Toutes les hésitations qui encombraient l’esprit du jeune homme disparurent. Il s’élança vers le char, encadré par les sept guerriers qu’Oürl avait choisis pour l’accompagner. Reprenant le cri de leur Khan, ils arrachèrent leurs tuniques d’hommes des Cités pour exhiber leurs tatouages et les armes que, seuls les Dieux savent comment, le Hardi Visiteur leur avait fournies à la barbe des autorités de Songe, dont la vigilance s’était pourtant renforcée au cours des dernières semaines.
Le monde dans lequel évolue
Dayntsh Amia, l’un des principaux personnages du
Sacrifice du Guerrier, est un univers de légendes et d’actes héroïques. L’auteur,
Jacques Martel, est un spécialiste des périodes antiques et médiévales et il nous offre ici, pour son premier roman, le fruit de toutes ces influences. Ainsi, si ces contrées sont assez difficiles à délimiter et que l’on s’y perd un peu, géographiquement parlant, - une carte aurait vraiment été la bienvenue – il est aisé d’identifier toutes les composantes ethniques et les similitudes anthropologique.
Ainsi, au final, le
Sacrifice du Guerrier peut être identifiée comme une légère uchronie fantastique. Les Clans de la Grand Aride – le désert central de cet univers – évoquent à la fois les tribus hunniques, mais plus encore, les hordes nomades des khans mongols et timurides. Leur comportement mélange, de plus, des éléments typiquement nomades asiatiques, comme la chasse à l’arc et au faucon, et d’autres, plus exotiques, comme cette mise en valeur de la force brutale, qui peut rappeler certaines coutumes des peuples nordiques. La deuxième composante de ce récit, antagoniste à la précédente, est ce que les gens nomment communément l’Empire de l’Amer. Impérialiste, monothéiste, civilisé et doté d’une administration rigide et quasi-dictatoriale, cette nation évoque bien sûr le bas-empire romain, avec ses ambitions hégémoniques.
Le
Sacrifice du Guerrier, c’est donc la variété contre la normalisation, le polythéisme contre le monothéisme, le nomade contre le sédentarisé. Une structure narrative donc classique, fréquemment rencontrée dans ce type de littérature héroïque, dans laquelle évoluent plusieurs personnages haut en couleur, métaphore de certaines valeurs humaines : les Héros. Ces Héros, que l’on va apprendre à connaître progressivement au fil des pages, se posent comme les relais des forces célestes sur Terre. Empruntant à la fois leurs aspects aux légendes homériques, perses et médiévales, ils sont les guides spirituels et les gardiens du personnage principal,
Jarl Dayntsh Amia, un jeune homme à la destinée messianique. Mais
Jarl n’est pas le seul personnage intéressant de ce roman, d’autres, moins importants, sont tout autant accrocheurs, comme le général
Jonas ou la belle
Sheeren Chants Sauvages.
Au niveau narratif, le tome 1 se compose d’un double récit se déroulant en alternance ; l’un raconte les évènements présents et l’autre est une succession de flashback nous exposant la jeunesse de Jarl. L’exercice, périlleux, aurait pu amener le lecteur a éprouver une certaine lassitude, se voyant régulièrement sorti du fil de l’action pour redémarrer le processus d’immersion quelques pages plus loin. Je dois avouer que je n’ai jamais été un fervent partisan du flashback et, là encore, je persiste dans mes convictions. Heureusement, le récit est suffisamment intéressant, et la plume de
Jacques Martel suffisamment agréable, pour que mes aventures dans cet univers épique restent une très agréable expérience.
A noter, pour finir, l’excellence de la couverture de ce livre, brillamment illustrée par
Julien Delval.