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Critique de la bande dessinée : Tout autour du monde et autres histoires #1 [2004], par Nicolas W.

Avis critique rédigé par Nicolas W. le dimanche 23 janvier 2011 à 23h09

Planetary mène l'enquète

"Je serez brève. Vous avez bien masqué votre existence et votre carrière au monde. M. Snow.  Mais pas assez pour cacher votre valeur. Vous avez cent ans. Vous avez traversé le siècle M. Snow. Ces dix dernières années, vous êtes resté dans ce désert et êtes venu manger ici tous les jours. J'ai du travail pour vous.3

Dans le petit monde du comic book,  il existe quelques figures de premier ordre. On ne présente plus Alan Moore (V Pour Vendetta, Watchmen, La Ligue des gentlemen extraordinaires) ou Grant Morrison (We3, L'asile d'Arkham, Seven Soldiers of Victory). L'anglais Warren Ellis fait partie de cette élite. Avec Transmetropolitan (critiqué ici), il avait ébloui  la critique et les lecteurs. Depuis, on a eu droit à d'autres publications telles que Black Summer (critiqué ), No Hero (critiqué ici) ou Océan. Pourtant, c'est bel et bien chez Semic (puis Paninicomics à partir du Tome 3) que l'on a vu arriver une nouvelle série à la réputation aussi flatteuse que celle de Spider Jerusalem. Dans celle-ci, Elijah Snow intègre l'équipe Planetary - la même qui donne son nom à l'œuvre dans son entier - par l'intermédiaire de Jakita Wagner. Il apprend rapidement que quatre membres forment l'unité si on y rajoute Le Batteur et un mystérieux quatrième homme. Ils partagent tous des capacités hors du commun. Leur mission est simple : enquêter et résoudre les phénomènes étranges qui émergent sur notre planète tout en fouillant le passé pour décrypter le monde qui nous entoure. Car nous vivons dans un monde bien étrange où peu de choses sont ce qu'elles semblent être. Un tel postulat de départ avec un scénariste comme Warren Ellis aux commandes et un dessinateur aussi talentueux que John Cassaday comme collaborateur ne pouvait faire de Planetary qu'un must absolu. Tout autour du monde et autres histoires donne le ton.

Le trio de ce tome montre des super-héros à la sauce Ellis classique, c'est-à-dire en niveaux de gris. Souvent classes mais jamais vraiment recommandables, à l'instar d'Elijah Snow, personnage central de l'œuvre. Celui-ci ne se dévoile pas vraiment dans ce volet, on sait qu'il est centenaire et qu'il est aussi fringuant qu'un homme dans la force de l'âge, mais aussi que son passé reste la grande préoccupation du personnage qui n'en garde que quelques réminiscences.  Bref, comme Spider Jerusalem, Snow s'avère pour le moment une totale réussite dans son style bien à lui. Les autres compagnons du héros en costume blanc cachent aussi de nombreux secrets, même s'il apparait que Le Batteur reste sous-exploité pour le moment. L'intérêt de Planetary réside cependant autre part.

C'est d'abord sa construction qui interpelle. Chaque chapitre ramène l'équipe vers un mystère du passé différent pour constituer un tableau historique alternatif. Rapidement, Warren Ellis tisse un monde foisonnant en mélangeant à la fois les influences et les intrigues. Dans un premier temps, on pense que Planetary se borne à une suite d'histoires fantastiques. Mais on s'aperçoit vite que certains éléments deviennent récurrents (les zones zéros, le multivers, Hark Corporation, Artémis...) et des questions demeurent posées (qui est le quatrième homme ? Que veulent les membres d'Artémis ? Quel est le rôle d'Hark ?). Ellis ébauche en une centaine de pages un univers ultra-dense et bénéficiant d'une véritable profondeur. L'intrigue ainsi dégagée petit à petit accroche le lecteur et le tient en haleine tout du long.

Mais le plus notable dans ce comic, c'est la capacité d'Ellis à inscrire son univers dans la culture actuelle en parsemant son récit de multiples références. Successivement, les chapitres renvoient à la JLA, à Godzilla, aux films d'actions made in Hong-Kong, à Hellblazer, aux pulps SF  ou encore Hulk. Mieux, tout en finesse, l'anglais introduit des clins d'œil à ses propres œuvres, comme cet individu au crâne rasé et tatoué qui allume sa cigarette comme notre bon vieux Spider Jerusalem. Le problème, pourrait-on penser, c'est que l'accumulation de ces références ôte tout esprit propre à Planetary. Mais il n'en est rien tant leur intégration dans le récit s'avère parfaite. Bien entendu, le néophyte risque d'être un peu perdu, mais qu'importe puisque l'on n'imagine pas Planetary autrement.

Comment classer Planetary finalement ? Entre le récit de super-héros et l'uchronie tendance fantastico-SF. Un mélange détonnant que Warren Ellis maîtrise parfaitement. C'est certainement aussi John Cassaday qu'il faut complimenter pour son travail graphique formidable. Il donne déjà à l'équipe un style formidable et sait faire preuve d'un certain génie pour s'adapter à la forme exigée par Ellis. On pense notamment à l'opus bâtî comme un  hommage aux pulps d'antan. Comme Darick Roberston sur Transmetropolitan, Cassaday livre une partition digne de tous les éloges. Un vrai plaisir des yeux.

"Vous étiez venu chercher un au-delà. Il n'y en a pas. Il n'y a que nous. Juste Ici.

Il a dit justice ?

Non. Juste ici..."

Remerciements à Amandine V. pour la relecture.

La conclusion de à propos de la Bande Dessinée : Tout autour du monde et autres histoires #1 [2004]

Nicolas W.
90

Tout autour du monde et autres histoires marque le début d'une grande série. Personnages charismatiques, intrigue à tiroirs, suspense savamment maitrisé et dessin splendide, Planetary présente tous les symptômes d'une œuvre majeure... pour peu que Le quatrième homme tienne toutes les promesses de ce premier volume.

Que faut-il en retenir ?

  • Elijah Snow
  • Le patchwork d'histoires
  • L'intrigue fil rouge
  • Le ton du volume
  • Les multiples références
  • Le dessin

Que faut-il oublier ?

  • Pas forcément facile d'accès
  • Beaucoup de promesses à tenir

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