Le tome 2 du
Sacrifice du Guerrier est la continuité du récit des aventures du
Roi Solitaire, de la
Reine Vierge et de
Jarl, khan des khans des nomades de la
Grande Aride. On reprend donc l'histoire où elle en était restée, avec toujours le même style de narration faisant entrer dans le fil du récit des flashback, cette fois-ci consacrés au (douloureux) passé de la
Reine Vierge, qui devient par conséquent le personnage majeur du roman (et finalement le plus complexe). Tant mieux, aurais-je tendance à dire, tant je trouve ce personnage féminin plus intéressant que
Jarl, autrement plus palot.
Ce style de narration alternée ne dure cependant qu'un temps car l'auteur
Jacques Martel, brillamment inspiré, nous amène rapidement dans l'un des plus beaux récits épiques et héroïques qu'il m'ait été donné de lire depuis bien longtemps. Car, à partir du moment où ces deux entités sociales, religieuses et politiques foncièrement différentes que sont les peuples nomades et l'Empire s'alignent en lignes de bataille l'une en face de l'autre; c'est la gifle! Maître de sa prose, avec un récit martial extraordinairement bien structuré, l'auteur nous invite sur d'homériques champs de bataille construits à partir d'un témoignage - un point de vue totalement subjectif puisqu'il s'agit de celui d'un conteur y ayant joué un rôle non négligeable (la plume de l’aède se marie donc avec celle de
Xenophon,
César ou
Thucydide).
Par ailleurs, ce qui est très intéressant dans le
Sacrifice du Guerrier est que
Jacques Martel ne se contente pas de nous proposer des héros charismatiques et puissants, il s'attarde aussi sur la présentation d'antagonistes extrêmement bien construits, avec des profils psychologiques très éloignées des rustres faire-valoir manichéens souvent croisés dans les oeuvres d'heroic fantasy. Conséquence de cet attention: le personnage du
Conciliateur d'Airain, bras armé de l'
Empereur de l'Ouest, ne se contente pas seulement de remplacer le colonel
Jonas en milieu de roman, il en devient l'un des éléments les plus attractifs (qui n'en manque pas!).
A peine esquissée dans le premier tome, la magie (à la fois divine et shamanique) fait son entrée avec grand fracas dans cette suite. Cela va peut-être déplaire aux amoureux de la
low fantasy pure (dans le style
Trône de Fer) mais, personnellement, j'ai adoré et y ait trouvé la concrétisation d'une évolution logique des évènements. Sûr de lui, l'auteur ne fait pas dans la demi-mesure et l'on est d'ailleurs aussi surpris que les personnages du roman par l'ampleur de certains phénomènes "surnaturels" et l'apparition de créatures fantastiques. Des interventions magiques et divines qui vont finir par fusionner avec les actes guerriers et offrir au lecteur une véritable explosion épique riche en actes héroïques assez souvent vains mais glorieux. On se croirait presque au pied des murailles de Troie... Sous le regard des dieux de l'Olympe.
Comme dans les récits homériques, les Héros - et les Dieux! - ne sont pas des êtres parfaits. Ils peuvent se montrer injustes, pécher par orgueil, commettre des erreurs, et faire montre de cruauté et de brutalité pour faire pencher la balance de leur coté. Le roman est d'ailleurs très violent, avec des passages martiaux très explicites et sanglants. Les batailles sont de gigantesques bains de sang au sein desquels les Héros dressent leur imposante stature et se taillent un chemin dans des murailles d'os et de chairs à grands coups de lâmes. C'est de la poésie guerrière totalement fascinante.
Jacques Martel conclu son ouvrage par une post-face remplie d'humour où il évoque la longue gestation de son roman. Il nous explique comment il a pu créer SA légende et nous expose ses influences, qui vont des écrits classiques aux univers "rôlistes" (comme, par exemple, le monde de
Glorantha conçu par
Greg Stafford - l'
empire de l'Amer fait d'ailleurs pensé à l'
empire Lunar, lui-même inspiré de l'empire romain) et aux romans d'heroic fantasy modernes, en passant bien sûr par les véritables faits historiques (qui sont parfois bien plus extraordinaires que les récits de fiction). On y reconnaît la prose d'un véritable passionné, d'un amoureux fou de la geste héroïque, dans le sens poétique et mythologique du terme.