75.OOO pixels viennent d'être aspirés dans un trou noir !
Le futur sera peut-être différent mais sur cette planète nous vivons encore grâce à la publicité.
Astuce N°8 : Dans l'espace publicitaire, personne ne vous entend crier. Surtout si vous le bloquez.
On vous aime et nous vous souhaitons une bonne lecture. "Longue vie et prospérité !"
Critique du Film : Southland Tales
Southland Tales >

Critique du Film : Southland Tales

Avis critique rédigé par Bastien L. le mercredi 1 septembre 2010 à 1916

This is the way the world ends

Southland Tales est un film qui fait un peu débat dans le staff de SFU avec certains y voyant un rattage pas loin d'être total et d'autres, comme votre serviteur, y trouvent de nombreuses qualités sauvant l'ensemble.

Revenons rapidement sur l'une des plus belles Arlésiennes des années 2000, puisque le film proposé à Cannes en 2006 n'est sortit chez nous qu'en 2009, et directement en DVD. Le long-métrage, écrit et réalisé par Richard Kelly, alors auréolé du succès d'estime de Donnie Darko, s'est quelque peu perdu après ce passage à Cannes en passant un an en salle de (re)montage, perdant pas loin de vingt minutes dans sa version proposée en salle aux Etats-Unis (et donc en DVD en France). Son résultat au box-office US fut catastrophique, ne récoltant mêmes pas cinq cent mille dollars sur les dix-sept millions investis... Cet échec explique son arrivée si tardive en France.

La principale raison de cet échec doit sans doute être mis en rapport avec le fait que le film de Kelly soit un sacré bordel. Son scénario semble plus être un patchwork d'idées qu'une histoire vraiment bien réfléchie ; un regard extérieur aurait ainsi pu apporter un peu plus de fluidité et de ciment à l'ensemble, et donc éviter cette fameuse année de bricolage de séquences.

L'histoire se déroule dans une Californie d'un futur assez proche, devenu l'état crucial pour les élections de 2008. Les Etats-Unis vivent en effet des heures bien sombres, le pays de l'oncle Sam étant marqué par l'attentat nucléaire ayant touché le Texas quelques années plus tôt, et déclenchant une troisième guerre mondiale avec le Moyen-Orient. Dans le pays, la paranoïa est à son comble, et le Patriot Act de plus en plus intrusif (notamment avec l'USIDent permettant au gouvernement de surveiller à outrance les rues de ses villes, et de placer des tireurs d'élites prêts à abattre sans sommation n'importe qui troublant l'ordre public). Cette cellule orwellienne est l'œuvre de la femme du candidat républicain à la présidence, laquelle s'attire ainsi les foudres des néo-marxistes, nouveaux contestataires du régime. D'autre part, la localisation de la guerre a obligé les États-Unis a faire des recherches sur des énergies renouvelables, et le fantasque Baron Von Westphalen a inventé l'énergie maritime aussi puissante que illimitée (car basée sur le rythme des marées). Le couple républicain en course pour les présidentielles est allié au baron pour asseoir encore plus leur future domination politique.

Lorsqu'est retrouvé Boxer Santeros (Dwayne Johnson (The Rock)), gendre du couple politique, devenu amnésique et fricotant avec l'ambitieuse actrice porno Krysta Now (Sarah Michelle Gellar), l'aubaine est trop bonne : Les néo-marxistes décident d'utiliser Roland Tavernier (Sean William Scott) pour remplacer son frère jumeau policier et réaliser un faux meurtre raciste incluant Santeros. Mais de son côté, Roland Tavernier semble lui aussi souffrir d'amnésie depuis qu'il a défiguré par accident son meilleur ami (Justin Timberlake) en Irak. Cependant, les quêtes de Tavernier et Santeros dans ce Los Angeles en ébullition pourraient avoir un rapport avec une imminente fin du monde.

L'histoire est donc une sorte de chronique d'un apocalypse annoncé, où tous ces personnages sont plus ou moins liés et responsables du désastre en devenir. Kelly réalise ici un film pré-apocalyptique dans un monde si proche tout en étant si étrange dans cette société américaine post-11 septembre dont la paranoïa, l'état de guerre et la restrictions des libertés sont les thèmes les plus proposés par l'imaginaire depuis bientôt dix ans (à côté du besoin d'avoir un bon héros patriotique).

Ces thèmes évoqués par Kelly ont le mérite de poser le décor sans que cela soit au centre de l'histoire, évitant ainsi au cinéaste la condamnation bien pensante et naïve que l'on voit souvent. De toute manière, la complexité du scénario du fait de la multitude de personnages (principaux comme secondaires), réussissent déjà à plonger le film dans une pagaille sympathiquement orchestrée. L'histoire en elle-même n'est pas difficile à comprendre, mais le casse-tête qu'a été le montage final rend bien le scénario lourd, et parfois trop indigeste pour que l'on suive pleinement les très nombreuses péripéties des trop nombreux protagonistes. La trame prise de bout en bout n'est finalement un gros n'importe quoi, mais ce sont surtout les nombreuses bonnes idées qui existent dans ces successions de scènes qui font l'intérêt du film.

Un peu à la manière d'un Quentin Tarantino, le film s'apprécie surtout dans les dialogues et le sens du détail qui caractérise l'œuvre de Kelly. Southland Tales se veut finalement être une satyre sur l'Amérique des années 2000, et réussit souvent à faire mouche, et ce à l'image de la star du porno vendant une boisson à son effigie, ou des chars d'assauts de l'armée sponsorisés par Hustler. Presque chaque séquence pullule de bonnes idées, et les dialogues sont toujours plaisants à suivre ; l'humour n'étant jamais loin, tout le monde en prend pour son grade : l'ambitieux politicien est assujetti à sa femme et semble ne jamais comprendre ce qui se passe, les anarchistes passent leur temps à se gueuler dessus, une surveillante des images des caméras de la ville reluque les toilettes publics un paquet de chips à la main, les dirigeantes neo-marxistes ont une image de grosses bœufs... L'ensemble, voulu souvent grotesque et décalé, fonctionne assez bien, notamment grâce à don casting aussi solide improbable.

A ce niveau, Kelly a pris le pari de donner à des acteurs des rôles à contre-courant, où tous se révèlent assez bons. L'ancien catcheur Dwayne Johnson, abonnés aux rôles de grand et fort sur-de- lui, est ici fendard dans celui d'un amnésique schizophrène racontant souvent n'importe quoi. Le beau gosse Justin Timberlake, défiguré, et révèle ici de vrais talents de comédiens en tant que vétéran désabusé et camé. De même, la frêle Sarah Michelle Gellar devient une hardeuse convaincante dans son rôle (même si le personnage est assez mal utilisé finalement). Les plus cinéphiles d'entre vous seront aussi surpris de voir les bouffons de service que son généralement Jon Lovitz et Wallace Shawn devenir respectivement un ersatz de Dirty Harry et un génie manipulateur... Mais l'interprétation la plus bluffante reste celle de Sean William Scott, montrant ici qu'il sait faire autre chose que des guignols obsédés.

Malheureusement, si le casting s'en sort avec les honneurs, le ton du film est entaché par une mise en scène manquant de fluidité. On sait que le genre comique repose souvent sur des dialogues à battons rompus (reprenons Tarantino comme modèle), et on a souvent l'impression que les comédiens ont plus reçus l'ordre de poser que celui de jouer. L'ensemble aurait pu donc être encore plus efficace.

Côté réalisation, Kelly s'est fait plaisir, et le côté fourre-tout du film est encore là puisqu'on retrouve dans le film des publicités, des clips, des plateaux de télévision, des animations, des films familiaux et séquences d'actions à gros effets spéciaux. Toutes les expériences qu'un réalisateur peut avoir semblent apparaître dans le film, et tout s'enchaîne parfaitement sans aucun problème au gré d'une mise en scène classique et propre. En fait, le seul véritable coup de force de Kelly est d'avoir réalisé ce film pour seulement quinze millions de dollars, alors que l'on pouvant s'attendre à plus devant la grandeur du projet. Le côté carte postale de Los Angeles est bien mis en avant pour contraster avec l'ambiance de fin du monde, et les décors vraiment bien pensés. Les effets spéciaux sont quant à eux plutôt réussis, que ce soit les différentes séquences d'actions ou les éléments futuristes de l'intrigue (comme un énorme zeppelin). Il est pourtant dommage que ces belles images soient accompagnées d'une bande-son signée Moby, mais bon, les goûts et les couleurs...

La conclusion de

Richard Kelly à t'il voulu saborder son film ? On peut quand même se poser la question tant on a l'impression qu'il fait tout pour que le grand public ne s'y intéresse pas : une histoire complexifiée plus que de raison, une charge contre un certain patriotisme américain (celui de Bush), ou encore des acteurs jouant des rôles opposés à ceux qui ont fait leur célébrité. Néanmoins, Southland Tales est rempli d'imperfections, mais il est facile de s'y attacher puisque la géniale folie créatrice de son auteur rend les scènes très plaisantes à regarder, notamment grâce à un humour fonctionnant assez bien. Les détails ont parfois plus d'importance que l'ensemble...

Que faut-il en retenir ?

  • Un casting aussi déroutant qu'efficace
  • Une ambiance satyrique et comique parfois jouissive

Que faut-il oublier ?

  • Une intrigue mal maîtrisée
  • On sent vraiment que le film fut un sacré bordel à tous les niveaux

Acheter Southland Tales en un clic

Nous vous proposons de comparer les prix et les versions de Southland Tales sur Amazon, site de vente en ligne dans lequel vous pouvez avoir confiance.

Retrouvez les annonces de nos dernières critiques sur les réseaux sociaux

Sur Facebook | Sur Twitter | Sur Google+