Retour sur le PIFFF 2015

Publié il y a 9 mois par Jonathan C.

Retour sur le PIFFF 2015 : Notre compte-rendu

Notre compte-rendu

Retour sur la 5ème édition du Paris International Fantastic Film Festival avec notre petite sélection toute en critiques des films et moments forts.

Comme chaque année, le trio du PIFFF Gérard Cohen (président), Cyril Despontin (délégué général) et Fausto Fasulo (directeur artistique) est venu faire un petit discours d'introduction avant d'envoyer le film d'ouverture.

Le film d’ouverture fut précédé du traditionnel court-métrage, comme toujours particulièrement bien sélectionné. Réalisé par Vivieno Caldinelli, Portal to Hell !!! nous permet de voir jouer une ultime fois le culte Roddy Piper (catcheur iconisé au cinéma dans Invasion Los Angeles) avant qu’il passe l’arme à gauche il y a quelques mois. « Rowdy » Roddy Piper y campe un concierge qui, avec ses emmerdeurs de locataires (une galerie de caricatures à tarter), découvre dans la cave que deux satanistes viennent d’ouvrir une porte sur l’Enfer. Evoquant John Carpenter de par son sujet (proche de Prince des Ténèbres), sa bande-son eighties et la présence de Roddy Piper, Portal to Hell !!! joue la carte humoristique et décalée, pastichant tout un pan de la série B fantastique, Roddy Piper étant lui-même dans l’autodérision avec ce rôle finalement assez touchant d’un concierge costaud et solitaire qui tente tant bien que mal d’apprendre à lire et de se cultiver. L’acteur incarne une nouvelle fois un brave citoyen de la classe populaire qui devient un héros malgré lui. Filmé avec une poignée de dollars, le court métrage, qui semble à première vue très fauché (un aspect docu épuré qui permet d’ancrer d’emblée l’histoire dans une morne réalité et de mieux surprendre par la suite), affiche tout de même une belle ambition et quelques effets spéciaux très réussis, qu’ils soient en CGI (la porte en question) ou en SFX (2 ou 3 effets gores jouissifs, la tentacule toute droit sortie d’un H.P. Lovecraft...), et se repose beaucoup sur la précision et l’ingéniosité de son montage. C’est simple, bon enfant (même si l’enfant du film n’est pas épargné), et certains gags sont très drôles (le voisin qui tente de s’emparer de la hache malgré son vertige, ainsi que le triste sort qui l’attend).

 

"Scream Girl" (The Final Girls) de Todd Strauss-Schulson avec Taissa Farmiga, Malin Akerman, Adam DeVine - Etats-Unis

Le film d'ouverture se devait comme chaque année d'être festif et de mettre le feu dans la salle. Ce fut le cas de l'attendu Scream Girl, qui mérite qu'on s'y attarde :

Orpheline suite à un terrible accident de la route dans lequel elle a perdu sa mère (Malin Akerman, Spectre Soyeux dans Watchmen), ex-scream queen des années 80 en quête de respectabilité, une jeune fille (Taissa Farminga, petite sœur de Vera Farmiga) est invitée à la projection du slasher culte qui a fait la renommée de sa maman et se retrouve propulsée au cœur du film,. Accompagnée de ses amis, projetés dans le film avec elle, et des personnages (dont celui joué par sa mère), elle va devoir affronter un boogeyman légendaire.

Avec un tel pitch, Scream Girl (ou The Final Girls, titre original qui a bien plus de sens) aurait pu se contenter de n’être qu’une énième et certes savoureuse comédie horrifique rejouant avec dérision, cynisme et humour noir les codes du genre (mais sans jamais virer à la parodie type Scary Movie ou à l’hommage grindhouse), comme par exemple, pour citer les meilleurs récemment, La Cabane dans les bois ou Tucker & Dale fightent le mal. Il y a bien évidemment de cela dans le film du réalisateur Todd Strauss-Schulson (auquel on doit déjà l’improbable Le Joyeux Noël d'Harold et Kumar, entre plusieurs séries, téléfilms, clips et courts-métrages), qui démontre une connaissance certaine du slasher old school (bien aidé il est vrai par son scénariste Joshua John Miller, autrefois acteur vu dans Aux Frontières de l'aube, Teen Witch, Class of 1999 ou Halloween 3) en plongeant ses personnages dans un ersatz du mythique Vendredi 13, la référence clé du récit, jusque dans le célèbre bruitage qui accompagne l’arrivée du boogeyman.

Alors qu’ils doivent trouver une solution pour s’échapper du film avant que le boogeyman ne surgisse, les protagonistes, eux-mêmes des stéréotypes (la coincée intello vierge, la meilleure amie rigolote, la bimbo méchante, le beau et vaillant gaillard type quarterback et le gros geek bien lourd), se retrouvent alors face aux personnages du film culte dans lequel ils sont coincés, des personnages hilarants car profondément débiles et outrageusement caricaturaux (mention spéciale au sportif beauf campé par le marrant Adam DeVine, habitué à la comédie puisqu’on le voit aussi faire le pitre dans les Pitch Perfect, Le Nouveau stagiaire et Nos Pires voisins) à l’exception du personnage incarné dans le film dans le film (vous suivez ?) par la mère de l’héroïne de Scream Girl.

Cette idée, la fille retrouvant non pas sa mère décédé mais le personnage qu’elle interprétait et qui l’a rendu célèbre, permet cependant à Scream Girl de se démarquer. Alors que son père venait de mourir, le réalisateur Todd Strauss-Schulson décide de s’emparer de ce pitch-gadget pour en faire un film réellement personnel qui évoque le deuil. D’où la surprise de tomber sur des séquences touchantes, notamment grâce aux deux excellentes actrices (dont la superbe Malin Akerman). A vrai dire, Scream Girl est même plus émouvant que tordant, certains gags tombant à plat et l’ensemble manquant de folie.

Le film reste en effet très sage et prude, dénué de gore ou de nudité alors que c’est ce qui faisait la recette des slashers de l’époque. Joseph Kahn y allait à fond avec son démentiel Detention (qui fut d’ailleurs projeté en clôture de la première édition du PIFFF), autre film revisitant le slasher à coups de dimensions parallèles et autres voyages spatiotemporels, et avec lequel le cinéaste, également clippeur, avait imposé sa patte et une émotion inattendue au milieu d’un grand délire.

Scream Girl est également animé par un bon casting sans stars mais plein de têtes connues ; outre Malin Akerman et Adam DeVine, on y voit Alexander Ludwig (qui fut le jeune héros de La Montagne ensorcelée et Les Portes du Temps avant d’apparaitre dans Hunger Games, Du Sang et des larmes et le presque homonyme mais bien plus mauvais Final Girl), la bombe Nina Dobrev (The Vampire Diaries, Le Monde de Charlie), Thomas Middleditch (héros de la série Silicon Valley, vu aussi dans Le Loup de Wall Street et Moi député) ou Alia Shawkat (Bliss, Les Runaways, Damsels in Distress, Elle s'appelle Ruby, Life After Beth et un autre film présenté cette année au PIFFF : Green Room).

Ce mélange entre Vendredi 13 et Last Action Hero parvient donc à viser juste et est porté par une mise en scène inspirée, une belle photographie et des idées « méta » géniales telles que la bande-annonce vintage du début, l’arrivée dans le flashback en noir et blanc, la séquence du ralenti, les titrages « physiques », l’utilisation de tubes eighties (Bette Davis Eyes de Kim Carnes, Cruel Summer de Bananarama, Dance Hall Days de Wang Chung, Cherry Pie de Warrant...), le générique de fin défilant devant l’héroïne ou cette fin très fun qui clôture Scream Girl de la plus belle des manières. Outre quelques CGI limités (l’accident de voiture au début) et un manque d’SFX old school, le plaisir est là.

 

"The Survivalist" de Stephen Fingleton avec Martin McCann, Mia Goth, Olwen Fouéré - Grande-Bretagne

Sur le papier et avec un tel titre, il y avait de quoi s’attendre à un survival post-apocalyptique à l’anglaise. A l’écran, ce n’est pas vraiment (du tout) ça et c’est ce qui surprend. Armée d’un petit budget qu’il estime déjà trop élevé par rapport au projet (dont le scénario fut longtemps sur liste noire à Hollywood car réputé difficile à adapter), le réalisateur Stephen Fingleton, dont c’est le premier long-métrage après plusieurs courts, tourne intégralement dans une forêt avec seulement 3 acteurs et élabore minutieusement, dans ce contexte minimaliste et en même temps théâtral (un lieu, 3 acteurs), un étrange drame naturaliste évoquant parfois du Terrence Malick.

Fingleton s’attarde d’abord sur le quotidien d’un homme (sur)vivant dans une maison au milieu de la forêt, tandis que le monde semble être plongé dans le chaos (rien n’est vraiment précisé à ce sujet, le réalisateur préfère laisser planer le mystère et on ne verra du monde extérieur que des silhouettes non identifiées). Sa routine est bouleversée par l’intrusion de deux femmes, une mère et sa fille, qu’il accepte d’héberger et de nourrir à condition de coucher avec la plus jeune. Mais quelles sont les vraies intentions de ces deux femmes ?

Sorte de huis-clos au grand air entre trois personnages essayant de vivre en communauté dans un monde post-apocalyptique, The Survivalist peut rappeler des films similaires comme Infectés ou Retreat (qui fut d’ailleurs projeté au PIFFF il y a quelques années), mais aussi des versions « urbaines » comme Le Monde, la chair et le diable, Le Dernier survivant, Le Survivant et Je suis une légende. Il s’en démarque par un traitement épuré notamment dans la bande-son (peu de dialogues, aucune musique ou presque, seulement des bruits de la nature, et le choix du mono) et par l’ambiguïté constante de ses personnages, brillamment (et sans peur de se dévêtir) incarnés par Martin McCann (remarqué dans Band of Brothers : The Pacific, Le Choc des titans, Shadow Dancer, 71, et il jouait Bono dans Killing Bono), Olwen Fouere (This must be the place) et la jeune Mia Goth (l’ado prise sous l’aile de Charlotte Gainsbourg dans Nymphomaniac 2 et la fille de Josh Brolin dans Everest).

Stephen Fingleton dit avoir eu l’idée du film en se demandant comment seraient les relations entre hommes et femmes lorsque l’argent n’entre plus en compte dans les paramètres et qu’il n’y a rien d’autre autour. Son film s’apparente ainsi autant à un suspense dramatique qu’à une étude de mœurs, toute en sous-entendus et en non-dits. Il ne s’y passe franchement pas grand-chose, mais une tension latente plane tout au long du récit, jusqu’à son final radical. Toujours sans distributeur français, The Survivalist révèle un auteur intéressant dont le prochain film sera, selon ses dires, un film hollywoodien de Scifi/action « à la Total Recall ». Invité par les organisateurs du PIFFF, le réalisateur est venu parler de son film après la projection.

 

"Don't grow up" de Thierry Poiraud avec Fergus Riordan, Darren Evans, McKell David - France/Espagne

Beaucoup de films ont pris pour postulat des enfants qui, atteints d’un mal inconnu, se sont attaqué aux adultes (Le Village des damnés et son remake, Les Révoltés de l'an 2000 et son remake, The Children très influencé par les deux titres précédemment cités…), encore récemment le fun Cooties et ses enfants-zombies essayant de bouffer Elijah Wood, Rainn Wilson, Alison Pill et Leigh Whannell. Pour son troisième long-métrage mais premier en tant que réalisateur « en solo » (il avait coréalisé Atomik Circus avec son frangin et réalisé la seconde mi-temps de Goal of the Dead), Thierry Poiraud opte pour l’idée inverse : des adultes « infectés » qui ne s’attaquent qu’aux enfants (adolescents compris). D’où ce survival tendu et intense dont les héros sont des adolescents paumés échappés d’un centre de délinquance, contexte social qui rapproche d’ailleurs Don't grow up d’un cinéma de genre purement anglais. L’origine de cette contamination n’est jamais expliquée, le film adoptant du début à la fin le point de vue de ces adolescents (brillamment campés par de jeunes acteurs prometteurs, surtout le héros Fergus Riordan déjà vu dans Fragile et Ghost Rider 2 : L'esprit de vengeance, et la jolie Madeleine Kelly) d’abord irritants puis peu à peu attachants lorsqu’ils révèlent leurs failles et leurs doutes.

Si le film de Thierry Poiraud (cinéaste décidément très attaché à l’idée de contamination, après Atomik Circus et Goal of the Dead) évoque des films comme 28 jours plus tard ou The Crazies, son idée chargée de symboles et son approche sensible proche de l’étude de mœurs apportent un peu de fraicheur à un genre usé jusqu’à la moelle.  A la trame classique et efficace du « survival d’infectés » s’ajoutent un récit initiatique d’adolescence (premier amour compris) et la métaphore radicale d’une jeunesse de plus en plus incomprise et rejetée par les adultes, le tout passant des décors urbains chaotiques et mortuaires à de superbes paysages naturels plein de vie (qui sont, en réalité, espagnols et non anglais). Les poussées d’adrénaline côtoient des moments d’accalmie paisibles, les éclats de violence côtoient les instants oniriques et les sensations fortes côtoient les émotions à fleur de peau, ce qui fait de Don't grow up un film assez imprévisible en dépit de la trame habituelle du genre.

Certaines idées ne sont pas toutes développées par manque d’argent (cf. le passage dans la ville en plein chaos) mais Don't grow up ne trahit jamais son petit budget, grâce à une production clean et à une mise en scène à la fois nerveuse, posée et distante, et en format 2.35 (ça a toujours plus de gueule). A cela s'ajoutent une photo très soignée de Mathias Boucard (qui avait déjà fait du beau boulot dans Goal of the Dead et L'Affaire SK1) et une musique envoutante. Belle surprise de cette sélection PIFFF 2015, Don't grow up aura bien mérité son prix du public.

Le réalisateur Thierry Poiraud et le producteur Jérôme Vidal (Territoires, Goal of the dead, Le diable dans la peau, Blancanieves) sont venus après la projection pour parler du film, évoquer l'éternelle question de la distribution/production des films de genre en France et répondre aux questions des spectateurs.

 

"L'Enfant Miroir" (The Reflecting Skin) de Philip Ridley avec Jeremy Cooper, Lindsay Duncan, Viggo Mortensen - Grande-Bretagne

L'un des évènements de cette édition 2015 du PIFFF fut la projection en copie restaurée du film culte de Philip Ridley, en présence de ce dernier.

Potemkine ressort enfin du placard ce culte L'Enfant miroir (Reflecting Skin) jusqu’ici très difficile à voir, et dans une version restaurée flamboyante qui rend amplement justice à cette merveille réalisée en 1990 par l’écrivain, peintre, compositeur et poète Philip Ridley, dont la carrière cinématographique se compose seulement de trois films (suivront Darkly Noon, également très rare malgré Brendan Fraser, Ashley Judd et Viggo Mortensen au casting, et le plus récent Heartless avec Jim Sturgess et Clémence Poésy).

En adoptant le point de vue d’un gamin (Jeremy Cooper), tout ici est sujet à caution, ce pourquoi le film se charge de plusieurs interprétations et brouille la frontière entre les genres. Ainsi il ne s’agit pas vraiment d’un film fantastique ou horrifique ni d’un film de vampire (il n’y a d’ailleurs ni effusion de sang ni nudité) puisque le fait que Dolphin Blue (Lindsay Duncan, qu’on revoit ensuite dans Il était temps, Birdman, City Hall, Un Weekend à Paris et la série Rome) soit un(e) vampire n’est peut-être que le fruit de l’imagination de l’enfant, influencé notamment par sa bande-dessinée. Peut-être le jeune héros, dont le seul repère (son grand frère joué par Viggo Mortensen, sorte de fantôme au retour de la guerre) s’éloigne peu à peu, imagine-t-il aussi ces garçons dans leur voiture (tout droit sortis des Frontières de l'aube de Kathryn Bigelow), qu’il semble être le seul à voir. La dimension fantastique du film tient plus de l’onirisme. Les indices se multiplient comme autant de symboles nourrissant une histoire passionnante contée avec brio et poésie dans une atmosphère envoutante et vénéneuse. L’horreur pure n’est finalement jamais vraiment montrée, ni l’atroce vérité que l’on soupçonne pourtant fortement (la fameuse séquence de l’explosion du crapaud sert pourtant à démontrer des pulsions enfantines cruelles), jusqu’à ces derniers plans crépusculaires à donner des frissons (rappelant là aussi le final tout aussi crépusculaire du chef d’œuvre de Kathryn Bigelow) sur la musique intense de Nick Bicat (écouter la musique). L’imagination de l’enfant est finalement un miroir déformant masquant une réalité morbide (d’où le titre original, Reflecting Skin).

Ainsi L'Enfant miroir est un film assez inclassable et fascinant qui se rapproche cependant du drame psychologique, du film noir et du récit d’enfance. Ridley illustre ce rêve ou cauchemar par des images fortes d’une beauté hallucinante (incroyable photographie de Dick Pope, chef opérateur des films de Mike Leigh), par des audaces stylistiques déstabilisantes mais jamais gratuites, créant en quelques plans des séquences inoubliables mêlant violence en sourdine et poésie macabre, dans des décors bucoliques aux couleurs automnales. Terry Gilliam s’est certainement beaucoup inspiré de ce film pour son glauque Tideland, de la même façon que Philip Ridley s’est inspiré des Moissons du Ciel de Terrence Malick et de La Nuit du Chasseur de Charles Laughton pour faire L'Enfant miroir (il parvient cependant à se démarquer de ces deux importantes influences).

Philip Ridley est venu après la projection du film pour en discuter avec les spectateurs.

 

Parlons maintenant d'un court-métrage, projeté avant Southbound, l'attendu Powerless de David Sarrio. Ce dernier et toute son équipe sont venus sur scène pour présenter le film :

Après s’être fait remarqué entre autre par quelques autres courts-métrages centrés sur des héros Marvel (bien avant que Marvel ne devienne le roi du box-office) dont l’excellente bande-annonce d’un The Punisher fantasmatique, David Sarrio revient au super-héros avec Powerless, qui propose une vision originale et intéressante du super-héros. Dans Powerless, le super-héros partage une bière avec son acolyte en parlant de cul, se prend un procès pour avoir abusé d’une nana en étant complètement ivre lors d’une soirée et se voit alors déchu de ses fonctions et de ses pouvoirs par la société qui l’employait et qui gérait son image (le rapport entre le super-héros et son image de marque est d’ailleurs un sujet très intéressant qu’il faudrait creuser d’avantage). Il décide pourtant de se remettre au boulot malgré son absence de super-pouvoirs et d’aller botter le cul des vilains en costumes qui pullulent dans les rues, préférant faire quelque chose quitte à se faire casser la gueule (la fin est d’ailleurs franchement jouissive et bien vue) que de rester les bras croisés à observer le crime gagner devant sa télé. En ce sens, il y a un petit côté Kick-Ass, mais là où le film de Matthew Vaughn montrait la naissance d’un (anti)-héros, Powerless montre la renaissance d’un héros (ou comment un super-héros devient un anti-héros).

La mise en scène efficace parvient à iconiser son personnage malgré ses failles (il est vulgaire, pas forcément beau gosse et finalement dénué de super-pouvoirs, bref : il est terriblement humain) et fait preuve d’une belle énergie dans ses mouvements, en dépit de quelques CGI un peu rudimentaires (ça n’a à l’évidence pas le budget d’un Man of Steel) rattrapés par d’autres réussites visuelles (dont des superbes génériques). L’excellente musique (et un thème principal qu’on retient malgré le format court-métrage) rajoute de l’intensité à ce Powerless qui mériterait largement à être développé en format long-métrage (c’est dans les projets de David Sarrio).

  

 

"Southbound" de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et Radio Silence, avec Kate Beahan, Matt Bettinelli-Olpin, Dana Gould - Etats-Unis

Pas de PIFFF sans film à sketch dans la programmation ! Cette année, c’est le bien nommé Southbound qui s’y colle, déroulant ses histoires bizarres dans le cadre poisseux du sud des Etats-Unis.

Mais Southbound surprend dans la mesure où toutes ses histoires sont liées et forment au final, lorsque la boucle est bouclée, une seule et même histoire. La façon dont les différentes parties s’enchainent est ingénieuse (on passe parfois d’une histoire à l’autre en un seul plan) et le récit est particulièrement bien construit. Southbound ne se contente donc pas d’aligner bêtement et gratuitement les sketchs horrifiques et développe, au fil de son étrange histoire, un univers macabre assez inédit, transformant le sud des Etats-Unis en une sorte de Purgatoire, une descente aux Enfers inquiétante durant laquelle les personnages morflent dans le vague sans trop savoir à quoi ils sont confrontés (« l’ennemi » se présente ici sous différentes formes). Un parfum de mort et de mystère plane tout au long du récit, qui baigne dans une atmosphère moite, poisseuse, poussiéreuse, oppressante et pesante, l'ensemble dégageant aussi un air de Quatrième Dimension et brossant le portrait sale d'une Amérique redneck paumée et désaxée. Les réalisateurs Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et le groupe Radio Silence accumulent les visions démentielles, morbides et iconographiques dans une réalisation soignée (superbe photo, mise en scène inspirée, montage malin) et à un rythme assez soutenu et, fait rare dans le genre du film à sketchs, très régulier. La partie de l’accident (le conducteur qui, en liaison avec des opérateurs urgentistes, tente de sauver la personne qu’il a percuté) est assez hallucinante (pas étonnant de la part du réalisateur de The Signal) et part complètement en vrille jusqu’à son dénouement jubilatoire, celle avec la secte fait froid dans le dos tout en exploitant un humour très noir et renvoie à Massacre à la tronçonneuse ou à du Wes Craven, la première (réalisée par Roxanne Benjamin, la productrice des V/H/S et de Faults) plonge direct dans le bain et rappelle le Reeker de Dave Payne (ici, deux criminels sont poursuivis par des sortes de faucheuses flottantes), la partie avec le frère qui vient chercher sa sœur est parfaitement morbide et évoque du John Carpenter et du Robert Rodriguez, et le dénouement est imparable. Quelques éclats trash et gores surprennent et justifient l’interdiction aux moins de 16 ans, mais ce trip cauchemardesque frappe plus par son ambiance dark que par sa violence graphique, évoquant les comics horrifiques old school et tout un pan du cinéma fantastique des années 70 et 80 (on pense aussi à George A. Romero, John Landis, Joe Dante, Stephen King...). Southbound n'est pas inégal ni bancal comme la plupart des films à sketchs.

Jonathan C.    

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