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Critique du jeu de société : Black Angel [2019], par Gaetan G.

Avis critique rédigé par Gaetan G. le jeudi 26 mars 2020 à 09h00

Purple is the new black

Black Angel, le titre dont nous allons parler aujourd’hui, a longtemps fait figure d’arlésienne dans le petit monde du jeu de société. Les premiers prototypes ont été montrés à Cannes en 2017, une éternité dans un marché qui compte plus de 3000 sorties annuelles !

Entre temps est arrivé Solenia. Initialement, ce dernier était une sorte de prototype destiné à tester une partie des mécaniques du futur Black Angel, qui il a fini par évoluer de son côté jusqu’à devenir un titre complètement indépendant.  Nous avions beaucoup apprécié Solenia à l’époque (pour les plus curieux, le test complet est disponible juste ici), inutile de vous dire qu’on était impatient de mettre les mains sur le grand-frère…

Black Angel est sorti en septembre dernier, il était largement temps qu’il passe sous nos fourches caudines. Sur le fond, il n’y a pas trop de suspense : vous avez vu la note avant de cliquer sur cette chronique et oui, on est bien en présence du carton que tout le monde attendait.

Mais une fois que l’on a dit ça, on n’a pas forcément dit grand-chose… A-t-on affaire à un titre plutôt familial +/++, (à l’image des productions récentes de son studio Pearl Games), ou plutôt expert (à l’image de ses succès historiques) ? La réponse à cette question étant plus complexe qu’il n’y paraît, c’est parti pour un état des lieux détaillé de la bête…

Une histoire classique venant étayer le système de jeu

Chose appréciable, les auteurs de Black Angel ont pris le temps de soigner l’histoire et le background de leur titre. Ce n’est pas que cette dernière soit follement originale :

 « L’Humanité est responsable de l'état catastrophique de la planète Terre. Les ressources sont épuisées et la vie elle-même est menacée. Seule solution : quitter la planète bleue et partir à la recherche d’un nouvel Eden. Les Nations, mettant de côté leurs divergences, travaillent toutes ensemble à la création du Black Angel, le plus vaste vaisseau spatial jamais construit. Son objectif sera de transporter le patrimoine génétique de l’Humanité vers la planète Spes, réputée aussi habitable que la Terre. Mais l’entente a ses limites : chaque nation dote le vaisseau d’une IA autonome. Elles devront toutes travailler de concert pour amener le vaisseau à bon port, et celle qui aura obtenu les meilleurs résultats à la fin do voyage sera alors déclarée seule responsable de la survie de l'Humanité. »

Vous l’aurez compris, on est sur du très classique, pour ne pas dire du vu et revu. Les amateurs de S.F. des années 70/80, de Terraforming Mars ou d’Otys, par exemple, auront comme un petit sentiment de déjà-vu pas forcément désagréable.

Mon sentiment est que les auteurs n’ont pas forcément cherché à bâtir un univers novateur, mais qu’ils se sont clairement concentré sur sa cohérence. Chaque race extraterrestre dispose par exemple de son petit encart descriptif : quand on creuse, on découvre que les spécificités de chacun se retrouvent dans les mécaniques de jeu, et qu’aucune information n’est là par hasard. Bref, tout fait corps et les pièces du puzzle s’ajustent parfaitement.

En l’espèce, je suis d’accord avec ce choix de conception : c’était tout simplement nécessaire dans la mesure où Black Angel mélange beaucoup d’idées et de mécaniques de jeu. Il y avait un vrai risque de virer au grand fourre-tout indigeste, et en l’occurrence on n’a jamais ce sentiment au cours du jeu.

Tiens, quelqu’un a mis deux jeux dans ma boîte ?

Le matériel inclus dans la boîte est plantureux, à la limite même de l’excessif. On y dénombre 2 grands plateaux centraux : le premier représente l’intérieur du vaisseau donnant son nom au jeu, et le second représente l’espace autour de ce dernier. Mais ce n’est pas tout ! A cela s’ajoute des dés multicolores, des plateaux individuels, une centaine de cartes, des tétrachiées de ressources en plastiques (des vaisseaux, des ouvriers, des cubes rouges, des diamants, etc.) et pour finir 80 tuiles en carton:

Bref, avant même d’ouvrir le manuel on sait déjà que Black Pearl est un jeu expert …. Mais pour le coup, la quantité de matériel est plutôt impressionnante pour un titre vendu aux alentours des 60€. Avec tout cela, vous ne serez pas surpris d’apprendre que le titre nécessite un espace de jeu conséquent. La table de bucheron est vivement recommandée, celle pour 6 convives étant à mon sens un strict minimum pour ne pas se sentir étouffé.

Niveau direction artistique, l’ensemble est… Comment dire… Différent. Si vous kiffez les années 80, les couleurs roses/violettes criardes et la NewRetroWave alors ne cherchez plus : vous venez de trouver votre jeu favori ! Dans ce cas contraire, les choses risquent d’être un peu plus compliquées. Certains membres du groupe ont clairement détesté, d’autres ont été incapables de se prononcer. Ce qui est sûr, c’est que le titre marquera durablement les rétines et que vous ne risquerez pas de l’oublier de sitôt.

La qualité du manuel est absolument cruciale pour un jeu de ce calibre. Soyez rassuré car Pearl Games livre une copie tout simplement parfaite. Le manuel sait prendre le joueur par la main, en lui expliquant les concepts essentiels sans le noyer sous une tonne de détails. En jeu, il est suffisamment bien structuré pour qu’on retrouve immédiatement l’information ou le détail que l’on cherche. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : on reste tout de même sur du jeu expert bien velu… Mais l’accessibilité globale est aussi bonne que possible et on sent bien que le studio profite de l’expérience capitalisée sur des titres plus grands publics comme Otys et Solenia. L’éditeur propose également une FAQ à télécharger sur son site, pile à l’endroit où vous pourrez trouver une version PDF des règles et des aides de jeu. Ah, si tous les éditeurs pouvaient livrer une partition de ce niveau…

Attention, titre expert …

La description des mécaniques du titre n’est pas forcément facile du fait de leurs multiples interactions. De fait, Black Angel nécessite quelques tours avant d’être bien appréhendé, mais regardons dans les grandes lignes comment cela fonctionne.

Au début de la partie, tout le monde commence par lancer ses dés. Chaque joueur commence en effet avec 3 dés colorés (un vert, un jaune et un bleu). Ce sont des dés spéciaux comportant sur chaque face une valeur comprise entre 0 à 3, sachant que deux faces opposées ont toujours 2 points de différence. Ces dés vont vous permettre de réaliser les différentes actions du jeu. La couleur du dé va indiquer le type d’action, la valeur va indiquer sa force (le nombre de fois où elle pourra être réalisée ou le nombre de cases d’un déplacement, par exemple).

Fort heureusement pour les polyhandicapés du dé, Black Angel dépend finalement assez peu de la chance car il existe de nombreux moyens de compenser un mauvais lancer. Par exemple, il est possible de retourner un dé sur la face opposée (le 0 devient 2, le 1 se change en 3 et inversement) en dépensant une ressource précise, et il est également possible de piquer un dé à un adversaire en échange d’un autre type de ressource.

A son tour, le joueur actif a le choix entre deux déroulés complètements différents. Grosso-merdo, le premier (la « séquence A ») permet de dépenser un dé pour réaliser une action, tandis que le second (la « séquence B ») permet de réinitialiser son jeu en relançant notamment tous ses dés.

Au total, il n’y a que 5 actions différentes dans la « séquence A », 4 d’entre elles se passant sur le plateau représentant l’intérieur du vaisseau et la dernière prenant place dans l’espace où personne ne vous entendra crier (je parie que personne ne vous avais jamais fait cette vanne).

Il est tout d’abord possible de « découvrir de nouvelles technologies ». Cette action permet d’acquérir une ou plusieurs tuiles du même nom. On peut dépenser autant de points que la valeur du dé, toutes les tuiles valent entre 1 et 2 points (les points non dépensés sont perdus). A première vue, difficile de faire plus simple. Sauf qu’en pratique, la gestion des tuiles technologies est un véritable jeu dans le jeu qui nécessite du temps avant d’être maîtrisée.

En effet, les tuiles technologies doivent être posées sur l’un des 9 emplacements de son plateau individuels (3 lignes par 3 colonnes). On ne peut pas les poser n’importe où : elles doivent forcément rentrer par les coins, et elles poussent les tuiles déjà en place à la manière d’un taquin. Certaines tuiles doivent être expulsées du plateau pour faire effet (typiquement, les tuiles de scoring) tandis que la plupart s’arrêtent de fonctionner lorsqu’elles sont enlevées. Les effets de ces tuiles sont variés : certaines produisent des ressources (vaisseaux, diamants, robots), d’autres vous donnent des actions bonus, d’autres enfin vous permettent de d’augmenter votre réserve de dés.

Les choses sérieuses commencent une fois les tuiles placées, car elles ne s’activent pas automatiquement. Pour bénéficier de leur effet, il faut affecter une carte « mission » de sa main à l’une des 3 lignes ou l’une des 3 colonnes de son plateau individuel. Cette carte va venir activer toutes les tuiles technologies de la même couleur qu’elle, et uniquement celles-ci. Le souci, c’est que d’une part cette action bonus nécessite un peu de préparation pour être efficace puisqu’elle n’est possible qu’au début de son tour. Et surtout, cette carte « mission » va rester en place jusqu’à la prochaine séquence « B ». Il y a donc moyen de se faire des jolis nœuds au cerveau, entre le positionnement, les mouvements et les activations de ces différentes tuiles technologies…

Il est ensuite possible de « réparer le Black Angel ». Cela permet de retirer des cubes rouges disposés sur le plateau. Ces derniers sont amenés par les attaques des ravageurs, et au-delà d’un certain seuil ils diminuent l’efficacité des dés d’action. Ce sont les cubes rouges qui permettent de un dé sur sa face opposé, c’est donc une bonne idée d’en avoir toujours un petit stock avec soi.

Il est également possible de « détruire les ravageurs ». Comme vous l’avez compris, ce sont les grands méchants du jeu. Ils apparaissent lorsqu’un joueur décide de réaliser l’action « commander ses vaisseaux » dont on va parler maintenant. Un joueur qui réalise cette dernière action commence par déplacer un de ses vaisseaux, plus ou moins loin suivant la valeur du dé. Il peut ensuite poser une carte de sa main sur la case d’arrivée, pour peu qu’elle soit de la même couleur que la planète de destination.

A l’image de ce qu’on a dit plus haut pour les tuiles technologiques, certaines cartes vont produire des ressources et/ou des points de victoire à l’activation (la dernière action qu’il nous reste à voir), d’autres lorsqu’elles vont être retirées du plateau lors d’une séquence « B ».

A la fin de l’action de commandement, on ajoute autant de ravageurs sur le Black Angel que de symboles correspondants présents sur les 6 cases adjacentes. Chaque carte posée va rajouter un cube rouge sur le plateau du Black Angel, et surtout va entrainer des effets secondaires très négatifs à la réalisation d’une action bien précise.

Pour finir, la dernière action permet de « réaliser une action sur un territoire alien ». Le dé choisit permet d’activer n’importe quelle la carte posée lors d’une phase de commandement précédente. Il y a deux conditions à respecter : tout d’abord, le dé et la carte doivent être de la même couleur, mais il faut également que vous ayez au moins un vaisseau sur la tuile. L’action,  peut être réalisée autant de fois que la valeur du dé. Certaines actions vont vous permettre de récupérer des ressources, d’autres vont vous permettre de convertir des ressources de votre propre stock en points de victoire.

Une fois que le joueur a terminé son action, il vient placer le dé dans la zone de stockage des dés utilisés, puis il finit son tour par la pioche d’une carte mission de la même couleur que le dé qu’il a utilisé. Ce sont ces cartes qui vont servir, au choix, à activer des tuiles technologies ou à réaliser des actions de commandement.

La séquence « B » est nettement plus simple : le joueur actif défausse tous les dés qu’il lui reste (il perd au passage des points de victoire si les dés indiquent autre chose que 0), il relance tout son stock de dés, il enlève toutes les cartes missions posées à côté de son plateau individuel et pour finir il fait avancer le vaisseau d’une case sur le plateau représentant l’espace.

A la manière de Solenia, le plateau est modulaire. Il se compose de plusieurs bandelettes en forme de V que l’on vient assembler. A chaque fois que le vaisseau avance d’une case, on vient prendre la dernière bandelette, on défausse tous les éléments présents dessus (cartes, vaisseaux) puis on la place en premier. Certaines cartes missions produisent des ressources justement à ce moment-là

Le jeu prend fin au quinzième déplacement du Black Angel. Chaque joueur rajoute à son score 1 point par tranche de 2 n’importe quoi en sa possession (pions, vaisseaux ou ressources) et celui qui a le plus de points gagne la partie.

… Qui nécessite du coup un peu de temps pour en profiter

Au niveau des influences, Black Angel s’inscrit complètement dans l’A.D.N. de son studio : la mécanique de dé rappelle énormément Troyes (Pearl Games, 2015) tandis que la mécanique de colonisation de l’espace est reprise quasiment à l’identique de Solenia (Pearl Games, 2018).

Chez la plupart des joueurs de mon cercle, Black Angel a laissé une impression mitigée lors de la première partie. Plusieurs personnes ont eu l’impression d’avoir à faire à une sorte de Lacerda low-cost, plus simple mais moins profond que l’original. Cependant, tout le monde a senti le potentiel du titre et a souhaité faire une seconde partie, même ceux qui n’avaient pas accrochés de prime abord. Force est de constater qu’ils ont eu raison, car ce sont maintenant ses plus ardents défenseurs… Cependant, il faut en avoir conscience : malgré son apparente accessibilité (pour du jeu expert, s’entend), le titre a une belle courbe de progression et je vous invite à attendre votre troisième partie avant de vous faire un avis définitif.

Leur réaction est somme toute très logique : Black Angel a effectivement de nombreux points communs avec les réalisations de l’italien, le roi de ce que j’appelle le gameplay choucroute – raclette. La raclette, c’est bon ? La choucroute aussi ? Ben il n’y a qu’à mélanger les deux, et ça fera le meilleur repas du monde ! Tout ça pour dire que l’auteur adore mélanger des pans de gameplay quasiment indépendants au départ, mais en multipliant leurs interconnexions et leurs synergies. Au risque d’aboutir à un mélange trop riche voire indigeste, en tout cas qui ne conviendra pas à tous les estomacs.

Black Angel fonctionne globalement comme ça, si on reste en vue d’avion. Chaque mécanique dispose en effet de son contraire qui vient l’équilibrer : vaisseau ou espace, séquence A ou séquence B, accumulation ou dépense de ressource, etc. Sauf qu’ici, la philosophie sous-jacente est en fait complètement opposée.

Dans la plupart des jeux experts, en effet, le but consiste à se construire patiemment un moteur de PV. A peu près toutes les actions du jeu font le même nombre de points, et c’est la capacité à détecter les synergies qui décide du vainqueur. A Black Angel, point du tout. Le jeu repose au contraire sur une remise à zéro régulière des plateaux (individuels, vaisseau central et exploration spatiale). Le facteur clé de succès, c’est que ce « reset » ne va pas s’effectuer au même rythme pour chaque joueur ou pour chaque composante de gameplay. Il va donc falloir « profiter de l’aspiration » et exploiter les conséquences des actions de ses petits camarades. Par exemple, il est en général plutôt profitable de ne pas remettre à zéro son plateau le même tour que le joueur d’avant. Imaginez qu’il tire plusieurs 3, il ne pourra en protéger qu’un. Cela vous coûtera une ressource, certes, mais étendra aussi et surtout votre potentiel stratégique.

Au niveau global, le jeu de déroule en 3 ou 4 « méga-cycles » quasiment indépendants. C’est la voie royale pour expérimenter de nouvelles approches, sans se retrouver dans une impasse pour la suite : n’hésitez pas à tester des stratégies monocolores, à farmer les ressources ou les tuiles technologies, ou au contraire de faire le rapiat en piquant éhontément les dés de vos petits camarades. Si ça ne marche pas sur ce cycle, ce n’est pas (trop) grave : vous vous rattraperez sur le prochain. Statistiquement, vous aurez un peu moins de chances de gagner, c’est certain, mais il suffira d’un joli coup pour vous remettre dans la course.

La seule chose qui reste pendant toute la partie, ce sont les tuiles technologies que vous aurez acquis. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas obligatoire d’investir dans cette mécanique pour gagner et j’ai vu des joueurs construire des jeux magnifiques en délaissant complètement cette mécanique.

Une autre grande spécificité du titre, c’est que tout peut être converti en points de victoire. Black Angel alterne donc les phases d’abondance où l’on se gave de ressource et celles où on nettoie son jeu en convertissant tout cela en points de victoire. Peu importe ce que vous récupérez – vaisseaux, robots, débris, diamants, cartes « missions » – il y a toujours moyen de marquer des points avec.

Au final, la chance a très peu d’impact passé les deux ou trois premiers tours. Il est facile de récupérer des cubes rouges, et au final des dés à 0 n’ont pas que des désavantages : on peut choisir de faire une « séquence B » au moment de son choix sans perdre de points de victoire, et on ne risque pas de se les fait pas piquer.

A l’usage, la mécanique de Black Angel se révèle atypique et pas évidente à maîtriser, d’où une certaine perte de repère chez les core-gamers qui tenteraient de reproduire leur petit schéma habituel. A l’inverse, le titre est de mon point de vue absolument parfait pour tous les joueurs qui souhaiteraient monter en gamme et découvrir le jeu expert. L’accessibilité est excellente, comme on l’a dit plus haut. Le manuel exemplaire et les aides de jeu facilitant la prise en main.

Même si le déroulement du tour est assez complexe, le nombre finalement très raisonnable d’actions disponible évite des tours à rallonge et une bonne vielle analysis-paralysis des familles. Et puis surtout, il est possible de prendre des risques et de se prendre pour un grand stratège. Même si ça se finit par un foirage total, vous ne passerez pas les deux heures suivantes à vous faire exploser par vos petits camarades. Et ça, c’est aussi rare que précieux pour un jeu typé expert.

Faisons cours, faisons bref

Mécanique : choucroutte-raclette++ (en gros, il y a de tout et c’est riche, très riche)
Le titre mélange 2 plateaux, du placement de dé/ouvrier, des cartes à jouer de plusieurs façons différentes et la gestion de multiples ressources. Bref, il y a un peu de tout. A l’usage, fort heureusement, le mélange se révèle riche mais pas indigeste.

Public cible : joueur expert / joueur confirmé souhaitant monter en gamme et en complexité
Le titre est complexe, aucun doute là-dessus. Cependant, le studio a bien travaillé son accessibilité. De plus, la mécanique tolère les stratégies foireuses et les mauvais débuts de partie. Rien n’est plus désagréable que de rater les premiers tours et de passer deux heures à se faire exploser dans avoir la moindre chance de faire quoi que ce soit… Black Angel est peu punitif, il est donc idéal pour découvrir le jeu expert sans trop de pression.

Nombre de joueur : 1 à 4
Le jeu à deux est plus complexe, il ajoute un joueur neutre. Je ne recommande pas forcément… Nous avons testé à 3 et à 4, le titre tourne globalement pareil. Je n’ai pas testé le mode solo

Durée de partie : 2 à 3h
Il y a peu d’actions disponibles, ce qui diminue en théorie le risque d’analysis-paralysis. Après, on peut bien se fumer le cerveau suivant sa capacité à optimiser chaque coup et à anticiper les actions de ses compétiteurs.

Interaction : compétitive, interaction moyenne
L’idée n’est pas forcément de bloquer l’autre, mais d’anticiper ses actions pour en tirer profit. Ce n’est pas un jeu de péripapétipute, même s’il n’est pas exempt de quelques coups tordus (piquage de dés, etc.)

Rejouabilité : forte
Aucun souci là-dessus : le titre offre une excellente rejouabilité. Avec deux grandes directions (dans le vaisseau et à l’extérieur) plus de multiples stratégies alternatives, il y a de quoi expérimenter. Le jeu nous a paru parfaitement équilibré, nous n’avons pas identifié de stratégie prédominante sur une petite dizaine de parties. Aucune mécanique de jeu ne nous a paru obligatoire. De fait, si les tuiles technologies partent trop vite, ce n’est pas catastrophique. Personnellement, je n’avais jamais vu un titre aussi complexe ET aussi bien équilibré.

Courbe de progression : importante
Ne nous voilons pas la face : la première partie va piquer. Les différentes actions et leurs interactions commencent à prendre leur sens au deuxième tour, et il en faut encore quelques-uns avant que toutes les pièces du puzzle s’agencent bien comme il faut. La mécanique et le rythme du jeu sont également atypiques. Il se peut que votre première partie ne soit pas fabuleuse, mais ne vous faites pas un avis trop vite.

La conclusion de à propos du Jeu de société : Black Angel [2019]

Auteur Gaetan G.
85

Vu d’avion, Black Angel ressemble à un pot-pourri des réalisations les plus emblématiques de son studio Pearl Games. Côté pile, il y a un premier plateau où l’on utilise des dés afin d’accomplir des actions, comme dans Troyes. Côté face, il y a un deuxième plateau sur lequel on vient poser des cartes autour d’un vaisseau qui avance, à la manière de Solenia. Les auteurs ont multiplié les interconnexions entre ces deux mécaniques complètement différentes, ce qui permet à l’ensemble de bénéficier d’une cohérence sans faille.

On pourrait s’arrêter là, mais cette définition souffre de deux problèmes majeurs. Premièrement, les joueurs « confirmés mais sans plus » pourraient croire que le titre ne leur est pas du tout destiné, alors qu’ils auraient tort en pratique de passer à côté… On sent bien que le studio bénéficie de toute l’expérience acquise sur les boîtes sorties en 2017-2018 : la prise en main de Black Angel est excellente, et la courbe d’apprentissage a été travaillée pour ne laisser personne sur le bord du chemin. Et puis surtout, Black Angel repose sur une remise à zéro régulière des différentes zones de jeu. Vous pouvez tenter des stratégies improbables, ou tout simplement mettre un peu plus de temps que les autres à piger le principe. Si vous vous vautrez dans les grandes largeurs, vos chances de victoires sont diminuées mais vous ne passerez pas les deux heures suivantes à vous faire rouler dessus.

Second problème : avec un tel descriptif, les joueurs experts s’attendent probablement à un gameplay « à la Vital Lacerda » dans lequel on construit patiemment ses petits moteurs de point en recherchant les synergies les plus rentables. Là encore, ce n’est pas du tout le cas. La remise à zéro régulière impose de bénéficier avant tout d’un excellent sens du timing. Pour gagner, il faut parvenir à alterner harmonieusement phase de collecte et transformation en points de victoire. De plus, chaque action a des répercutions ailleurs sur le plateau, qu’il faudra savoir anticiper pour en tirer profit ou pour s’en protéger.

Aux fins du fin, Black Angel se révèle vraiment intéressant. Cependant, sa mécanique atypique nécessite de l’aborder l’esprit ouvert, sans chercher à coller dessus les petits schémas qu’on répète tous de boîte en boîte et de partie en partie. Et ça, ça demande du temps… Pour la plupart des joueurs qui l’ont testé à la maison, la première partie n’a pas été transcendante. Le coup de cœur est venu sur le tard, à la deuxième voire à la troisième tentative. Et c’est paradoxalement un problème, à l’heure où une nouveauté chasse l’autre à un rythme alarmant. Black Angel demande au contraire du temps afin de révéler toute sa substantifique moëlle. Ce n’est certainement pas un défaut, juste une caractéristique qu’il vaut mieux avoir en tête lorsque l’on passe à la caisse.

On a aimé

  • Mécanique très originale
  • Pensé pour amener des joueurs vers le jeu expert
  • Excellente accessibilité
  • Equilibré au quart de micro-poil

On a moins bien aimé

  • Une direction artistique « retro-new wave » qui peut déplaire
  • Table de bûcheron fortement recommandée
  • Long
  • Les premières parties ne sont pas forcément les meilleures, il faut prendre le temps de laisser sa chance au produit

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