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Critique de la Bande Dessinée : We3

Avis critique rédigé par Nicolas W. le mercredi 12 janvier 2011 à 19:32

Un chien, un chat et un lapin : des armes de destruction massive

"Ceci est le fusil du futur. Les guerres de demain seront menées par des animaux télécommandés tels que ceux-ci. Des armes sur pattes, sénateur. Voici notre nouveau meilleur ami"

Sous-estimé par la plupart des lecteurs européens, le comic américain possède pourtant de nombreuses petites merveilles, sans parler de séries formidables. A ce titre, la collection Vertigo chez DC Comics affiche un catalogue impressionnant. On y rencontre des auteurs de génie comme l'anglais Warren Ellis ou l'américain Brian Wood. Ainsi que Grant Morrison. Le scénariste écossais avait déjà fait très grande impression avec son asile d'Arkham ou sa série Les Invisibles. C'est en 2004 qu'il s'associe avec le dessinateur d'All Star Superman, Frank Quitely, pour élaborer une singulière minisérie : We3. De l'autre côté de l'Atlantique, le comic a fait grand bruit autant pour son propos original et dérangeant que pour son aspect graphique. Il aura fallu attendre deux ans avant que Paninicomics publie cette œuvre dans nos contrées. Pétard mouillé ou véritable pépite ?

La toute première chose qui intrigue vis-à-vis de We3, c'est la couverture. On y voit trois animaux de compagnie des plus communs - un chat, un chien et un lapin - revêtuS chacun d'un exosquelette massif. Une scène pour le moins surprenante... Mais la surprise ne fait que s'accroître à la lecture de l'idée de départ : imaginez un projet militaire top secret qui vise à remplacer les soldats par des animaux cyborgs pour mettre fin aux pertes humaines. La plus fameuse de ces escouades de combat expérimentales a pour nom de code Animal Weapon 3, abrégé en We3. Malheureusement, la fin des tests préliminaires arrive et la nouvelle génération va prendre le relai, les trois spécimens doivent être détruits. Bien entendu, les choses ne vont pas se passer comme escomptées et les hybrides se retrouvent libres... Avouons que le scénario a de quoi laisser dubitatif... Mais ce qui se trouve à l'intérieur de cette centaine de pages va vite changer la donne.

L'histoire de We3 aborde un thème délicat, celui de l'expérimentation animale. Chacun des trois chapitres s'ouvre sur un avis de recherche à propos des animaux dont se sont servis les militaires pour leurs expériences. Ainsi, on va suivre le chien Bandit, le chat Tinker et le lapin Pirate. Des petites bêtes attendrissantes du passé, il ne reste pas grand-chose. On retrouve des machines à tuer programmées pour la guerre. Originalité principale, ils parlent au moyen d'une interface incluse dans leur combinaison. Non pas par des phrases mais par des mots épars qui expriment leur pensée avec plus ou moins d'exactitude. On croisera aussi d'autres projets terribles dans le complexe et dans l'histoire, mais Grant Morrison montre l'horreur en jouant sur le décalage entre l'innocence des animaux et leurs capacités de destruction massive. Ce qui surprend le plus, c'est le discours tenu par ces quadrupèdes, en totale discordance avec leur apparence monstrueuse. En fait, ceux-ci ont conservé leur instinct d'animal de compagnie, dont le meilleur exemple reste le leader de l'équipe, le chien Bandit ou "1" comme on l'appelle désormais. A peine en liberté, celui-ci ne pense qu'à revenir à sa maison puis petit à petit, à être un bon chien. Le décalage entre ces pensées simplistes et émouvantes et le déchaînement de violence provoqué par les sujets de tests en fuite marque au fer rouge le lecteur. Au final, on passe d'un sentiment de douce comédie, avec cette improbable expérience, à la plus profonde émotion pour ces bêtes qui n'ont rien demandé et qui se voient piégées au cœur de l'abjection perpétrée par l'homme. Rapidement, on se rend compte que Morrison a choisi plus que judicieusement en faisant de ces animaux des machines à tuer. En effet, les vrais animaux, les véritables bêtes ne sont pas celles que l'on croit. Ce sont en définitive les hommes, impitoyables et monstrueux qui s'affirment comme la réelle abjection dans cette histoire, même si le propos se nuance de deux contre-exemples éloquents. Le parallèle avec les expériences réelles menées sur de pauvres sujets incapables de se défendre dérange. C'est surement le plus grand succès de Morrison que de profondément bouleverser son lectorat avec autant de justesse, tout en recourant à une économie de mots étonnante et finalement salutaire pour l'œuvre. Mais We3, c'est également un vibrant hymne à la liberté. Ce n'est pas un hasard si We3, qui se prononce We three, soit si proche de We free. Les trois comparses ne désirent qu'une chose ardemment : être libérées du joug de leurs tortionnaires. Leur périple sanglant contraste avec la beauté de leurs motivations. Encore une fois, l'Ecossais joue sur les opposés avec un bonheur certain. On sort de cette brillante histoire plus riche que lorsque l'on y est entré. C'est bien là la marque d'une grande œuvre.

We3 ne s'arrête pas là. Côté graphisme, les planches de Frank Quitely s'avèrent d'une beauté saisissante, alternant entre fureur guerrière et une profonde émotion. On tombe immédiatement sous le charme des quadrupèdes avec ce trait si doux, tout en courbes et en subtilité. Celui-ci sait s'adapter dans les moments les plus sanglants pour illustrer la violence et l'horreur. Mieux encore, Quitely se livre à toutes sortes d'expérimentations réjouissantes avec des planches comportant des dizaines de petits encarts qui captent chacune un élément de l'action. L'image se dédouble volontiers, se fait mosaïque ou prend l'aspect d'une ligne de "portes" qu'un protagoniste emprunte... Tout comme Dave McKean avait donné un fabuleux visuel à l'asile d'Arkham, Frank Quitely livre ici un travail admirable, audacieux et sensationnel. Seule remarque, le format français qui agrandit celui de l'original pour une raison obscure et en fait difficilement justifiable...

"Maison. Danger ici. Nou3 maison ! Vite !

? Maison ? 2 ! Viens !

Viens où ?

Maison !

2 reste. Mange ici."

Remerciements à Amandine V. pour la relecture.

95

Œuvre engagée, saisissante, originale, captivante et profondément émouvante, We3 bénéficie de surcroit d'un graphisme remarquable. L'alliance de Grant Morrison et de Frank Quitely nous offre une petite merveille à lire et relire.

Critique de publiée le 12 janvier 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Les thèmes
  • L'originalité
  • La justesse du traitement
  • L'émotion
  • Le formidable dessin

Que faut-il oublier ?

  • Un changement de format français inexpliquable

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