, Juan Carlos Fresnadillo, réalisateur talentueux de Intacto et de 28 semaines plus tard (qui enterrait l’excellent film de Danny Boyle), analyse la mécanique du conte, ses racines et ses rouages, sur un postulat proche de celui du Don't Be Afraid of the Dark écrit par Guillermo Del Toro ; dans les deux films, un enfant est harcelé la nuit par des créatures de l'ombre qui veulent l'emmener pour nourrir leur propre légende.

La « créature» de Intruders revient aux fondamentaux du boogeyman sans vraiment en être un. Comme Freddy Kruger ou Candyman, qui agissent dans le subconscient et sont des cauchemars qui débordent sur la réalité jusqu’au sang, le « Sans Visage » (comme l’appellent les enfants) de Intruders est également une sorte de croquemitaine onirique qu’on réveille, qui revient hanter rêves et réel et qui prend possession de l’âme ; une figure psychanalytique (et rhétorique) dont le cinéaste analyse la « mise en légende ». Comment un trauma d’enfance se transforme en conte, en légende et en croquemitaine dans l’esprit d’un être humain, et comment cette croyance inébranlable devient contagieuse jusqu’à convaincre d’autres esprits (SPOILER dans Intruders, la peur du père contamine sa fille FIN SPOILER) ? C’est ce que cherche à raconter Juan Carlos Fresnadillo, qui construit discrètement, voire insidieusement, toutes les composantes du conte, avec ses terreurs psychanalytiques et sa double interprétation. Il s'agit aussi de montrer comment les cauchemars s'insinuent dans l'esprit, d'où ils viennent et comment ils s'en vont, et surtout comment se transmet la peur, thème déjà évoqué dans les deux précédents films du cinéaste. Dans Intruders, lorsque l’enfant couche ses peurs sur papier, ce récit, caché puis retrouvé des années plus tard dans un tronc d’arbre (la filiation aux contes est alors flagrante), deviendra un conte puis un cauchemar, dont le film revient aux origines quand on ne s’y attend pas. Avec ce récit qui devient réalité par la seule force de la conviction profonde, le réalisateur met ainsi en avant la puissance narrative et esthétique des histoires (quand elles sont bien racontées) et des croyances, et indirectement des mythes. Et c’est bien pour ça que les enfants voient ou entendent des « monstres » la nuit : parce qu’ils y croient fermement. Les monstres n’existent que dans leur imagination. Celui d’Intruders est un de ceux-là, ce pourquoi il cherche absolument à s’incarner dans un enfant pour continuer à exister. Les légendes meurent lorsqu’on les oublie et plus personne n'y croit. Juan Carlos Fresnadillo amène indirectement un propos qui peut tout aussi bien s’appliquer aux cinéastes : pour convaincre, il faut croire à ce que l’on raconte et maitriser la narration. Et c’est ce que parvient à faire Fresnadillo avec Intruders : à nous faire croire à une histoire rocambolesque grâce à une vraie force de persuasion narrative, de celle des bons conteurs, tel un Stephen King, auquel on pense beaucoup ici. Intruders explore en effet une thématique très présente dans l’œuvre du King, évoquant ainsi plusieurs de ses romans, dans lesquels l’imagination combinée aux peurs devient dangereuse (cf. par exemple l’écrivain qui matérialise ses propres peurs).

Clive Owen Intruders

Ce troisième film du très doué Juan Carlos Fresnadillo se rapproche ainsi plutôt de ces films d'épouvante ibériques très psychologiques, et eux-mêmes inspirés des films d’épouvante japonais et anglais (et parfois italiens, cf. Les Yeux de Julia pour le giallo), Les Autres étant par exemple très influencé par Les innocents de Jack Clayton, la pièce maitresse du genre, qui inspire également des films comme L'Orphelinat, L'échine du Diable, Fragile ou Darkness. Il y a aussi, toutes proportions gardées, du Labyrinthe de Pan dans Intruders, et le traitement onirico-psychanalytique n'est pas sans évoquer les films de Guillermo Del Toro, dont les récits se divisent également entre le point de vue de l'enfant et le point de vue adulte. Production américano-hispano-britannique réalisée par un espagnol et se déroulant aussi bien à Londres qu’à Madrid, Intruders représente idéalement un trait d’union entre les influences de l’épouvante ibérique moderne et celles de l’épouvante british old school. A l’image de ces films et de ses compatriotes, Juan Carlos Fresnadillo, qui avait d’ailleurs déjà réalisé un film d’horreur anglais avec le plus brutal 28 semaines plus tard, se situe donc plus dans la suggestion, le symbolisme et la psychologie, naviguant constamment entre le réel et l’imaginaire et distillant un doute permanent sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Comme dans la plupart de ces films, le fantastique pur devient folie graduelle et l’imagerie horrifique se révèle être mentale, comme un conte en cours d’écriture (et comme le conte à l’intérieur du film). Cette évolution passe notamment par un symbolisme appuyé (le personnage de Clive Owen ne travaille par sur un chantier pour rien) et par de judicieux choix de cadrage, Fresnadillo ayant parfaitement conscience de ce qu’il doit montrer ou pas. Le cinéaste dit avoir suivi « la règle selon laquelle la meilleure façon de mettre en scène un cauchemar est de l’inclure dans un univers habituel, familier. »

Si Intruders tient de l’épouvante psychologique ou tout se passe dans la tête (ou pas), isolant le personnage de son entourage (personne ne le croit et il passe pour un fou), il est cependant très différent de films comme Shutter Island, Sucker Punch, The Ward, Dédales, Gothika, Identity & Cie. Sans originalité mais avec une vraie puissance iconographique, les révélations tombent lors d’un final brillamment construit en montage parallèle (voilà l’exemple d’une solide force narrative) et qui, tout en nourrissant le suspense de l’action (le boogeyman prêt à s’emparer définitivement de la fillette, dans une superbe illustration cauchemardesque typique du cinéma ibérique), voit les deux parties se rejoindre avec logique, cohérence et même une certaine forme de poésie. En supprimant l’élément fantastique dans son dénouement, le film ne le renie pas du tout, au contraire : il met alors en avant toute sa dimension iconographique et psychanalytique. A ce niveau (et à tous les niveaux, en fait), Intruders est bien plus réussi que le regrettable Dream House de Jim Sheridan. Ici, les personnages n’affrontent pas un croquemitaine mais leurs propres peurs enfantines. Cette matérialisation des peurs est d’ailleurs souvent soulignée, comme dans cette séquence troublante entre jeu et croyance et à l’esthétique proche du rituel (typique du cinéma d’épouvante anglais), quand le père brûle, littéralement, le cauchemar de sa fille pour la rassurer, motif reprit dans le dernier plan du film. A ce moment-là, en plus d’avoir l’air fasciné par ce qui flambe, les deux personnages semblent apaisés et libérés, et seront dés lors liés au même cauchemar. Cette personnification allégorique crée un vrai personnage métaphorique et quasiment tragique ; le « Sans Visage » de Intruders, en quête d’un être innocent qui lui permettrait de ne pas mourir, est un comme un boogeyman lui-même enfermé dans un conte, dans sa propre légende, dans l’imagination de son géniteur et dans sa condition de croquemitaine ; il n’existe qu’à travers quelqu’un d’autre, ce pourquoi il n’a pas de visage. SPOILER Libéré à la fin, il disparait lorsqu’on ne croit plus en lui (donc lorsqu’on a plus peur de lui et qu’il n’a plus de raison d’être), dans une très belle conclusion visuellement superbe qui matérialise cette destruction mentale et cette guérison (le croquemitaine devient cendres, comme les peurs qu’il incarne), comme si le conte était annulé. Le père aura finalement réussi à brûler le cauchemar de sa fille... FIN SPOILERS

Intruders

Pourtant, malgré l’assurance sournoise avec laquelle le cinéaste raconte son histoire, il peine à sortir des sentiers battus, faute de scènes-choc et de partis-pris plus radicaux. Son film parle de la peur, mais celle-ci manque cruellement dans Intruders, qui intrigue plus qu’il n’effraie. Il n’y a pas l’angoisse ni l’atmosphère oppressante que la présence quotidienne du monstre est censée provoquer. Fresnadillo a cependant le mérite de ne pas verser dans les effets de mode du cinéma d’épouvante actuel, leur préférant une lenteur suggestive et des effets de montage à l’ancienne, plus rudimentaires mais tout aussi efficaces, en témoignent les apparitions du croquemitaine-fantôme (notamment quand il sort de l’ombre), par ailleurs graphiquement très classe même en CGI, évoquant la grande Faucheuse de Fantômes contre Fantômes ou à un Nazgûl du Seigneur des Anneaux (ça ressemble donc à du Peter Jackson, d'autant plus que ce dernier a exploré des thèmes similaires dans ses Créatures célestes et The Lovely Bones). Le choix de créer le « Sans Visage » en numérique est d’ailleurs tout-à-fait pertinent par rapport au propos du film : c’est un monstre issu d’une imagination, il n’est pas matériel mais spirituel (d'ailleurs il flotte tel un fantôme), ce n’est pas un individu mais une idée. Le film jouit d’une belle inventivité dans la réalisation (les cadres, le montage, les effets spéciaux) et d’une douce photo contrastée d’Enrique Chediak (chef opérateur sur The Faculty, 28 semaines plus tard, Repo Men et 127 heures), qui accorde beaucoup d’importance à la perception de la lumière. Fresnadillo confirme qu’il est un réalisateur inspiré et talentueux (c’était déjà flagrant dans le foudroyant Intacto), bien qu’il tombe parfois dans des tics esthétiques éculés (la caméra portée tremblante lors de la première apparition du boogeyman en Espagne ; on se croirait presque revenu dans 28 semaines plus tard).
Le récit et son rythme sont cependant plus bancals, de par le principe même du scénario (passer d'une histoire à l'autre), qui a aussi tendance à tourner en rond (les scènes en Espagne avec le prêtre campé par Daniel Brühl sont franchement ennuyeuses) en plus de révéler rapidement ses ficelles, si l’on y réfléchit bien. Le réalisateur joue avec les attentes du spectateur, qui cogite lui-même sur ce qui peut bien lier les deux histoires. Les allers-retours narratifs entre Espagne et Angleterre installent une monotonie qui plonge le film dans une légère et étrange torpeur, une altération de celles entre le rêve et la réalité, ce qui a tendance à plomber le rythme, soporifique malgré quelques fulgurances, tout en accentuant l’atmosphère semi-onirique. Intruders est ainsi plus un film d’ambiance qu’un film d’horreur ou d’épouvante, dégageant un parfum de mystère proche des productions fantastiques ibériques et anglaises mais également, aussi bien dans sa narration et son esthétique que dans sa thématique (réflexion sur les contes, la puissance des histoires, le questionnement de la foi, etc.), l’œuvre sous-estimée de M. Night Shyamalan (le dialogue entre le prêtre et l’enfant n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui du « Je vois des gens qui sont morts » entre Haley Joel Osment et Bruce Willis dans Sixième Sens).

Intruders

A ne pas confondre avec le téléfilm éponyme de 1992 au postulat similaire (deux femmes troublées par des cauchemars récurrents) et avec Richard Crenna en psy, Intruders avance donc tranquillement, pour ne pas dire pépère, jusqu’à un dénouement aussi casse-gueule que maitrisé. Les acteurs ont le temps de s’affirmer et les personnages d’évoluer. Afin d'appuyer l’universalité de son propos et la proximité avec un large public, Juan Carlos Fresnadillo opte pour un casting international : l’anglais Clive Owen, qui fait bien de faire confiance aux réalisateurs ibériques depuis Les Fils de l'homme, joue sur l’ambivalence de son physique (rassurant ou inquiétant), dans un rôle de la classe populaire (père de famille, ouvrier sur un chantier…) qui le rend forcément attachant afin de mieux induire le spectateur dans le doute. Anglaise aussi, la jeune Ella Purnell, qui incarnait Keira Knightley jeune dans Never let me go, est surprenante et devrait entamer avec ce film une carrière prometteuse. La néerlandaise Carice van Houten, l’héroïne fantasmatique du Black Book de Paul Verhoeven, est plus absente (comme dans les autres productions américaines dans lesquelles elle apparait, Repo Men et Walkyrie), malgré une scène de nu totalement gratuite mais évidemment très plaisante à l’œil, et sans doute aussi pour Clive Owen. L’allemand Daniel Brühl (qui n’en est pas à son premier film espagnol, en revanche c'est sa première incursion dans le cinéma fantastique) n’est pas très crédible en prêtre, d’autant plus que son personnage n’est pas utile et ne fait que surligner la thématique du sujet, tout en brouillant grossièrement les pistes. Pour finir sur ce casting cosmopolite, la madrilène Pilar López de Ayala témoigne d’une belle sensibilité, et la néo-zélandaise Kerry Fox (la colocatrice de Petits meurtres entre amis et l’amante du Intimité de Patrice Chéreau) a un rôle purement fonctionnel, comme l’argentin Hector Alterio (une star dans son pays). S’il n’y a pas un seul américain au casting, c’est parce que Intruders baigne dans une sensibilité et une esthétique très européennes. Le finale, accompagné d’une belle musique de Roque Banos (compositeur de tous les films d’Álex De La Iglesia depuis Mes Chers voisins, mais aussi de The Machinist, Fragile, Cellule 211 ou la saga des Torrente), fait oublier les défauts du film.

Clive Owen Intruders

La conclusion de à propos du Film : Intruders [2012]

Jonathan C.
65

Si l’on croit d’abord avoir à faire à un banal film de fantôme, le dénouement progressif en fait un film plus complexe, bien que prévisible pour les plus chevronnés. Exploitant une allégorie fantastique/psychanalytique pas nouvelle mais illustrée ici avec savoir-faire et racontée avec conviction, Intruders met en avant la puissance narrative et iconographique des contes et légendes à travers cet étrange monstre/boogeyman/fantôme qui n’est finalement ni l’un ni l’autre. Avec cette intéressante analyse de l’imagerie fantastique et horrifique puis du pouvoir de l’imagination (les choses ne sont réelles que si on y croit), Juan Carlos Fresnadillo confirme son talent de conteur mais peine cependant à sortir les pieds d’un récit marécageux qui, entre réel et imaginaire, fait du surplace et créer un rythme léthargique. On voit rapidement ou le cinéaste veut en venir (trop de symbolisme et d’indices), jusqu’à un dénouement à twist pourtant très maitrisé. L’atmosphère envoutante, l’esthétique splendide sans faire dans la frime (à l’inverse d’un Don't Be Afraid of the Dark, par exemple), l’inspiration de la mise en scène et l’incarnation d’une belle idée (quoique pas forcément nouvelle) font de Intruders un film séduisant et intéressant qui évoque autant les films d’épouvante ibériques de ces dernières années que les productions horrifiques anglaises des années 60 et 70, mais aussi les histoires de Stephen King et de M. Night Shyamalan.

Que faut-il en retenir ?

  • Une thématique bien traitée
  • Une belle illustration
  • Un monstre qui a de la gueule
  • Un dénouement fort et une superbe dernière scène

Que faut-il oublier ?

  • Un récit qui tourne en rond
  • Le personnage inutile du prêtre
  • Des intentions prévisibles

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