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Critique du film : L'Illusionniste [2007], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 23 janvier 2007 à 16h09

Tout n'est qu'illusion sauf... le véritable amour

Un célèbre illusionniste autrichien fait usage de ses pouvoirs afin d’arracher le femme qu’il aime des griffes du prince héritier de l’Empire Austro-Hongrois…
La fin du 19ième siècle… Une époque charnière marquée par l’incroyable submersion du monde occidental sous un raz-de-marée technologique. Une évolution fulgurante, étincelante, mais aussi souvent douloureuse, qui entraîne la civilisation dans l’ère industrielle, le monde du réalisme économique mais aussi conceptuel. Au centre de ce phénomène de mutation, on trouve une humanité - qui s’appuyait jusqu’alors sur les valeurs familiales, la religion, le folklore et les superstitions – complètement déboussolée, à la recherche de nouveaux repères. Et cette humanité, forte de son éternel désire de ‘’croire’’, plongée soudainement dans ce traumatisant et glacial bain des conceptions réalistes de l’existence, va alors se tourner vers tous ceux qui leurs offrent une nouvelle vision, une nouvelle voie spirituelle…
Les magiciens font partie de ces nouveaux prophètes.... Imprégnés de divers courants ésotériques ou philosophiques émanant de diverses écoles de pensées à la mode imprégnées d’exotisme (de l’Aube Dorée de Westcott aux Chercheurs de Vérité de Gordjieff, en passant par la Thelema de Crowley), nombre de ces prestidigitateurs, souvent autoproclamés mages ou magiciens, atteignirent rapidement le statut d’idole auprès du grand public, effaçant sans difficulté celui de vedette de music-hall. Ce qu’ils étaient dans le fond, en plus de redoutables perfectionnistes avant-gardistes.

Einsenheim, plus qu'un amuseur... un prophète

Buatier de Kotta, Robert-Houdin, Mayer, Chung Li So (un bon américain pur souche !!) et sur la fin de la période Harry Houdini, tous ces personnages haut en couleur et éminemment charismatique étaient dotés, en plus d’un évident talent de comédien, d’un véritable don pour la maîtrise de ces nouvelles technologies encore connues seulement que des plus érudits. Et, aujourd’hui encore, certains tours de magie créés par ces immenses personnalités du 19ème siècle n’ont toujours pas été décryptés.
Cette importance capitale de la ‘’magie’’ dans la société de cette fin de siècle, le réalisateur Neil Burger l’a parfaitement comprise, et ne l’a non pas moins parfaitement restituée sur la pellicule. Ce cinéaste inconnu (un docu-fiction sur l’assassinat de Kennedy, sorti en 2002, est à ce jour son seul autre film), particulièrement bien inspiré, a eu la bonne idée de réunir tous les éléments indispensables à la réussite de son entreprise.
Une superbe reconstitution victorienne

Le premier de ces éléments est le choix de la ville de Prague pour les prises de vue. Même si l’intrigue est sensée se dérouler à Vienne, siège du trône impérial et jardin privé du prince Léopold, la ville restitue parfaitement l’ambiance guindé de la bourgeoisie et de la noblesse autrichienne du 19ième. Avec, en prime, des décors somptueux qui donnent au film une sensation de véracité et de dépaysement indispensable à ce type d’histoire…On aurait d’ailleurs aimé se balader plus longtemps dans ces rues pavées encombrées de calèches, de badauds et de camelots.
Le deuxième élément est la photographie. Il est évidence d’affirmer que la magie est intimement liée à la notion de secret. Aussi, pour appuyer cet aspect ésotérique, le réalisateur a eu l’excellente initiative de donner à sa photographie une lumière très intime, à base de focales très courtes et de filtres de couleurs chaudes. Un choix qui a de plus l’avantage de mettre en exergue la forte connotation romantique du scénario. Des effets photographiques d’ailleurs nettement plus insistants lors des séquences de confidences, de fash-back et d’intimité (pendant lesquelles il revient à notre esprit un certains Barry Lyndon).
Une photographie empruntant au domaine des songes

Le troisième élément que je voudrais mettre en avant est la qualité de la distribution, avec notamment la performance remarquable d’un Edward Norton égal à lui-même. Dans le rôle titre, le comédien fait un véritable récital de composition et parvient à donner à l’illusionniste Einsenheim une personnalité fortement ambiguë, déstabilisante par ses nombreux aspects et sa troublante placidité. A coté de lui, plus qu’un Rufus Sewell (efficace dans le rôle de Leopold mais sans guère de relief) et qu’une Jessica Biel (dans la peau d’une sorte de nouvelle Sissi), j’ai apprécié vraiment la performance de Paul Giamatti. Ce comédien peu connu interprète avec justesse et malice un policier débonnaire, amateur de prestidigitation, et qui désire par-dessus connaître les ‘’trucs’’ du célèbre magicien.
Malheureusement, le film comporte une grosse faiblesse : son scénario. Oh, il n’est pas stupide, ni rébarbatif, loin de là. Il manque juste de fantaisie et de surprises. Malgré ses faux airs de fresque historique, de pamphlet révolutionnaire et progressiste, L’Illusionniste n’est finalement qu’une simple romance enrobée d’un agréable nappage fantastique. Un habillage sucré et délicieux qui s’envole finalement dans la conclusion (on s’y attend de plus depuis longtemps), comme dans un tour de magie. La machination d’Eisenheim est de plus fortement peu crédible, de la manière dont de nombreux éléments reposent essentiellement sur des concours de circonstances non maîtrisables. Je ne vous en dirais pas plus, rassurez-vous…
Un chef de la police éminament sympathique

La conclusion de à propos du Film : L'Illusionniste [2007]

Nicolas L.
72

Après le Prestige, le cinéma se penche à nouveau sur l’ère glorieuse des illusionnistes. Moins racoleuse que le film de Christopher Nolan, l’œuvre de Neil Burger est une agréable romance sur fond historique, au traitement intimiste et chaleureux, qui utilise ses quelques maigres éléments pseudo-fantastiques et qui cultive l’ambiguïté dans le seul but d’accrocher au métrage les moins romantiques d’entre nous. Un joli film à voir avec sa chère et tendre, ou son aimé… ou son animal familier, de préférence auprès d’un bon feu de cheminée (avec insert, parce que sinon ça pue…).

Que faut-il en retenir ?

  • Une très belle photographie
  • De beaux décors
  • Une excellente atmosphère victorienne (même si Prague est loin de Londres…)
  • Une excellente distribution, Edward Norton en tête.

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario finalement pas si terrible que ça
  • Fin prévisible.

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